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 De bâbort à Tribord, 30 ans après

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maurice renard
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MessageSujet: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 29 Oct - 20:08

Rappel du premier message :

Maintenant que je suis né, je peux commencer à vous raconter ma vie de marin


Liste des bateaux avec ports, dates d'embarquement et de débarquement

ILE DE LA REUNION
Le Havre - Dunkerque • 14/06/68 - 28/10/68

VILLE DE ROUEN
Hambourg - Marseille • 10/01/69 - 29/05/69

SIKIANG
Dunkerque - Le Havre • 08/07/69 - 20/10/69

VENTOUX
Martigues - Marseille • 27/12/69 - 21/05/70

TTGRE
Le Havre - Bordeaux • 17/07/70 - 18/11/70

CHAUMONT
Dunkerque - Milazzo • 15/01/71 - 21/06/71

BLOIS
Le Havre - Le Havre • 19/08/71 - 11/01/72

ESSO BRETASNE
Kharg Island - Fawley • 20/03/72 - 30/08/72

MAGDALA
Liverpool - Londres • 12/09/72 - 25/01/73

SIVELLA
Dubaï - Singapour • 24/04/73 - 14/07/73

MAGDALA
St Nazaire - Roterdam • 02/07/73 - 02/10/73

MAGDALA
Dubaï - Dubaï • 15/01/74 - 27/04/74

MIRALDA
Liverpool - Trinidad • 26/06/74 - 03/10/74

MAGDALA
Curaçao - Curaçao • 23/12/74 - 10/03/75

ISARA
Port de Bouc-Fos/Mer • 25/04/75-14/08/75

LÉDA
Dubaï - Dubaï • 05/11/75 - 01/02/76

DOLABELLA
Dubaï - Dubaï • 21/3/76 - 22/05/76
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 4 Déc - 23:29

Le porte-monnaie ambulant

Suez, bordox (maison close)
Une courte escale de mazoutage, nous en avons juste pour une nuit, dès le petit matin, nous repartons. C'est l'occasion pour certains de faire une petite virée à terre avant le départ pour le Golfe.
La première boîte de nuit fait notre affaire. A peine installés, nous n'avons même pas le temps de prendre le premier verre que déjà les hôtesses nous abordent.
Dans le lot, notre joie fut grande de reconnaître une Française (une payse), ici, à l'autre bout du monde. Elle était aussi contente que nous de retrouver des compatriotes, elle ne voulut pas nous quitter de la nuit, trop heureuse d'avoir retrouvé un peu de France à travers nous.
Par contre, nous ne pouvions assurer pécuniairement toutes les dépenses que cette folle nuit allait nous apporter, les tarifs de ces dames étant à la limite de nos moyens.
Elle ne voulut rien savoir et nous fit patienter. Elle revint peu de temps après avec un client habitué, un Américain.
-"Il est plein aux as, et fou amoureux de moi nous expliqua-t-elle, je lui ai raconté que vous étiez de la famille, on l'emmène avec nous".
Et, accompagnée de son porte-monnaie ambulant, elle nous entraîna dans une folle nuit de perdition.
C'est bien la première fois dans ma courte carrière de marin que toutes mes dépenses de java et de nuit d'amour, je dis bien toutes, furent payées en dollars US, et surtout par une tierce personne.
Vive l'Amérique !!
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provence
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MessageSujet: un beau récit   Sam 5 Déc - 18:11

un grand merci pour ton recit ,je vois que souvent tu ne t'ennuyais pas bravo




   
   



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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Sam 5 Déc - 21:36

provence a écrit:
un grand merci pour ton recit ,je vois que souvent tu ne t'ennuyais pas bravo

Merci Florence. Nous appelions cela 'le repos du guerrier'... lol!
Grosses bises

merci
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Sam 5 Déc - 21:43

Je pense que tu n'as pas de regret de m’avoir invité...

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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 6 Déc - 1:29

Recherche de l'âme sœur à Madagascar

Un petit village près de Diego-Suarez où, le pétrolier Magdala, après son explosion et incendie au Havre était venu tant bien que mal se refaire une beauté ici, dans les arsenaux de la marine nationale française.
Le premier soir donc, je descendais à terre, persuadé de trouver une compagne pour cette escale qui, mine de rien dura un bon mois, tant le navire était endommagé.
Je connaissais assez bien la côte et les ports de Mada pour y être venu auparavant avec les cargos.
Mais là, dans cette demi-jungle, assez loin du port, mes pas m'emmenèrent dans un petit village côtier. J'oubliais que, dans les années 60, les villageois, passés les ports, parlaient et comprenais très mal le français.
Je cherchais... simplement un endroit que l'on m'avait décrit pour trouver, disons pour rester poli, chaussure à mon pied pour cette longue escale.
Une jeune fille oû femme, mais libre, sans mari ni enfants.
Avisant une femme entourée de nombreux gamins, je tentais de lui expliquer le but de ma recherche...
Pas effarouchée du tout, bien au contraire, il était clair qu'elle n'avait rien saisie de ma demande, où en tout cas pas dans le sens que je le voulais, car à mon grand étonnement, elle cessa ce qu'elle était en train de faire et, s'adressant au plus grand de la marmaille, elle lui dit quelques phrases que je saisis quand même.
Il était question que le monsieur (moi) devait l'emmener quelques jours sur son bateau, pour... lui faire visiter....
Elle n'allait pas dévoiler ce qu'elle avait très bien compris à sa progéniture.
Les enfants n'auraient pas été abandonnés, les voisines s'en seraient chargées.
La pauvre, j'étais bien gêné de sa méprise et il n'était pas question que j'enlève une mère à ses enfants qui plus est, n'avait pas apparemment l'habitude de ce... travail.
J'ai réussi quand même à lui faire comprendre que nous nous étions mal compris. Elle parut même désolé, mais pas dans le sens que l'on croirait. Dans son esprit, elle perdait de l'argent pour nourrir sa nombreuse famille... Vous voyez que, au bout du monde, ce n'est pas la même mentalité...
Comme, sans le faire exprès, j'avais fait une fausse joie à cette femme, je lui donnais un billet en dédommagement diront-nous.
Elle prit l’argent avec un grand sourire, me fit un simple baiser en remerciement et je continuais mes recherches...
On n'est pas des sauvages...
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 7 Déc - 0:43

S/T Magdala*, en route pour le Golfe

Les canettes volées
Le Magdala, pétrolier géant de la société maritime Shell, était très bien équipé. Dans les coursives des officiers, disposées par endroits, des fontaines réfrigérantes nous permettaient soit de nous désaltérer, soit de laisser dans le petit compartiment situé au-dessous, des boissons variées qui, en quelques minutes, étaient assez fraîches pour être consommées.
Mais voilà, ces trésors de fraîcheur étaient la convoitise de tout le monde et rares ceux qui ne s'en faisaient pas dérober.
Un jour que je faisais ma ronde d'éclairage dans cette fameuse coursive, le Second capitaine m'aborde.
-"Justement Renard, vous tombez bien, voilà ce que je voulais vous demander".
Et il se met à me raconter que c'est inadmissible, que ces propres canettes de bière, à lui un officier supérieur, sont volées presque sous ses yeux, que s'il trouvait le coupable, cela irait très mal pour lui.
Il me demanda si on ne pouvait pas faire un système d'alarme qui mettrait en route un klaxon dès que la bouteille serait volée. Que de toutes façons, à partir de maintenant on allait voir ce qu'on allait voir, car j'ai fait des croix sous mes canettes, au feutre, et comme cela, dès que je verrai quelqu'un avec une boisson, il me suffira de voir en-dessous si elle ne m'appartient pas; non mais sans blagues.
Il me soûlait de ses paroles, et je ne savais vraiment pas comment m'en débarrasser quand le Commandant, dérangé par le discours de son Second, sort de sa cabine et nous demande ce qui se passe. De peur que le Second capitaine ne recommence son verbiage, je veux prendre la parole, mais le pacha m'arrête.
Il fait soif, messieurs, vous ne trouvez pas?, attendez, j'offre ma tournée ".
Il disparaît dans ses appartements et en ressort avec trois boissons.
-"A votre santé", et il lève le coude. Au fur et à mesure que son bras se levait, oh surprise, j'apercevais au cul de sa canette la fameuse croix au feutre, prouvant qu'elle appartenait bien au Second capitaine qui, voyant comme moi, n'osait rien dire.
Mais comment accuser de vol son supérieur hiérarchique, seul maître à bord après Dieu qui, régnant en souverain, se donnait le droit de disposer du bien d'autrui.
Le Second, en bon officier, formé à subir la loi du plus fort, garda cela pour lui et plus jamais ne me parla de disparition de canettes.
 
*S/T Magdala, les pétroliers de plus de 100 000 tonnes sont appelés Super Tanker.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 7 Déc - 0:46

Les photos S/T Magdala, la Shell, traversée Le Havre / Le Golfe

Un officier pont et son épouse n'avaient rien trouvé de mieux pour agrémenter leur voyage que de se prendre en photos dans des poses et des positions que la morale réprouve.
Mais ne possédant pas de Polaroid, il fallait faire développer la pellicule pour admirer le travail. Le retour en France n'était prévu que dans près de deux mois, mais qu'à cela ne tienne, bientôt nous arrivions au Golfe, le développement sera laissé à faire dès la première escale, et quelques jours seulement après le chargement, on récupérerait les photos. Ainsi fut fait.
Dès le retour, avant de passer chez le photographe, ils flânèrent en ville et se firent aborder par un individu qui leur proposa des photos osées. Joignant le geste à la parole, il entrouvrit son veston et présenta au couple médusé une série de photos des plus cochonnes, représentant la femme de l'officier.
Ce n'était ni plus ni moins la fameuse pellicule qui, laissée quelques jours auparavant dans des mains douteuses, avait été tirée en plusieurs exemplaires et vendue sous le manteau avec l'appellation ô combien vexante de "Mme Shell".
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 7 Déc - 0:50

L'intrus S/T Magdala, Le Cap

Pratiquement, chaque fois que nous passions au large de Cap-Town, il y avait soit une escale courrier, soit un ravitaillement de vivres et quelquefois même, une relève d'équipage.
Toutes ces différentes manœuvres se faisaient par hélicoptère, sans que le bateau ne stoppe sa route, c'était au pilote de l'engin de faire très attention.
Tout ce qui était prévu pour le bateau était mis dans des filets, la relève d'équipage aussi, et l'ensemble descendait par un treuil sur le pont, à l'endroit indiqué par le "H" énorme peint en rouge.
La manœuvre était laborieuse, il fallait calculer la vitesse et le sens du vent. Pour ne pas prendre de risques inutiles, sur le pont, des matelots étaient de service avec les canons à eau de mer prêts à fonctionner aux moindres risques, le bateau était en alerte pendant toute l'opération.
A ma connaissance, jamais il n'y eut d'accident pendant ces opérations, les pilotes d'hélicoptères étant recrutés dans des écoles de pilotage de haute montagne.
Un jour, en passant au large de Cap-Town, alors qu'aucune manœuvre n'était prévue, un matelot aperçoit la présence d'un point dans le ciel qui semblait se diriger sur nous.
Le Commandant alerté scrute le ciel avec ses jumelles, et remarque également quelque chose qui se rapproche de nous. Par radio, il contacte la compagnie qui d'habitude se charge des manœuvres, mais devant la réponse négative, il prend peur, et c'est le branle-bas de combat.
Une équipe de matelots a ordre de mettre en batterie les canons à eaux de mer sur le pont, tous les autres hommes disponibles se tiennent prêts dans une coursive extérieure à intervenir au cas où, pendant que de son côté, le pacha court à son coffre et en retire son arme à feu, on ne sait jamais.
Personne n'est en vue, sauf les préposés aux canons à eaux, pas rassurés, car ils sont en première ligne. Et c'est l'attente. Le point lumineux dans le ciel arrive sur nous, on distingue maintenant un hélicoptère, qui fait de grands cercles au-dessus de nous. Chacun retient son souffle.
Soudain, l'hélico pique sur nous et, rasant le plus haut mât du navire, remonte en laissant tomber quelque chose. Nous sommes tous à plat ventre, le paquet qui arrive sur nous est retenu par un petit parachute, et atterrit mollement sur le pont. Personne ne bouge. La situation devient ridicule. Quelqu’un se dévoue, et en rampant, s'approche du colis venu du ciel et le porte au Commandant.
Tous les regards sont braqués sur lui, il ne peut se dérober et, fébrilement, il ouvre... un colis de bienvenue d'une compagnie concurrente de transport aérien qui nous propose ses services à l'avenir. Le paquet est plein de cigares, whisky et des tarifs de la nouvelle société.
Authentique !!
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 7 Déc - 23:09

La boutique de vêtements

Durban, Afrique du Sud.
Une escale comme les autres où l'on descend à terre faire quelques achats et admirer la ville.
J'avais envie de m'offrir un pantalon, la première boutique de fringues en vue, je pousse la porte, une femme s'approche de moi, me demande ce que je désire. Elle parlait très bien le français, me guide dans mes recherches et me désigne la cabine d'essayage. Je m'isole et, tranquille, je me désape pour essayer mon nouvel achat.
Il n'y avait pas deux minutes que j'étais en slip, le rideau s'ouvre, et la vendeuse toute souriante me propose de m'aider. Avant que je lui dise oui ou non, elle m'a déjà baissé le slip, et sans me demander si je portais à gauche ou à droite, me place le paquet à l'endroit où cela l'arrange, me remonte slip et pantalon, puis me déclare que je porte bien l'habit.
Je suis sorti de cette boutique encore sous l'effet de la surprise, et m'étonne encore de la familiarité de cette femme.
Dommage qu'en France ces coutumes ne se pratiquent pas.
Faut pas rêver !
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 7 Déc - 23:11

Mon mari ne boit pas

La photo souvenir
Sur le Magdala, de retour du Golfe pour le Havre, personne ne devait débarquer, car notre temps de navigation n'étant pas atteint, on repartait pour un tour. Par contre, l'escale devant durer plus de quarante-huit heures, les épouses étaient autorisées à bord pour voir leurs maris.
Un graisseur, fébrile à l'idée de revoir sa femme était bien ennuyé car, tout le temps ivre, il ne savait pas quoi faire pour que cela ne se voie pas.
Dès qu'il apprit que son épouse allait monter à bord, il était devenu sobre, plus une goutte de vin, plus d'alcool. Allait-il tenir le coup ?
Nous avions même un petit peu pitié de lui, pourvu que tout se passe bien.
Arrivées à quai, les épouses retrouvent leurs hommes, et c'est le premier repas ensemble. Notre ivrogne est à ma table avec sa dame. Elle est toute heureuse de le revoir, lui ne boit que de l'eau.
Il doit reprendre son quart, son épouse termine seule le repas avec nous. Sans trop la brusquer sur le penchant de son mari, la conversation vire sur la boisson, elle nous arrête tout de suite: -"Mon mari, il ne boit jamais".
Sans nous attendre à ce qu'elle débine son mari sur son vice certain, nous sommes un petit peu étonnés de sa réaction. Nous nous promettons de l'éclairer sur la chose. Dès notre départ pour le Golfe, l'occasion ne tarde pas à se manifester. Un soir, notre "non-buveur' est à nouveau ivre mort, c'est le moment. Aidé par des collègues, nous le mettons complètement à poil, nous poussons le vice jusqu'à lui enrouler autour du sexe un joli ruban rose, nous disposons dans ses bras et autour de lui toutes les bouteilles vides que nous trouvons, et à l'aide d'un Polaroid, nous le prenons en photo dans toutes les positions possibles et inimaginables, en se promettant d'envoyer les clichés dès la prochaine escale à sa charmante épouse, qui nous jurait dur comme bois:
-"Mon mari, il ne boit jamais".
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 7 Déc - 23:18

Départs en congés

-Le chef de gare
Cette courte histoire pour montrer que même en départ de congés, notre sens de l'observation et de la moquerie est intact. Un marin comme tant d'autres part en congé, il rentre chez lui en train. Dans une gare de correspondance, à peine installé, il regarde par ïa fenêtre le chef de gare qui va bientôt donner le départ du convoi. En un tiers de seconde, il imagine un plan, car notre chef de gare, comment vous dire, Cyrano de Bergerac à côté avait un nez normal. Ne pouvant résister, notre matelot saute du train, s'approche de l'homme et se pinçant le nez avec ses doigts, il lui demande:
-"l'as pas au feu, pays ?".
Que n'avait-il pas fait là, vexé à mort, le préposé fait signe au conducteur que le départ est retardé, et emmenant presque de force le plaisantin dans ses bureaux, lui dresse procès-verbal pour outrage à agent.
Des congés qui commencent bien.
-Restons dans le train
Cet autre marin, assistant à l'interrogatoire d'une jeune passagère pauvre ne possédant pas de titre de transport, paie le billet et l'amende, la jeune femme voulut absolument le remercier de sa générosité, et l'entraîna dans les W.C. …
Pas la peine d'être à l'autre bout du monde pour avoir du plaisir.
-Prenons le taxi maintenant
Un matelot breton avait l'habitude de rentrer chez lui en taxi, débarquant de n'importe quel port de France.
Le Havre, Dunkerque, pas de problème, mais cette fois-ci, il débarque de Marseille. Par radio-téléphone, il commande sa course à un copain de son patelin pour, dit-il, lui faire gagner sa vie (et aussi pendant qu'il est avec lui, il n'est pas avec sa femme oui, mais le reste du temps?).
Voici donc notre taxi breton qui traverse une fois la France pour chercher son client, et à peine arrivé on repart dans l'autre sens, si bien que la fatigue ne tarda pas à prendre notre chauffeur qui, pour ne pas s'endormir au volant ne cessait de répéter à son client:
-"Parle-moi, parle-moi, je m'endors".
Bonne route quand même.
-Toujours en taxi
Dans les années soixante, du temps de l'O.A.S., un taxi breton qui traverse la France de nuit. Deux passagers du même patelin se partagent la course.
L'un, à Singapour s'est offert une canne à pêche ultra moderne en fibre de verre, bien rangée dans un étui qui, malheureusement, ressemblait plus à une boîte de fusil automatique qu'à une boîte contenant des articles de pêche.
En pleine nuit donc, la voiture est arrêtée à la sortie d'un village pour un contrôle de police de routine (situation politique de l'époque oblige, les plus anciens s'en souviendront). Le chauffeur habitué laisse faire, mais nos deux compères prennent cela à la rigolade, et commençant à trouver le temps long, invectivent les miliciens. Une lampe torche braquée sur eux laisse apercevoir la fameuse boîte.
Tout à sa mission, la force de l'ordre ne croit pas un seul instant à la version canne à pêche et pensant plutôt terroristes, encercle la voiture et ordonne aux deux plaisantins de descendre du véhicule, les mains sur la tête. On ne rigole plus, une fouille complète est ordonnée, et ce n'est que bien plus tard, en prouvant enfin leur ignorance des événements du moment que nos deux marins mis hors de cause purent enfin reprendre leur taxi et finir tranquillement le voyage.
On ne badine pas avec la milice!
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 9 Déc - 0:05

Droits sur novices

M/S ISARA, Dunkerque-Le Golfe
Un récit que je n'oublierai jamais, car il faillit tourner au drame. Généralement, une traversée France/Le golfe sur un pétrolier dure une trentaine de jours, guère plus. Parti depuis plus de vingt jours de Dunkerque, nous étions au large de l'Afrique du Sud, il nous restait environ huit petits jours pour arriver à destination, au premier port du Golfe.
Je ne sais plus qui lança le premier la blague, mais avec la complicité du Commandant pour que ce soit plus crédible, nous avons fait croire aux deux novices (pont et machine), que sur les grandes traversées, après trente jours de mer sans escale, l'équipage avait droits sur novices.
Au début, les nonos prirent cela à la rigolade, et les jours s'écoulaient paisibles. La farce était presque oubliée, mais voilà, vingt-sept jours de traversée, vingt-huit, les novices n'étaient pas rassurés. Au vingt-neuvième jour, alors que nous étions près de notre port de chargement, plus de novices dans les coursives, ils restaient enfermés dans leur cabine.
Du coup, la peur s'empara des responsables de cette grosse blague et, accompagnés du charpentier, tout le monde courait à la cabine des jeunes. Le pacha appelé en renfort avait changé de couleur, il essaya de parler aux gamins qui ne voulaient rien entendre, ordre fut donné au charpentier d'ouvrir la porte, et on s'engouffra dans la cabine pour, de justesse, empêcher qu'ils ne se jettent à l'eau par le hublot déjà ouvert.
Ils nous expliquèrent que, croyant vraiment à cette bêtise, ils s'étaient juré de se sacrifier pour échapper au pire.
Après trente ans, je suis sûr que ce Commandant en tremble encore, rien qu'à l'idée de penser que les deux jeunes auraient mis leur projet à exécution.
En effet, comment aurait-il pu expliquer à l'armateur, et surtout aux parents, que deux novices s'étaient suicidés à la suite d'une grosse farce, imaginée par des membres de l'équipage ?[/b]
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 9 Déc - 0:13

Bizutage élèves-officiers Sur tous les bateaux

De tout temps, le bizutage a existé, et existera toujours. Sur tous les navires où j'ai eu la chance d'embarquer, les futurs officiers de la Marine Marchande ne manquaient pas à la règle et, suivant la hiérarchie du moment, les sévices étaient plus ou moins salés. De mémoire, quelques exemples observés:
- Un élève faisait sa petite lessive dans le lavabo de sa salle de bain, et montait à la passerelle suivre la navigation pendant que le linge trempait. Ses supérieurs n'ont rien trouvé mieux que de mettre dans le lavabo un poulpe fraîchement péché. Le bizut ne s'est pas vanté de la peur qu'il dut avoir en mettant ses mains dans l'eau.
- Un autre s'est fait appeler après dîner à la passerelle, pour soi-disant des cours du soir.
En réalité, pendant que le Commandant lui expliquait comment reconnaître les étoiles, une équipe s'affairait dans sa cabine à dérouler un rouleau entier de papier kraft mis par brassées emplissant entièrement la chambrée. Une fois revenu chez lui, notre élève passa presque toute la nuit à jeter par dessus bord le cadeau encombrant.
- Un futur officier machine s'est vu confier la tâche suivante : il devait relever chaque tuyau de la machine, les dénombrer sur une liste, et surtout indiquer leur provenance, leur destination et de plus, dire s'ils transportaient de l'eau douce, salée, distillée, de la vapeur, de l'air comprimé, et j'en oublie certainement. Le pauvre mit une bonne partie de son embarquement pour satisfaire ses supérieurs. Pour lui compliquer le travail, nous ajoutions des données fausses sur les conduits, comme Haut, Bas, Fragile, Ne pas ouvrir. Un après-midi qu'il s'évertuait à bien remplir sa
mission, il faillit craquer. Depuis une bonne heure, il suivait un tuyau gros comme le bras,  qui  diminuait de diamètre chaque fois qu'il entrait dans un appareillage quelconque. Il se croyait sauvé et près de la fin, le tuyau n'était pas plus gros qu'un
doigt, quand il s'aperçut qu'il suivait depuis un petit moment... la rambarde d'un escalier. On pique une petite colère, et on recommence.
- Un dernier pour finir
Cet élève officier avait l'habitude de se baigner à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit si le temps le permettait, bien entendu. Un bébé requin de la taille d'un gros brochet fut péché, on le mit dans la piscine. Notre élève, son quart terminé à minuit, pique une petite tête dans l'eau et en ressort quelques secondes après en hurlant. Notre invité aquatique dérangé par cet intrus au beau milieu de la nuit, si petit soit-il, lui avait tout simplement arraché le petit orteil du pied droit. Le but de la farce était de lui faire une grosse frayeur, pas de le mutiler.
- Pour clore enfin, l'histoire de ces deux élèves officiers embarqués ensemble, ils se connaissaient pratiquement depuis l'enfance. L'un des deux reçoit sa nomination d'officier à bord, la première chose qu'il pense à faire, c'est de dire à son collègue malchanceux que, maintenant il était son supérieur, il voudrait bien dorénavant être vouvoyé. Surprise de l'autre qui, une fois le coup encaissé, lui demande une dernière fois s'il peut le tutoyer. Devant la réponse positive, il lui lâche : -« Je t’emmerde »
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 9 Déc - 0:18

Singapour

S/T Magdala
Deux fois j'eus la chance de connaître cette ville magnifique du bout du monde.
La première fois pour décharger une cargaison et mazouter avant notre retour en Europe, la deuxième fois pour y débarquer après mon temps légal de navigation.
De ces deux séjours, je garde un très bon souvenir, surtout la deuxième fois où, devant débarquer, l'ambassade nous demanda de rester deux jours de plus suite à un conflit politique. On nous conseilla qu'il serait plus sage d'attendre gentiment, ce que nous fîmes.
Mais, suivons la logique, et commençons par la première escale.
A peine la manœuvre d'amarrage terminée, le bord est envahi de toute sorte de gens. Vendeurs de n'importe quoi, lavandières qui nous prennent le linge sale que nous voulions bien leur confier, et qui nous est retourné seulement quelques heures après, d'une propreté extrême, parfumé à je ne sais quoi. Mais surtout la personne que nous guettions avant toute autre, c'était le tailleur. Personnage tant désiré, que pendant toute la traversée, on ne pensait qu'à lui.
Imaginez ! Ce type vous plaçait n'importe où, et en un tour de main, il vous prenait vos mensurations sans jamais se tromper. Pour toutes sortes de vêtements, Il suffisait alors de lui signaler que vous vouliez une poche à tel endroit, une autre avec fermeture éclair à tel autre endroit, et le lendemain il revenait avec les commandes, ponctuel. On essayait l'achat, qui allait parfaitement, aucune réclamation n'était possible, le travail avait été exécuté avec une minutie extraordinaire.
Il vous faisait aussi bien un short en Jean, un costume trois pièces dans le plus beau tissu existant ou un ensemble de bain pour votre femme si vous aviez ses mesures exactes. En une nuit seulement le travail était fait, qu'importé le nombre de commandes, il livrait tout le lendemain même heure. Nous n'osions imaginer les nombreux petits doigts de fée qui devaient s'agiter pour satisfaire les commandes. Jamais personne ne s'est plaint d'une malfaçon ou d'autre chose. Chapeau !!
- Deuxième séjour maintenant.
Tout l'équipage débarquant (une vingtaine de personnes) fut installé dans un hôtel ultra chic, le Cockpit-Hôtel, complexe immense de quinze cents chambres, trois restaurants gastronomiques, un chinois, un anglais, le troisième, français. Une galerie marchande aussi importante que les grandes surfaces de chez nous, une piscine olympique, et surtout une boîte de nuit ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
J'allais oublier une salle de spectacle où pendant une bonne partie de la nuit se succédaient les plus beaux numéros de variétés, de cirque, de music-hall dignes de nos plus belles émissions de télé.
Des endroits où l’on voudrait rester plus longtemps. Une télé-couleur dans chaque chambre bien sûr, avec si je me souviens bien plus de vingt chaînes (ce qui peut paraître normal de nos jours, avec le câble et les satellites, mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans les années soixante ).
Des soubrettes (deux par deux, peut-être pour ne pas se perdre) passaient avec un chariot toutes les heures pour demander si nous n'avions besoin de rien. Le soir, on nous remettait un questionnaire pour savoir ce qui nous ferait plaisir au petit déjeuner, qui étaient servis à la mode anglaise. C'est ainsi que je goûtais pour la première fois les fameux œufs au bacon, et surtout la marmelade d'orange étalée sur du jambon. Moi qui tiens mieux à table qu'à cheval, j'étais aux anges.
Mais, c'est bien connu, toutes les bonnes choses ont une fin, et c'est avec regret qu'il fallut quitter cet endroit merveilleux.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 10 Déc - 0:02

Golfe Persique. Navette hôtel des sables / Port

Une petite anecdote au sujet des mini-bus faisant la navette aéroport/hôtel ou hôtel/aéroport. Les chauffeurs de ces véhicules n'avaient pas la passion de leur métier où la paresse l'emportait sur le devoir. Une fois, nous fûmes victimes d'une crevaison. Le conducteur ne voulut rien savoir pour changer la roue, prétextant que ce n'était pas son travail, et que de toute façon, un autre car de la compagnie allait passer bientôt, et que l'on verrait à ce moment-là. Fatigué par ce qu'il venait de nous dire, il s'allonge au pied d'un arbre pour attendre le collègue. Peu habitué à ce comportement, nous nous concertons tous. Et si le collègue ne voulait pas non plus changer la roue, si son bus était plein et que nous ne puissions pas être pris à bord? Après une très courte discussion entre nous, nous décidâmes de changer la roue, sans demander l'avis du chauffeur. Le travail fut effectué en un quart de tour. Le conducteur fit la tête pour le restant du parcours, peut-être que nous lui avions gâché sa petite sieste forcée, en tout cas, nous étions à bon port, grâce à nous-mêmes.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 10 Déc - 0:07

L'hôtel des sables Futur embarquement sur le Magdala. Le Golfe, l'attente à l'hôtel

Tous les embarquements au Golfe, si bien programmés soient-ils, ne tombaient jamais juste à la journée, entre l'arrivée de la relève d'équipage et le pétrolier qui terminait son chargement aux différents pontés. Par contre, pour ne pas retarder le voyage du super tanker, il était toujours de règle que ce soit la relève de l'équipage qui attende, et non l'inverse.
C'est comme cela que pour un embarquement à Dubaï, arrivés en pleine journée à l'aéroport, nous apprîmes par l'agence que l'accostage de notre navire n'était prévu que le lendemain dans la soirée. Il nous fallait donc patienter, et c'est justement le rôle des agents représentant les compagnies locales de prévoir le logement, la nourriture et le déplacement des marins.
La société-mère a pour mission d'acheminer la future relève de Paris au port d'embarquement, charge est donnée ensuite à l'agence d'assurer la montée à bord.
Un mini-bus nous attendait déjà au pied de l'avion pour nous emmener dans l'hôtel qui devait nous accueillir cette journée et demie de repos supplémentaire.
Nous l'appelions l'hôtel des sables, car il avait "poussé" au milieu des dunes, rien autour, que du sable, d'où son nom. Pas de village à proximité: depuis l'avion, il fallait une petite demi-heure de route pour s'y rendre, ensuite une autre demi-heure dans l'autre sens pour atteindre le port.
Pourquoi ne pas l'avoir construit soit près de la ville, soit près du port, mystère.
Presque deux jours de farniente en plein désert. Certains pourraient croire que nous autres marins on s'y ennuierait, pas du tout, c'était un hôtel de luxe, quatre ou cinq étoiles aux normes européennes, nous avions le grand confort: piscine d'eau douce de taille olympique, sauna norvégien (le vrai, où l'on jette soi-même de l'eau sur les pierres brûlantes), frigo plein de bonnes choses dans chaque cabine (pardon dans chaque chambre, déformation professionnelle!), excellent restaurant gastronomique, mini-golf, et surtout une salle de bain immense recouverte partout de faux marbre, à moins que ce ne soit du vrai, allez savoir, toute la robinetterie couleur or, à moins que ce... peut-être pas mais quand même, cela aurait pu être vrai.
La première fois que j'ai découvert ce paradis, il y avait avec nous un Sénégalais, garçon du Commandant, peu habitué à ce genre de belles choses. Au matin, pendant le petit déjeuner, il m'avoua :
-"Maurice, hier soir, quand j'ai vu la salle de bain, je l'ai trouvée tellement belle, que j'ai dormi dedans",
Sans commentaire.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 10 Déc - 0:12

Magdala, golfe Persique, la panne de froid

En plein Golfe, une panne de compresseur de froid pour la climatisation nous obligea à nous concerter, du novice au Commandant, pour trouver une solution.
Plus de quarante degrés, même dans les coursives, dans les cabines, aucun endroit avec un peu de fraîcheur, et à peine le chargement terminé, il nous fallait une quinzaine de jours pour quitter cette chaleur de l'endroit le plus chaud du globe.
La cause de la panne était trouvée, mais pas de pièce de rechange. Un bricolage de fortune n'était pas envisageable, il nous fallait trop de matériel.
Le Radio avait déjà envoyé une commande d'urgence mais, au mieux, deux semaines au moins seraient nécessaires pour nous envoyer les pièces, et de toute façon pas question de se faire livrer en mer, il nous fallait un port.
La seule solution existante était de se brancher sur le compresseur des chambres froides, avec comme vision la perte de toutes les denrées de première nécessité, mais ce qui nous restait de provisions non conservées par le froid nous éviterait de mourir de faim et, dès l'arrivée au port de livraison du compresseur de rechange, nous aurions réapprovisionné nos stocks.
Ainsi fut fait, mais le temps de faire la transformation (quelques heures), ce fut le calvaire. Une chaleur moite et étouffante nous terrassait. Allongés sur nos bannettes, nous avions toutes les peines du monde à respirer. Le fait de seulement soulever un bras et la sueur nous inondait. Je fus réquisitionné pour le chantier, la tête enveloppée d'un linge mouillé pour ne pas tomber dans les pommes, tant la chaleur était insupportable.
Ce n'est qu'en fin d'après-midi que le travail se termina. Avec la fraîcheur du soir arrivant, et la reprise de la climatisation dans les cabines, chacun eut droit à une nuit assez belle.
Comme prévu, une dizaine de jours après, dans un port en Afrique du Sud, le matériel nous attendait, il ne nous fallut pas longtemps pour tout remettre en ordre.       
Les provisions n'avaient jamais manqué; seul point négatif de l'incident, plus d'une tonne de vivres dû être jetée à la mer, mais il valait mieux cela que de nous voir mourir un à un.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 10 Déc - 0:17

Embarquement difficile

Port-de-Bouc, montée à bord du Léda Ma femme se rappellera toujours son premier voyage.
La première fois que mon épouse eut le droit d'embarquer avec moi, le port de ralliement était Port-de-Bouc, près de Marseille. Pour la première montée à quai, en début d'après-midi, il n'y avait eu aucun problème, les valises étaient vidées, ma femme installée.
En fin de journée, l'envie nous prit de faire un petit tour à terre, avant le grand départ pour le Golfe. Nous devions revenir pour vingt heures, dernier délai avant de quitter le port.
Pendant notre courte absence à terre, le bord reçut l'ordre d'appareiller plus tôt, pour je ne sais plus quelle raison. Quatre hommes et mon épouse étaient à terre, que l'agent de la compagnie n'eut pas trop de mal à retrouver. Nous expliquant la situation, il avait ordre de nous ramener à bord dans une vedette car le navire avait déjà pris la mer.
Et c'est ainsi que rattrapant le bateau qui filait ses quinze nœuds, nous étions obligés de remonter à bord en marche.
Le pétrolier allège (vide de chargement) avait un tirant d'eau de vingt-cinq mètres, qu'il nous fallut monter par une échelle de corde d'une hauteur d'environ huit étages sur une masse en pleine mer, déjà secouée par la houle naissante.
La meilleure façon de grimper à bord sur un navire en marche est la suivante: On s'approche de l'échelle de corde, on attend d'être dans le haut d'une vague, on s'élance le plus haut possible en agrippant l'échelle, pour ne pas que la vedette vienne vous casser les chevilles au retour de son creux de vague, et on monte les barreaux un à un le plus vite possible sans regarder en bas, pour ne pas avoir le tournis, sinon on risque de lâcher prise et c'est le grand plongeon.
Pour des marins, ce procédé était un jeu d'enfant, mais j'avais peur pour mon épouse car pour elle il s'agissait d'une épreuve surhumaine.
D'ailleurs, le pilote de la vedette responsable du groupe jusqu'à notre montée à bord ne voulait pas qu'une femme tente ce risque, mais je lui promis que ce n'était pas la première fois, ce qui était entièrement faux, et tout se passa bien, mon épouse ce jour-là faisant un grand effort sur elle-même, arriva sur le pont dans un état second et fut prise en main par les matelots qui étaient chargés de nous monter à bord.
La seule chose que ma femme me demanda, ce fut de ne pas raconter cet épisode à sa mère pour ne pas qu'elle s'inquiète par la suite.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 10 Déc - 23:14

L’Australie

-  Luna-park / La visite médicale
L'Australie, une île si grande que l'on en a fait un Continent. Que de bons souvenirs me viennent à l'esprit.
Sydney où j'ai vu la fin de la construction de leur fameux Opéra-House, le pont Eiffel, à propos duquel j'ignorais que le grand homme avait été si loin faire ses ouvrages célèbres, Luna-park, complexe immense de jeux, manèges et attractions diverses dignes de notre Foire du trône parisienne, sans oublier le zoo où tous les animaux du monde se côtoient pour la plus grande joie des petits et des grands.
Une petite anecdote au sujet de Luna-park. La première fois que je pris un taxi pour m'y rendre, le chauffeur, sans doute un anti-français, me répond qu'il ne me comprend pas, et fait mine de partir pour embarquer un autre client, devant mon insistance à vouloir qu'il me prenne moi et non un autre, je répète le nom que je croyais correct, Louna-Park, Lunna-park, Luuna-Park en élevant la voix à chaque fois.
Devant mon insistance, et mon air pas commode, comme par hasard, il finit enfin par comprendre:
-Tes, Ok, Luna-park, let 's go".
Je pensais en moi-même: -"Connard tu y as mis du temps pour comprendre, cela fait un quart d'heure que tu ne veux pas m'écouter".
- La visite médicale
Ce médecin plein d'humour, qui lors d'une visite médicale de routine, apprenant qu'un patient français faisait partie des consultants, nous demanda de bien vouloir retirer nos chaussures et chaussettes.
Il arpentait la salle d'attente où nous étions tous à attendre notre tour en marmonnant bien haut:
-« Ce doit être une erreur, il n'y a pas de Français dans cette pièce».
Le tout en anglais bien entendu. Entendant le mot 'french' plusieurs fois, je compris qu'il ne pouvait parler que de moi, étant le seul Français de l'assistance. Je levai la main timidement; il vint à moi en souriant et dans un bon français, me lança:
-"Vous dites être français, mais je ne vois pas vos pattes de grenouille".
Allusion aux Anglais qui ne peuvent admettre que nous mangions des grenouilles, ils nous appellent d'ailleurs "les mangeurs de grenouilles".
Humour léger, qui ne fit sourire que nous deux car les autres, même si quelques-uns comprenaient un peu notre langue, ne purent, j'en suis sûr, en contrôler tout le sens.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 10 Déc - 23:20

Médecine à bord

Soins sur les bateaux (Dans les années 60)
Que ce soit sur les cargos ou sur les pétroliers, il ne fallait pas tomber malade ou se blesser gravement. La seule personne à bord compétente et responsable des médicaments était un officier pont, supervisé par le Second capitaine. La pharmacie regorgeait de médicaments, mais que donner et à qui pour les symptômes décrits plus ou moins bien par l'intéressé? Tous les remèdes, comprimés, sirops, crèmes, potions diverses, étaient bien alignés sur des étagères, avec au-dessous son usage principal. C'est-à-dire que si quelqu'un se plaignait de tel ou tel endroit du corps, on ne regardait pas le nom du médicament, mais on prenait le médicament sur l'étagère correspondante, là ou était inscrite la partie du corps. Si le médicament n'avait pas d'effet, on en changeait jusqu'à ce que l'intéressé se sente soulagé ou guéri.
Quelquefois, les médicaments du bord n'étaient pas assez efficaces, voire inutiles. Exemple, cette histoire qui heureusement eut une bonne fin.
Un matelot souffre de douleurs au ventre. On regarde dans la pharmacie: "Douleurs abdominales". Il prend des trucs qui ne lui font rien, on essaie autre chose encore, sans résultat. Le type est alité et fiévreux. En pleine mer, le premier port est à une huitaine de jours de navigation. Le Commandant, inquiet pour son homme, demande conseil par saint-Lis radio, seul lien de communication entre les navires en mer. On lui passe un docteur et le dialogue commence. Les descriptions détaillées du pacha sur les symptômes du malade sont sans équivoque, l'homme souffre d'une crise d'appendicite aiguë, avec complication d'infection. Le plus grave, c'est que les huit jours nécessaires pour rallier un port vont être fatals, car si dans les quarante-huit heures l'individu n'est pas opéré, il meurt. Cas de conscience terrible pour le Commandant qui prend sur lui la responsabilité de tenter de sauver le marin.
Je vous promets chers lecteurs que l'histoire est authentique.
Le malade est amené à l'infirmerie (si on peut appeler infirmerie une cabine attenante au local pharmacie, avec deux lits de fer et un fort éclairage au-dessus).
Le Commandant est relié à Saint-Lis radio par des écouteurs sur la tête, le docteur à l'autre bout du fil, et l'opération commence. A l'aide de bistouris sommaires, écoutant attentivement les conseils du toubib: incisez là, ouvrez ici, coupez cela, refermez comme ceci, pendant plus d'une heure, il opéra le patient. La crise passée, l'infection combattue, notre malade fut débarqué au premier port pour être repris en main par de vrais chirurgiens.
L'homme n'est pas mort, et je crois qu'il doit une fière chandelle à son Commandant. Témoin de cette scène, et conscient que cela aurait pu m'arriver, dès ma mise en congé, je fis une demande d'opération d'appendicite anticipée qui fut acceptée.
 Je ne crains plus rien de ce côté-là, merci.
Pour terminer ce chapitre, l'histoire du marin sur un cargo mixte qui, glissant dans la douche sur le carrelage, s'ouvrit le crâne. Parmi les passagers, il y avait une bonne sœur qui rentrait de mission en Afrique, elle sauva notre homme en lui prodiguant les premiers soins. Elle lui recousit le cuir chevelu aussi bien qu'un chirurgien, avec du fil et une aiguille de couture.
 
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 10 Déc - 23:30

Les gaz inertes L'incendie du Magdala

-« Je ne comprends pas, vous auriez dû sauter».
Trois heures du matin au Havre, l'expert de la compagnie venu en hâte par hélicoptère avec quelques autres "grosses huiles" de la Shell a rendu son verdict.
Après une explosion dans une soute lors du déchargement, un incendie s'est déclaré à bord, ne faisant que de graves dégâts matériels. Récit complet de la cause.
Après les années soixante-dix, les pétroliers de plus de cent mille tonnes avaient obligation d'avoir une installation dite de gaz inertes.
Pour éviter les explosions lors du déchargement, il fallait envoyer dans les soutes, en même temps qu'elles se vidaient, des gaz neutres (déjà brûlés) qui, en prenant la place du combustible, évitaient les risques d'accidents.
Ces gaz, nous les avions en permanence sous la forme de fumées qui s'échappaient par la cheminée, car sur un pétrolier, la machine est toujours en marche, même aux escales.
Ces gaz dits inertes, il suffisait de les récupérer avant qu'ils ne s'échappent dans l'air, ils étaient lavés, épurés puis envoyés sous pression dans les soutes à chaque déchargement. Toute cette installation était dirigée depuis la passerelle, sur un grand pupitre de contrôle et de surveillance, sous la responsabilité du Second capitaine.
Des jauges à mercure indiquaient le niveau des différentes citernes en cours de vidange, l'envoi des gaz inertes se faisait en fonction de ces seules indications.
Un grain de sable, il ne fallut que cela pour que le bateau n'explose. Il s'était glissé on ne sait comment dans la tuyauterie sur le pupitre et, faussant les indications, trompa la vision du Second, lequel, croyant que la soute en question n'était toujours pas vidée, envoyait toujours le gaz sous pression. (A la suite de cet accident, toutes les installations ont été modifiées par des systèmes de sécurité pour que de tels cas ne se reproduisent pas).
Heureusement, les consignes de sécurité avaient été bien respectées. Au-dessus de chaque soute, sur le pont, se trouvent des "trous d'homme", orifices permettant à un individu de descendre dans la citerne pour nettoyer ou simplement visiter l'ouvrage. A chaque manœuvre, on déboulonnait chaque ouverture, seul un taquet en alliage spécial servait de fusible, et sautait en cas de surpression dans la soute, libérant ainsi la porte qui, pivotant sur une charnière, libérait le trop-plein, évitant ainsi l'explosion.
Dans la situation précise, le superflu des gaz finit par faire sauter le taquet,
La porte s'ouvrit et laissa échapper un mélange de gaz et de pétrole brut restant dans le fond. L'ensemble monta à plus de dix mètres de hauteur et retomba sur le pont sur des tuyaux de vapeur alimentant les treuils et les appareils de manœuvre de l'avant. Au contact de la chaleur, le mélange s'enflamma et la gerbe de feu remonta vers le ciel alimentée par le dégagement du trou d'homme.
Quand le danger fut écarté chacun était d'accord pour dire que si les orifices n'avaient pas été préparés, le bateau sautait comme un bouchon de Champagne.
A cette escale, en plus de la trentaine de personnes du bord, des épouses avec enfants étaient présentes, des ingénieurs pour des travaux futurs et des livreurs. Une centaine de personnes aurait péri cette nuit-là. Pour ma part, au moment du drame, je me trouvais au plus profond de la machine effectuant un dépannage que je n'avais pas eu le temps de finir avant l'arrivée au port. J'avais bien entendu une sorte d'alarme, mais le bruit de la machine m'empêchait de comprendre l'ordre d'alerte.
Ce n'est qu'en remontant sur le pont, voyant tout le monde courir dans tous les sens, j'arrête le novice pont pour lui demander ce qui se passe.
-"Le feu, le feu sur le pont avant, me cria-t-il avant de s'éloigner plus loin.
Je n'en croyais pas mes yeux, le pont était illuminé par les flammes, on voyait comme en plein jour, il était exactement minuit.
Les secours s'organisèrent bien vite, mais impossible de faire évacuer le personnel non-naviguant, la coupée était entourée de flammes. Tous les civils avaient été regroupés auprès d'un officier-pont à la passerelle, une équipe était chargée de mettre à l'eau le chargement de fûts d'huile reçus quelques heures auparavant pour les besoins du bord, afin que ceux-ci n'alimentent pas l'incendie.
Chaque membre ayant ses propres consignes en cas de sinistre, l'incendie fut rapidement maîtrisé, si bien que lorsque les secours de terre arrivèrent, tout danger était écarté.
Une petite mise au point justement à propos des secours extérieurs. Le lendemain dans les journaux, on pouvait lire que grâce à l'intervention énergique des pompiers de la ville du Havre, une catastrophe avait été évitée de justesse. Colère du Commandant qui demanda et obtint un démenti, indiquant que les pompiers n'y étaient pour rien, le bord seul avait assuré l'arrêt du sinistre, A ma connaissance seule une radio nationale avait commenté le drame en quelques phrases.
Pour en finir, la compagnie alertée par le Commandant arriva en hélicoptère et, devant la médiatisation que l'affaire allait apporter (des cars de télévision arrivaient de partout), ordre nous fut donné de prendre la mer pour Diégo-Suarez à Madagascar, l'arsenal maritime se chargerait de nos réparations qui durèrent plus d'un mois.
De temps en temps, je me rappelle la phrase de l'expert:
-"Je ne comprends pas, vous auriez dû sauter".
Monsieur l'expert, mes deux fils vous remercient de vous être trompé.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 11 Déc - 23:46

La dot d'Odette. Le mariage raté

Suite à l'incendie du Magdala, les autorités de la compagnie nous envoyèrent à Madagascar dans l'arsenal militaire de Diego-Suarez.
Ceci afin d'effectuer les réparations nécessaires et pour ne pas avoir à souffrir de la médiatisation que cet événement allait nous apporter. Nous y sommes restés un bon mois. Dès les premiers jours, une charmante petite malgache partageait ma vie. (L'honneur est sauf, car cette liaison se situait entre la séparation de ma première femme, et je ne connaissais pas encore la future Madame Renard).
Trente jours d'escale, sans travail proprement dit, car les ouvriers de terre avaient pris le navire en main, tout était stoppé à bord, nous ne faisions que de la présence et de l'entretien courant. D'ailleurs, avec l'accord du Commandant, nous avions établi un roulement: quand la moitié du personnel du bord étant présent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, l'autre moitié avait le même temps de permission.
J'étais aux anges avec ma petite qui ne me quittait jamais. Ma fonction de Maître électricien me permit de louer une voiture aux frais de la compagnie, et à chaque période de mes deux jours de congé, ma compagne me faisait visiter Madagascar. Vous raconter mes soirées intimes serait déplacé, et d'ailleurs ce récit n'a pas pour but de me vanter, encore moins de me confesser.
Toutes bonnes choses ayant malheureusement une fin, voici la chute de cette belle histoire d'amour.
Me sentant si bien avec cette jeune femme, je me surpris à lui demander sa main, elle sauta de joie, et voulut me présenter à ses parents, chose normale en pareilles circonstances, et nous voilà partis en voiture dans sa famille.
Gens charmants qui furent enchantés de ma proposition et qui m'expliquèrent en quelques mots les coutumes d'une telle demande.
Odette, c'était son prénom, pardon de ne pas vous l'avoir présentée plus tôt, était la plus âgée des enfants de la famille. A ce titre, elle avait droit, en quittant le foyer, à une dot qui représentait la moitié des biens familiaux, et joignant le geste à leurs paroles, les parents ouvrirent une porte qui donnait par derrière, et je pus voir d'un seul coup d'œil le vrai sens de la conversation que nous venions d'avoir.
Trente-deux bêtes à cornes paissaient tranquillement dans les prés, tout le bien familial, la moitié était pour moi, pardon, à nous deux, Odette et moi. Mais étant le futur chef d'une nouvelle famille, c'est à moi que revenait le cheptel. Seize zébus vivants, que voulez-vous que je fasse d'un tel cadeau?
N'ayant pas la fibre d'un Maquignon*, je me voyais mal repartir de cette maison pourtant ô combien accueillante, avec Odette à mon bras droit, et de l'autre coté, les bêtes m'appartenant désormais.
Je prétextais je ne sais plus qu'elle excuse, pris congé des parents, et mis le restant de notre séjour à expliquer à Odette que, ne pouvant offrir l'équivalence d'une telle dot, il était impossible que notre union s'éternise, ce qu'elle comprit heureusement fort bien.
*Maquignon : Marchand de bestiaux.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 11 Déc - 23:50

Arthur, la mascotte du restaurant

Les attentes d'embarquement dans les ports du bout du monde sont fréquentes, et nul ne s'en plaint car c'est autant d'heures de congés en plus qui nous sont payées.
Pour ce récit, il nous fallait attendre le lendemain que le S/T Magdala revienne du Golfe, ses cuves pleines. Le point de rencontre était Dar-es-Salaam, en Tanzanie. Comme toujours, l'agent de la compagnie nous avait logés à la meilleur enseigne : hôtel et restaurant trois étoiles, nous ne pouvions tomber mieux.
Au repas du soir donc, dans une salle de prestige (elle venait d'être refaite entièrement ,une bonne odeur de peinture en témoignait). les mets se succédaient servis par des garçons stylés, en habits de circonstance, la classe quoi.
Je ne sais plus qui l'aperçut le premier, mais par le trou d'une plinthe, dans un coin de mur, apparut un rat, pas une souris, un gros rat énorme qui, sans aucune crainte se faufilait entre les tables pour ramasser ça et là quelques miettes ou toute autre nourriture traînant par terre.
Les clients forcés de le voir, n'avaient pas l'air choqués ni surpris d'une telle apparition en ces lieux. Apparemment, il n'y avait que nous que cela gênait. On se mit en devoir de chasser l'intrus, en formation serrée, tout le monde sus à la bête.
Mais, rien de plus difficile que d'attraper un rat dans une salle de restaurant qui se faufile partout, et qui ne voulait surtout pas se laisser prendre. Il nous échappa prestement et se remit dans son trou. C'est lorsque nous avons commencé à vouloir faire le siège de son antre que, certainement alertée par les clients, une délégation de la direction vint nous ordonner de cesser notre chasse au rat.
Dans un français pas trop mauvais, on nous expliqua que l'animal en question était la mascotte des lieux, que tout le monde l'aimait bien, qu'il s'appelait Arthur, et que nous ne devions en aucun cas lui faire du mal, que l'on nous pardonnait car nous étions envoyés par une agence sérieuse, à qui le directeur ne voulait pas faire d'histoires.
Il suffisait de le dire, vive Arthur la mascotte.
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 11 Déc - 23:53

Le bétail

Les bœufs
Quelques officiers considéraient leurs subalternes comme des moins que rien, du bétail, du menu fretin.
Certains s'en accommodaient, d'autres se vexaient et prenaient cela très mal, comme ce boulanger qui était le souffre-douleur de quelques supérieurs.
Un voyage entier à ruminer sa vengeance, comme il devait être malheureux.
A la fin de son temps de navigation, il put enfin se venger. Il était prévu qu'il débarque au golfe Persique, au petit jour.
Pour la dernière fois, à quatre heures du matin, il se leva comme d'habitude, et au lieu de faire sa dernière fournée de pain, il ne fit rien, en tout cas pas de pain. Il prépara la table dans la salle à manger des officiers comme toujours mais, devant chaque place, il disposa un petit tas de foin simplement. Pas de pain, du foin. Il se vengeait comme il pouvait.
Quand le premier officier entra dans la carrée, notre homme était déjà loin du bord, avec les autres débarquant comme lui. Imaginez la tête de l'état-major, qui au lieu de son petit pain quotidien, se retrouvait avec du foin pour toute nourriture.
A force de se moquer des autres, en les prenant pour du bétail, leur situation était retournée ce jour.
Heureusement, un autre bateau de la Compagnie était également à quai, le maître-d'hôtel se dépanna comme il put en attendant que le nouveau boulanger embarque .
Parions que par la suite ces messieurs réfléchirent à deux fois avant de traiter le personnel de bétail.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Sam 12 Déc - 0:00

Le Radio, Le sens du devoir

Le Radio, l'officier Radio (car cette fonction fait partie de l'état-major des navires), a un rôle important. Si un bateau en pleine mer au bout du monde peut dialoguer avec la terre ou avec d'autres navires, c'est grâce au Radio. Quand une personne de l'équipage veut parler à sa famille, c'est le Radio, quand une bonne ou une mauvaise nouvelle arrive à bord, c'est le Radio qui en est le premier averti.
Grâce à ses diplômes de radio-électronique nécessaires à sa fonction, c'est lui également qui s'occupe des radars, et de tout l'appareillage sophistiqué de la passerelle.
Après le Commandant et le Second capitaine, il vient en troisième place dans la hiérarchie à bord.
Mes relations avec les Radios étaient des meilleures, car nous avions besoin l'un de l'autre dans nos fonctions. Lorsque je devais changer des projecteurs sur le mât radar, il devait être au courant, car lui seul savait à quel moment ma présence n'était pas dangereuse. Par contre, quand il voulait augmenter la puissance de son installation, pour une liaison lointaine qui devait durer plus que d'habitude, il était bien content de me trouver pour que je l'aide dans son travail, car il ne devait pas être seul dans les profondeurs de la machine.
Le Radio dont je vais vous raconter l'histoire vaut d'être cité pour la médaille du travail avec mention.
Sur le Magdala embarque un beau jour un Radio. L'air triste, il nous explique que son épouse va au plus mal, et que d'un jour à l'autre il attend une mauvaise nouvelle la concernant.
Nous sommes tous peinés pour lui, car embarquer dans de telles conditions ne doit pas être réjouissant.
Il tient le coup quand même, assurant au mieux son service, recevant chaque jour des nouvelles par radio de chez lui.
Une ou deux fois par semaine, la compagnie maritime envoie par graphie, par l'intermédiaire de Saint-Lys Radio, à tous ses navires en mer des consignes, des mouvements futurs d'embarquement ou de débarquement, des nouvelles des familles qui n'ont pas les moyens de communiquer par radiotéléphone.
Ces vacations ont lieu à heures fixes, le Radio les prend en morse (graphie), et les transcrit directement sur des bordereaux réglementaires, à l'intention du Commandant qui les distribue aux personnes ou services intéressés. Et ce qui devait arriver arriva.
Un jour de liaison officielle avec la compagnie, notre Radio reçut des messages divers, et... l'annonce de la mort de sa femme.
Il passa sa conscience professionnelle avant tout, remit les notes  au Commandant qui dut lui apprendre officiellement le décès de son épouse.
Je tire mon chapeau bien bas à des hommes de ce genre.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 13 Déc - 1:22

L'escale courrier

Le courrier à la mer
Lorsque rien n'était prévu en escale vivres ou relève d'équipage au Cap*, nous avions la possibilité de recourir à une coutume datant de la marine à voile: -"le courrier à la mer".
Cela se passait au large des Comores. Déjà la veille, le bosco préparait un radeau sommaire fait de planches sur lequel était fixé un fût d'huile servant de réceptacle pour contenir le courrier et, bien sûr, les cadeaux de remerciement pour la personne qui récupérait le tout. Cette récompense était généralement composée de cartouches de cigarettes, de bouteilles d'alcool, de parfum et de savonnettes.
Il n'était pas nécessaire de prévenir la côte de notre passage. Déjà au large, nous apercevions les barques plates des indigènes qui guettaient notre approche.
Suivant notre sillage, ils attendaient que le radeau soit posé délicatement par un treuil à la mer, et une course effrénée avait lieu car le principe de l'enjeu était que le premier qui touchait le radeau, et seulement celui-là, avait le privilège de s'occuper de l'acheminement du courrier, et bien évidemment de récupérer les cadeaux.
Une fois le radeau pris en main par le vainqueur, il était amarré à la barque car, le radeau du courrier était bien plus grand que leurs frêles embarcations. Revenant triomphant sur la plage, il ne lui suffisait que de se rendre à la poste du village, de remettre le paquet contenant toutes les lettres que l'équipage avait écrites depuis le départ en Europe et nous étions assurés que la distribution serait faite.
De tout mon temps de navigation, jamais une seule lettre ne s'est perdue de cette façon.

 * Au Cap. Voir l’intrus.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 13 Déc - 2:09

Le gouvernail

M/S Isara, golfe Persique
Un autre incident tout aussi grave sinon davantage que la panne de climatisation du Magdala dans les cabines.
En quittant le dernier port de chargement du Golfe, une panne de gouvernail. Impossible de maîtriser la barre, quel que soit l'ordre donné depuis la passerelle, le navire filait tout droit le gouvernail restait bloqué.
Une chance pour nous, la dernière manœuvre de quai était terminée, le bateau filait droit devant, direction la mer. Aucun obstacle ne nous gênait pour le moment, mais il était impossible de continuer, tôt ou tard il aurait fallu prendre notre route de retour, qui n'est pas toujours la ligne droite, car ce que les non-navigants ignorent, c'est que les routes maritimes sont tracées une fois pour toutes suivant notre provenance et notre destination, et l'on doit s'y tenir.
Pour l'heure, la décision fut prise de mouiller au plus tôt, ce qui n'a pas été difficile, il nous a suffi de stopper les machines et de laisser glisser le navire sur sa lancée. A l'arrêt complet, on jette l'ancre, on hisse le pavillon signalant "Bateau non manœuvrant, mais ne demandant pas d'aide" et on se creuse la tête tous pour essayer de se sortir de ce pétrin.
La cause de l'incident n'étant pas déterminée, le secours se scinda en deux équipes, le Radio et les officiers pont démontaient la barre et vérifiaient les armoires électriques de commande, tandis qu'une autre dont je faisais partie s'affairait dans le local du gouvernail pour voir le côté mécanique.
Le danger majeur de cette panne n'était pas le risque de collision, mais simplement l'explosion du pétrolier, car plein à ras bord et ne naviguant pas, il n'y avait pas le frottement de l'eau sur la coque pour créer un refroidissement naturel, et la chaleur du Golfe qui n'est plus à démontrer nous inquiétait plus que tout le reste.
D'ailleurs le risque était présent, la cargaison s'échauffait et le point éclair du combustible allait bientôt être atteint. Une troisième équipe se forma rapidement pour, à l'aide des canons à eau de mer, arroser sans arrêt le pont sur toute sa longueur afin d'abaisser la température du chargement.
Ce fut notre équipe qui trouva le motif du non-fonctionnement de la barre, une clavette (un morceau de fer de dix centimètres de longueur sur un de large) était cassée en deux et n'assurait plus la liaison mécanique entre l’axe de transmission et la barre proprement dite, panne des moins courante, mais ô combien dangereuse, car ce simple bout de ferraille faillit nous être fatal.
Il ne fallut pas longtemps pour refaire une pièce conforme à l'originale et tout remettre en état ne nous prit qu'une petite heure.
Nous pouvions enfin diriger le navire comme bon nous semblait et bientôt cet incident qui aurait pu tourner à la catastrophe fut vite oublié.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 13 Déc - 2:14

La baigneuse S/T Magdala, traversée  Marseille - Le Golfe

M. Hippeau est second mécanicien, son épouse fait le voyage avec lui, nous sommes à l'approche du golfe Persique, il fait chaud, la piscine est très convoitée, mais en plein après-midi, le personnel est au travail, les graisseurs qui ont fini leur quart ne pensent qu'à se reposer à l'abri de la chaleur. Seule ce jour-là, Mme Hippeau pique une tête dans l'onde pure et tente quelques brasses.
Mme Hippeau a ce que l'on peut appeler une forte poitrine, très forte même, et malgré un maillot de bain adéquat, tout n'est pas logé, rangé comme il se devrait.
A la suite d'une nage un peu trop rapide, et très animée, un mamelon sort de son "logement" et, telle une bouée de sauvetage, veut remonter à la surface.
La nageuse aura toutes les peines du monde à remettre en place le sein récalcitrant, se débattant sous l'eau, faisant de ce fait apercevoir un postérieur qui n'avait rien à envier à la poitrine indisciplinée.
Le premier témoin de cette scène, appela des comparses et ce fut bientôt tout un attroupement venu admirer le spectacle.
Il ne fallait pas grand chose pour nous amuser, et suite à cet incident, nous décidâmes de l'appeler Mme Hippeau-potame. Allez savoir pourquoi !
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 15 Déc - 23:33

Récits d'anciens

-La miche de pain
Du temps de la marine à voile, l'alcool était denrée rare, et seuls quelques officiers fortunés pouvaient s'offrir de temps en temps une bonne bouteille,
La méthode employée par des matelots débrouillards pour compenser ce manque vaut d’être citée.
Vous prenez une grosse miche de pain, sur le dessus de la croûte/ vous pratiquez une fente; en dessous vous faites des petits trous sur toute la surface. Versez par le haut dans la fente une boîte de vernis, posez le pain sur un récipient propre et attendez plusieurs heures,
La mie de pain fera office de filtre, elle retiendra les éléments gras, et seul l'alcool servant à la fabrication du vernis tombera goutte à goutte dans le récipient.
Buvez et... appréciez.
Aux dires des conteurs, personne ne mourut de cette façon de fabriquer un alambic maison.
-La pénicilline
Jusqu'au début des années cinquante, il ne faisait pas bon avoir ce que l'on appelle en langage marin, la chtouille, être plombé, être clair ou tout simplement en terme médical, avoir une blennorragie.
Car avant les piqûres de pénicilline, qui vous guérissaient en deux ou trois injections, la méthode était des plus barbares. Lisez plutôt.
L'individu était ligoté sur un lit, pieds et mains liés pour ne pas trop gesticuler afin de ne pas gêner le toubib ou toute autre personne pratiquant ‘l'opération’. On lui introduisait dans la verge un outil très fin, assez long, appelé le parapluie chinois; une fois bien en place, on tirait sur l'extrémité, et l'outil s'ouvrait comme une pince à glaçons, pour pratiquer une incision à l'intérieur du gland pour que le pus puisse s'évacuer. Je ne vous parle pas de la douleur que devait ressentir le patient.
Après l’intervention, si le marin était sain, la guérison venait toute seule, on jurait de ne plus se faire prendre de la sorte, mais au prochain voyage, on succombait au charme d'une vahiné ou de toute autre personne désireuse de vous assurer un bonheur furtif ; et si la jeune femme en question était douteuse, on repiquait au jeu, et rebelote.
Justement, pour savoir si la partenaire était saine, un vieux truc de loup de mer que je vous sers comme on me le servit moi-même.
Avant de pratiquer l'acte sexuel, le marin mettait sa chique dans le vagin de la promise, et si rien ne se passait c'est-à-dire si la jeune femme ne ressentait pas de démangeaisons à cet endroit précis, on pouvait espérer ne pas être plombé.
Cette méthode date d'avant-guerre, et rassurez-vous mesdames, je n'ai jamais chiqué de ma vie.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 17 Déc - 0:10

 L'alarme

S/T Léda
Le Léda, dernier voyage de ma carrière de marin de commerce, était immense, le plus gros navire européen de l'époque, une montagne flottante. Capable de transporter deux-cent-soixante-quinze mille tonnes de pétrole brut d'un bout à l'autre du globe en moins de trente jours, un record pour l'époque.
Tout était automatique à bord, des renvois d'alarme dans tous les coins, un tableau synoptique à la passerelle inouï où, d'un seul coup d'œil, on pouvait se rendre compte de ce qui se passait à la machine, presque cinquante mètres plus bas.
Mais voilà, la nuit, plus rien de tout cela, les alarmes étaient transférées chez l'officier machine de garde, c'est lui qui assurait le bon fonctionnement du navire. Car contrairement aux pétroliers de moins de cent mille tonnes où le quart dans la machine était assuré aussi bien la nuit que le jour, "les gros" se passaient de surveillance la nuit seul un homme veillait. A lui de faire des rondes s'il en avait envie, il était le seul responsable. (Uniquement valable pour la machine, car la navigation, elle, était assurée vingt-quatre heures sur vingt-quatre).
Aussi sophistiqué que ce monstre des mers l'était, il n'avait pas été étudié comme il se devait, la preuve, ce récit.
Revenons à notre homme de garde, qui fait ses rondes par une nuit tranquille. Arrivé au plus profond de la machine par l'ascenseur, il en sort, trébuche sur la dernière marche d'un petit escalier de fer descendant à une pompe de refoulement d'eau de mer et va s'assommer en face sur une vanne de commande de cette même pompe. Il ne sera retrouvé et secouru qu'au petit matin par le premier graisseur de quart donnant l'alerte. Il était temps, car le malheureux avait perdu pas mal de sang, et une heure de plus lui aurait été fatale.
Les faire descendre par deux pour que le rescapé puisse donner l'alerte? La solution n'a pas été retenue car, comme je vous l'ai décrit plus haut, plus le bateau est gros, moins il y a de personnel, et cette deuxième personne, où la prendre?
La réponse, toute simple, efficace, consistait en une alarme que l'homme devait enclencher avant de descendre, il effectuait sa ronde, et en remontant de la machine, il stoppait l'alarme avant qu'elle ne se déclenche. Si, comme chacun l'aura compris, personne ne stoppait le système, il se mettait en marche, et on accourait à la machine pour voir ce qui était arrivé à notre homme de garde.
Ironie de la personne qui créa ce dispositif, elle l'appela:
"ALARME  DE  L'HOMME  MORT".
 
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 17 Déc - 0:23

 Le pari S/T Léda, La partie de jeu de cartes.

Nous étions trois un soir après dîner restés au bar, à vouloir jouer aux cartes, ils nous manquaient le quatrième. Passe la femme d'André, un officier machine. Nous lui proposons gentiment de se joindre à nous, elle accepte et va prévenir son mari. Pendant sa courte absence, nous échafaudons une blague, à savoir que si elle perd aux cartes, elle doit finir la nuit avec l'un de nous.
Et nous voila à jouer une bonne partie de la nuit, l'épouse ne faisait que de perdre, tant et si bien, qu'elle déclare forfait, et veux quitter la table. Je prends la parole:
-"Pas si vite, nous devons vous dire qu'ayant perdu presque toute les parties, vous êtes à l'amende".
Et nous lui expliquons que l'enjeu était l'un de nous pour la nuit
Elle nous fit cette réponse qui nous laissa pantois:
-"Ah bon, lequel aura la chance de m'avoir pour la nuit? Décidez-vous, je vais avertir André, j'espère qu'il sera d'accord".
Que voulez vous répondre à cela? Trente années après je me demande toujours si sa réponse était sincère, ou si elle jouait le jeu.
Allez savoir!!
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 17 Déc - 0:31

Épilogue

Fin de cette première partie, soixante-dix histoires plus vraies les unes que les autres qui, je l'espère, vous auront fait rêver le temps de leur lecture.
Aucun nom propre n'a été cité, sauf celui de Mme Hippeau, mais reconnaissez, amis lecteurs, que le hasard fait bien les choses, car si cette femme avait épousé un M. Dupont, Durant ou Martin, cette histoire n'aurait
pas eu raison d'être citée.(Voir, la baigneuse)
La recherche de tous ces souvenirs en entraînant d'autres, une deuxième partie fera bientôt suite.

Chers lecteurs lectrices, bientôt le tome II
C'est à dire encore autant d'histoires que pour le tome I.

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 17 Déc - 23:48

Tome II

Préface
Chose promise, chose dite. Dans ce second livre, l'auteur a rassemblé quelques petites histoires toutes aussi cocasses qu'authentiques. Les récits nous sont contés avec autant de caractère que dans le premier tome. L'auteur nous fait partager ses moments les plus fous, les plus inattendus passés dans la Marine Marchande.
Certains marins ont une femme dans chaque port, le narrateur a une histoire avec chacune d'elle, que ce soit à Madagascar, à Sydney ou à Rio de Janeiro. C'est avec autant d'humour, de vérité et de simplicité qu'il raconte sa vie au gré des escales, sur les plus grands Super-tankers.
De tout temps, la mer a brassé son lot de contes, de récits. Ici, l'auteur nous dévoile une partie de ces souvenirs passés à bord ; avec ses joies, ses orgies et ses surprises. Ils ont le goût salé et le piquant de l'eau de mer, mais c'est d'une vague qu'on les dévore. Au fil des débarquements et des relèves d'équipage, le récit a un parfum d'exotisme, de vahinés qui vous invitera à découvrir une autre vie, un autre homme.
Que vous dire de plus, sinon de vous souhaiter une bonne traversée pleine de plaisir et d'imprévu.
Bonne lecture.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 17 Déc - 23:55

.

Départ du deuxième livre

Comme annoncé dans le premier tome de mes souvenirs de marin, où une suite pouvait être envisagée, nous y voici.
En effet, soucieux d'apporter au lecteur un maximum d'histoires retrouvées dans le fond de ma mémoire, j'en avais suffisamment pour écrire un premier livre, mais voilà, un souvenir en rappelait un autre, puis un autre à nouveau, les récits se bousculaient dans ma tête, si bien que je me suis arrêté à un moment, pour construire le premier tome, me promettant d'écrire un deuxième si cela en valait la peine.
Ce premier livre terminé, un nombre quasiment similaire d'histoires me restait. Mettre tout dans le premier bouquin aurait grossi exagérément le volume, car il y a des normes de pages, de fabrication à respecter, donc j'ai décidé de faire le tome deux qui, à mon goût, est de la même trempe que le précédent, car c'est dans la même foulée que toutes ces histoires ont été écrites.
Voici donc la suite des souvenirs d'un marin, trente ans plus tard, racontés comme pour le premier tome, avec humour et vérité.


Maxime personnelle
Tous les marins du monde sont
beaux-frères du côté
de la cuisse

.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 17 Déc - 23:57

Avertissement

Dès les premiers exemplaires vendus du tome un, des reproches m'ont été fait, notamment dans le sens que l'ouvrage manquait de sentiments.
Il m'est tout à fait impossible de faire du sentiment en racontant des histoires vécues.
Comme l'a si bien écrit Pierre Mothiron un journaliste, lors de ma première interview :
"Un périple de trois tours du monde en bateau composé de soixante-dix histoires courtes, vivaces, que cet écrivain, parfois vert, décline avec humour et d'un style efficace. Le charme au total, de l'aventure telle quelle, brut de sel et de souvenirs".
De sentiments, point, alors pourquoi en ajouter pour faire plaisir aux lecteurs, avide de romans à l'eau de rosé ?
Je ne me voyais pas faire deux pages sur tel ou tel récit, alors que deux lignes suffisaient pour présenter la scène, cela aurait été un récit romancé, non brut de sel et de souvenirs.
Cette mise au point au sujet de mon premier livre, pour faire comprendre aux lecteurs à propos de ce tome deux, qu'ils ne cherchent pas le sentiment entre les lignes, il n'y en a pas plus que dans le premier. Pardon pour ceux qui en auraient voulu.
Réactions sur le tome 1 Enfin des critiques !
Répétitif, c'est ainsi qu'un copain, en lisant le premier livre me décrit l'ouvrage car, d'une histoire à l'autre, je ne parle que de filles faciles, qui finissent par se faire culbuter. Oui mon vieux qui se reconnaîtra, excuse-moi de ne pas être pédé et de ne pas raconter mes aventures de mecs, pour changer un peu à ton goût.
Mais pédé ou chaud-lapin, filles ou garçons, cela serait revenu au même, à longueur de pages, mes exploits d'homo auraient lassé le lecteur.
Non, comme je l'ai annoncé dans la présentation de ce premier livre, c'est ma vie du bout du monde que je raconte, une vie autre que celle que j'avais à terre, et tant pis ou tant mieux si elle est jalonnée de filles faciles, qui couchaient aussi aisément.
Un autre a dit aussi: ce livre est le récit de ses aventures sexuelles. Pas rien que cela, l'ouvrage n'a pas été écrit dans ce but-là. Les filles faisant partie de cette vie, pourquoi ne pas en parler? Par contre, je serais fortement déçu si la majorité de mes lecteurs pensaient la même chose.
Enfin, de bons amis non rien eu à dire de négatif après lecture complète, au contraire, ils me reconnaissent bien là. Cela fait toujours plaisir à entendre.
Trop d'éloges à la suite de ce premier livre auraient semblé louches mais maintenant les quelques critiques légères me stimulent, et veulent dire que ce premier tome n'a vraiment pas été écrit pour rien, qu'il en faut pour tous les goûts, et que je me dois de faire autant sinon mieux pour le tome deux.
Attendons patiemment sa sortie, et guettons les réactions.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 17 Déc - 23:59

La navigation en chiffres

A vos calculettes
Pour tous ceux qui ne se rendent pas compte de la taille des monstres marins qui sillonnent les mers pour rapporter l'or noir du golfe Persique, voici leurs descriptions en quelques chiffres.
Je ne parlerais dans ces lignes que du Super Tanker "Magdala" *, de la Société Maritime Shell.
Long de quatre-cent cinquante mètres, large de cinquante, ce qui fait que, si quelques-uns à bord décidaient de faire un footing pour garder la forme, en parcourant un seul tour du navire, le kilomètre était atteint
Depuis le mât radar, plus haut sommet du bateau jusqu'en bas de la coque, la hauteur dépassait les cinquante mètres.
Il transportait à chaque voyage deux-cent cinquante mille tonnes de pétrole brut, et quarante-huit heures seulement suffisaient pour le remplir.
Le voyage d'aller ou de retour s'effectuait en trente jours, à la vitesse de vingt nœuds en moyenne, soit près de quarante kilomètres à l'heure (un nœud égale un mille, un mille marin correspond à 1852 m à l'heure).
Un ascenseur desservait tous les étages, aussi bien les niveaux de la machine que les ponts où l'équipage logeait. Le puits de la cage de cet ascenseur équivalait à un immeuble de douze étages.
Chaque maillon de la chaîne qui retenait l'ancre marine pesait quatre-vingts kilos, l'ancre à elle seule pesait trois tonnes. La chaîne mesurait plus de cent mètres, faites le calcul vous même...
Une grosse génératrice électrique, et une plus petite de secours, délivraient à elles deux plus de mille ampères (près de quatre-cent milles watts), assurant ainsi la demande en énergie du navire, équivalant à la consommation d'une petite ville de campagne.
La propulsion du bateau était assurée par une turbine entraînée par un diesel qui consommait près de cent tonnes de fuel lourd par vingt-quatre heures. Ce fuel devait être chauffé à près de quatre-vingts degrés pour être combustible.
La consommation en eau potable était de trois tonnes en moyenne par jour. Fabriquée par le bord, avec de l'eau de mer, elle était aussi claire et pure sinon plus que nos eaux de source vendues en bouteille.
Voilà, amis lecteurs, la navigation que j'ai connue, en quelques chiffres.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 20 Déc - 2:49

La vie à bord

Pour faire plaisir à certains lecteurs
Contrairement au tome un où, dans la description de l'ouvrage, je désirais ne pas lasser par le récit de notre vie courante à bord, cette lacune volontaire m'a été reprochée par des lecteurs avides de savoir justement ce que faisaient trente bonshommes sur un bateau, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et ce, pendant plusieurs mois.
Voici donc l'oubli (je précise à nouveau, volontaire) réparé, et je vous invite donc à monter à bord avec moi.
Je ne recommencerais pas à décrire le système de recrutement qui est déjà expliqué dans le récit "Relève d'équipage".
Considérons que toute le relève est à bord, nous voici donc avec un équipage complet, pas plus de trente personnes du mousse au Commandant, pour être ensemble quelques mois.
Nous formons à nous tous une communauté, avec ses règlements, sa discipline, le travail que chacun doit fournir suivant son grade, sa qualification ou sa fonction à bord.
Notre but? Transporter d'un point à un autre du globe une quantité de marchandises diverses commandées par certains, envoyées par d'autres, livrées par nos soins.
Des routiers de la mer en quelque sorte. Mais au lieu de quelques dizaines de tonnes de fret dans un camion acheminées par un ou deux types en quelques jours sur les routes de France ou de l'étranger, nous sommes trente, nous transportons jusqu'à cinq-cents quarante mille tonnes de pétrole brut en trente jours, du golfe Persique à la France, ou encore plus loin.
Dès cet instant, plus aucune comparaison avec nos routiers qui, de temps en temps, s'arrêtent soit pour manger, soit pour dormir.
Pour nous, c'est un autre monde, on ne s'arrête jamais, on mange et on dort à bord. Ce qui explique les trente personnes.
Certaines, préposées aux cuisines, ne font que cela. Le maître d'hôtel, en plus de l'intendance, est responsable du linge. D'autres, les matelots, avec leur chef le bosco, entre deux manœuvres d'arrivée ou de départ du navire, grattent, peignent le bateau sous toutes ses coutures.
Le personnel-machine entretient la partie mécanique et fait avancer le bâtiment. Les officiers-pont commandent les hommes du pont (matelots); ils sont aussi responsables du chargement ainsi que du bon déchargement des marchandises.
Pour finir, les officiers-machine commandent le personnel de l'équipage du même nom.
Tout le monde ayant sa propre cabine, on se retrouve totalement indépendant les uns des autres. Et, pour comparer cette demeure à sa maison, chacun y vit comme il y serait à terre. Le matin, il embauche à l'heure qu'on lui a indiquée, sur le lieu de son travail, le midi, il mange avec ses collègues, au restaurant du bord, l'après-midi, on retourne au boulot jusqu'à la débauche du soir où, soit que chacun se retire dans ses appartements avant le dîner, soit que des petits groupes se forment au bar ou dans une cabine, on parle pays, chasse, pêche ou filles comme n'importe qui le ferait à terre, au bistrot du coin.
Sauf que pour nous, le bistrot du coin, le restaurant, les chambres de chacun et le lieu de travail flottent sur l'eau, et avancent. C'est la seule différence.
Parlons logement. Du novice au matelot qualifié, en passant par les graisseurs de quart et les garçons de cuisine ou d'officiers, une charmante petite cabine d'environ trois mètres sur deux, avec tout le confort: petit frigo, coin douche avec W.C., bureau, et surtout, le renvoi par haut-parleur de la radio dans chaque meuble de chevet (l'officier-radio, responsable de la sono, nous assurait au passage de chaque pays longé par ses côtes des programmes locaux). Radio France international, étant capté dans le monde entier, nous arrivait également à chaque instant à la tête de notre lit.
Les maîtres (d'équipage, graisseur, électricien, et le Maître d'hôtel), bénéficiaient d'un petit supplément de surface de logement, ainsi que d'un petit coin salon.
Encore meilleure pour les officiers, qui eux, en plus de nous, "les maîtres", avaient un bureau et un coin-salon séparé de la chambre proprement dite.
Quant aux officiers supérieurs (Commandant et second capitaine), ils avaient droit carrément à des appartements somptueux, dignes de nos plus belles suites dans les hôtels les plus riches de France.
Parmi eux, seul le radio, privilégié, avait sa suite attenante à son local radio pour pouvoir à tout moment du jour ou de la nuit faire des vacations radio avec ses correspondants.
Ajoutez à cela, sur les gros pétroliers, une bibliothèque, une piscine, une salle de cinéma et vous aurez un aperçu de notre petite vie de marin.
Une télévision complétait souvent le décor et, grâce à une antenne rotative équipée d'un pré-ampli puissant, pratiquement chaque soir nous avions un programme alléchant.
Si la réception ne pouvait être correcte, un magnétoscope prenait la relève, et un choix très important de films ou de documentaires nous assuraient une bonne soirée.
Pour mon cas personnel, quand ce n'était pas une soirée télé, je faisais la razzia à la bibliothèque et je ne m'endormais jamais avant la fin d'un livre commencé le soir même.
J'ai dévoré de la sorte tous... les San-Antonio, les Coplan, des centaines de Série noire, ainsi que toutes les autobiographies de ceux qui avaient pris la peine de les écrire.
Différents aussi les congés, les repos hebdomadaires. A bord, rien de tout cela. Dès que chacun franchit la coupée et se retrouve à bord, il est disponible tout le temps.
Les graisseurs, avec leurs quarts à la machine, font les trois quatre. Quatre heures de travail, quatre heures de repos et quatre heures de sommeil.
Votre serviteur, huit heures de travail à la machine, avec des variantes, car, étant le seul électricien à bord, tout, je dis bien tout l'appareillage qui possède un fil pour le raccorder à une prise de courant était pour ma pomme dès que c'était en panne.
Cela commençait par l'alternateur principal produisant le courant à bord. Groupe de dix mètres de long sur quatre de large et trois de haut. 11 nous fabriquait un courant continu de mille ampères sous trois-cent quatre-vingts volts. Un deuxième groupe de secours, obligatoire, de moindre puissance, en cas de faiblesse du premier ou d'un arrêt prévu pour une visite programmée, alimentait en priorité les organes de propulsion de la machine, ainsi que des éclairages et les équipements de la cuisine.
Ensuite venaient tous les moteurs constituant la machine proprement dite. Une pompe, un moteur, une extraction, un moteur, une ventilation, un moteur. La séquence automatique de ramonage de la chaudière, plein de moteurs. Partout il y en avait partout.
Une fois, j'en ai dénombré cent-quatre-vingts, depuis le plus petit de un quart de cheval (à peine deux cents watts de puissance) qui servait pour la pompe de remplissage de la caisse à eau de mer journalière servant à fabriquer notre eau douce, jusqu'au plus gros, un monstre de deux tonnes, servant d'extracteur de l'air vicié de la machine.
Tous ces moteurs alimentés en courant continu étaient conçus avec des charbons alimentant le rotor. Qui dit charbons, dit usure normale, donc visites fréquentes et, vu le nombre important de moteurs, lorsque le dernier était visité, il fallait recommencer au premier.
On continue par les équipements électriques de chaque cabine, des cuisines, des fours, des chambres froides, des salons, des salles-à-manger où de grands lustres ornaient les plafonds.
Les vibrations continues d'un bateau en mouvement faisaient que sur la quantité des éclairages du navire, une dizaine d'ampoules grillait chaque jour.
Je ne vous raconte pas le stock important qu'il nous fallait au départ de France car, aux escales, nous n'étions pas certains de trouver l'équivalence de nos modèles d'ampoules et de projecteurs.
Il y avait aussi la passerelle (endroit le plus haut du navire, avec des baies vitrées sur toutes les faces pour voir notre route) où toutes les commandes de la machine étaient rassemblées sur un synoptique: grand panneau de dix mètres de long, sur deux de haut, bourré de contacteurs, de relais, de boutons-poussoirs et de voyants lumineux.
De cet endroit, un seul homme pouvait contrôler et diriger toute la machine, située trente mètres plus bas, comme s'il y était.
Finissons enfin par le pont avec tous les projecteurs éclairant l'ensemble car, les chargements et les déchargements se faisaient aussi bien le jour que la nuit et nous devions dans ce dernier cas voir comme en plein jour.
Seuls les équipements de navigation à la passerelle étaient le domaine du radio, car trop sophistiqués et vitaux, il fallait que ce soit un officier qui en soit responsable.
Je n'avais donc pas le temps de m'ennuyer car, les visites programmées des moteurs, les projecteurs à tenir en état avant chaque arrivée à un port et les imprévus dans les cabines ou les salons, mes huit heures journalières étaient plus que dépassées.
Mes heures de repos n'étaient donc que symboliques, parce que dès qu'une panne arrivait ou qu'un petit problème électrique tracassait les officiers-pont ou machine, un simple coup de fil, et, à n'importe quelle heure de la nuit, dimanche ou jour férié, il fallait répondre présent, et foncer au travail.
Seules les escales nous permettaient de quitter un peu le bord et de changer d'air, tant que nous n'étions pas de manœuvre ou de garde.
En plus de ce dur labeur que chacun devait fournir, imaginez chers lecteurs, le mauvais temps, les tempêtes, le roulis ou le tangage quasi permanents dès que nous étions en haute mer et vous auriez un aperçu total de la vie de trente individus partis au bout du monde pour vous ramener toutes sortes de marchandises de première nécessité.
Au sujet du mauvais temps en mer, voici d'ailleurs quelques explications complémentaires qui en étonneront plus d'un.
Les gros pétroliers de plus de cent mille tonnes ont un tirant d'eau de près de trente mètres. Cela veut dire que, allège (vide de chargement), la coque dépasse de plus de trente mètres hors de l'eau mais, une fois pleine de son chargement, cette même coque s'enfonce à plus de trente mètres sous l'eau.
Quand je vous aurais dit que les lames de fond (courants sous-marins) se forment à environ vingt-cinq mètres sous le niveau de la mer, vous comprendrez tous que, notre bateau, surtout par mer calme (plus la mer est calme au-dessus, plus les fonds marins sont déchaînés), était sapé à la base de la quille et, suivant la puissance de ces fonds-marins, le navire roulait bord sur bord, alors qu'une autre embarcation, plus petite, n'atteignant pas les courants sous-marins, ne bougeait absolument pas.
A l'inverse, dès que la mer commençait à grossir (en toute logique, à ce moment, les fonds-marins se calmaient), notre masse imposante nous épargnait le balancement, alors que les autres plus petits risquaient de chavirer.
Quelquefois, par gros temps dangereux pour certains, nous leur servions de digue et, s'abritant contre nous, ils rentraient ainsi au port sous notre protection.
Une chose aussi que les non-navigants ne peuvent imaginer, c'est qu'un navire lancé à pleine vitesse, soit à vingt-cinq nœuds (un tout petit peu moins de cinquante kilomètres à l'heure), avait besoin de quatorze kilomètres pour s'immobiliser entièrement. Ce chiffre est à diviser par trois si, en plus de stopper la machine (qui aura donc besoin de cette distance pour glisser sur son aire), l'ordre était donné de faire machine arrière toute. Avec, par contre, le risque de casser quelque chose dans la machine, car les vibrations engendrées par cette manœuvre étaient très dangereuses.
Fin de la visite guidée, tous les civils à terre, nous appareillons dans quelques minutes pour le golfe Persique.
Cette vie, différente de celle vécue à terre, pleine d'anecdotes, de petites choses tristes ou amusantes, aura nécessité deux livres pour vous en raconter les meilleurs moments.
Le premier tome étant déjà paru, je vous invite donc à vous le procurer si ce n'est déjà fait, et de continuer la lecture de celui-ci.
Merci de m'avoir si bien écouté et, à dans deux mois, au retour du Golfe.
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 20 Déc - 23:36

Le cyclotron Fête foraine, Sydney, Australie

-« Moi, peur? Jam»ais ! . Telle aurait été ma devise au temps des preux chevaliers.
Les escales à Sydney, en Australie étaient bien accueillies par tout le monde, car nous étions certains de passer de bons moments.
En effet, cette ville moderne possédait une fête foraine en dur, c'est-à-dire que les manèges, les stands et les attractions étaient montés une fois pour toute, et fonctionnaient toute l'année.
Les responsables des stands étaient des employés qui embauchaient le matin à l'ouverture et, le soir, à la fermeture, rentraient chez eux comme tout bon ouvrier.
L'ensemble équivalait à notre foire du trône parisienne, peut-être plus encore.
Un grand huit appelé aussi montagnes-russes encerclait et surplombait toute la superficie de la fête. Le tour durait un bon quart d'heure, on survolait tout. Il ne fallait pas avoir le mal de mer, sinon on ne finissait pas le parcours sans être malade.
Mais le manège que j'appréciais le plus, c'était le cyclotron.
Encore présent dans les années cinquante en France, vous ne pourrez plus le voir de nos jours, interdit, trop dangereux.
D'ailleurs, les amateurs de sensations fortes qui acceptaient de faire un tour de ce manège ne payaient pas, ce sont les spectateurs qui déboursaient
Imaginez un grand plateau de bois d'environ trois mètres de rayon, monté sur un axe central, protégé sur les cotés par une palissade de deux mètres de haut. On entrait par une porte découpée dans cette palissade, il n'y avait pas de toit, car, les spectateurs montaient sur des gradins tout autour surplombant l'engin, pour voir les personnes dedans.
Le plateau tournait, vite très vite, et dès que la personne manœuvrant le manège le décidait, le plancher se dérobait sous nos pieds, et on restait plaqué sur les parois grâce à la force centrifuge.
Tout le monde hurlait là-dedans, à la grande joie des spectateurs venus pour cela. Quand le responsable estimait que chacun venait d'avoir la frousse de sa vie, il ralentissait l'ensemble, et le fond, en synchronie parfaite avec la perte d'allure remontait pour nous permettre de reprendre pied, juste avant que l'on ne tombe, faute de vitesse.
L'inconvénient de ce manège était que chaque personne, ne pesant pas le même poids que son voisin, ne décollait pas en même temps que les autres, ou comme moi, avec mes presque cent kilos, je glissais dans le fond plus que je n'étais plaqué sur les parois, alors que tous les autres étaient collés aux cloisons depuis longtemps.
 De plus, si pendant la prise de vitesse, on bougeait, il n'était pas rare de se retrouver la tête en bas au moment où le plancher se dérobait, et rien à faire sinon d'attendre la fin du tour, et de se cogner la tête au plancher quand celui-ci remontait.
Quelquefois, des filles en jupes risquaient un tour et se retrouvaient la tête en bas, pour la plus grande joie des spectateurs qui, dans ces instants-là, ne regrettaient pas leur argent.
Le plus sûr était de bien se caler, jambes raides, bras bien écartés, et surtout de ne pas bouger d'un pouce. Toutes ces précautions prises, il ne pouvait rien vous arriver.
Je ne me lassais jamais de ce manège, tant et si bien que, quand les gens hésitaient à entrer, le patron du manège me faisait signe de rester, et tout seul, je faisais le spectacle. Dans ce cas, les spectateurs ne payaient pas, le tour était gratuit
J'avais avec moi un ours en peluche, gagné à un stand de tir, je le plaçais à coté de moi, et bien entendu, il décollait dès la prise de vitesse du manège. Je me fâchais alors, et reprenant l'animal, je lui ordonnais de ne plus bouger à mes cotés, jusqu'au moment où il s'échappait de nouveau, à la grande joie du public.
Trente ans plus tard, je ne sais pas si j'assurerais autant.
Chiche*!
*Perdu :   Pendant la fête foraine d'Orléans en mai 1999, je montais dans un manège "le boomerang" où, pendant trois minutes, je crus mourir tellement j'étais secoué, balancé dans tous les sens, plus souvent la tête en bas. J'en descendis complètement K.O., titubant comme quelqu'un qui a pris la cuite de sa vie, je mis deux jours a m'en remettre.  Conclusion désolante ; trente ans fins tard, je n'assure plus. Il ne faut pas vieillir.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 20 Déc - 23:39

L'armée au secours des civils

Madagascar, rejet des conserves avariées
Lorsque le service sanitaire passait dans les boutiques d'alimentation, les petites de quartiers, ou les plus grandes, genre petites surfaces, il n'était pas rare qu'il interdise la vente de tel ou tel lot de boîtes de conserves, dont la date limite de vente avait été dépassée.
Les réclamations de ce genre de vente illicite étaient rares, car la plupart des clients ne savaient ni lire ni écrire, et lorsque les commerçants craignaient des retombées de la part de la clientèle, il suffisait de baisser le prix pour calmer tout le monde, et voir le produit partir malgré tout.
Mais, après le passage du service concerné, les invendables étaient confisqués et un service était nommé pour les charger sur des barges afin qu'ils soient emmenés au loin dans la mer, et y être jetés.
Ce procédé avait quelques petits inconvénients, car plusieurs jours après une saisie et un départ en mer des stocks confisqués, on voyait des familles entières envahir les couloirs des dispensaires pour réclamer des soins dus à un empoisonnement.
Des petits malins suivaient les barges au loin avec leurs pirogues, repéraient l'endroit où la mise à l'eau avait été faite, et revenaient plus tard repêcher les produits interdits pour les revendre ensuite à des familles démunies, à un tout petit prix.
Les services concernés se lamentaient de ce problème, et c'est la marine nationale qui trouva la solution.
Dorénavant, à chaque saisie effectuée, l'armée prenait en charge le container, elle le stockait dans ses casernes, et quand un certain volume était atteint, le tout était embarqué sur des barques énormes à fond plat, avec une sorte de sas et un système de mise à l'eau au centre, les engins appelés Marie-salope étaient remorqués très loin en haute mer, on ouvrait le sas, et le chargement tombait à la mer. Ainsi, seuls les requins avec leurs terribles mâchoires pouvaient se régaler de cette marchandise avariée.
Depuis cette trouvaille, jamais plus personne ne fut indisposé.
Vive l'armée !
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MessageSujet: vive l'armée   Lun 21 Déc - 10:53


ici j'ai le Fils de Pierre 48 ans qui a fait 15 ans d'armée para et plongeur,c'est pour nous rapprocher de Manu et famille que nous sommes venus ici

coucou il faudrait de nos jours que l'armée puisse passer dans ceratins restos ou petits magasins de campagne   je vois a la télé des contrôles dans des  troquets minables  amicalement simone




   
   



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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 21 Déc - 23:45

La toilette intime, une nuit à la case.

A Tamatave pour le premier soir d'une escale, après plus de trente jours de mer, je décidais de passer la nuit à terre.
Pour cela, première chose à faire: taxi, casino du marin (Chat botté*), on danse, on boit, on choisit et à la question incontournable, ‘chez moi ou à bord’, on répond ‘chez toi’ et nous voilà partis chez l'élue de mon cœur d'un soir.
Petite case propre, charmante, bien tenue, bien rangée. Après un dernier verre, la fille veut se coucher et, pour sa toilette, elle sort de dessous le lit une cruche d'eau claire avec une soucoupe. Méticuleusement, sans une goutte à côté, elle entreprend de faire ce que nous faisons nous autres généralement bien tranquilles dans une salle de bain. Tout y passe, vraiment tout. Remettant le récipient sous le lit, elle se couche enfin. De mon côté, j'avais heureusement pris une douche avant de descendre à terre. Passons les détails, car ce récit n'est pas fait pour vous raconter mes prouesses. En pleine nuit je me réveille avec une soif terrible (le manque d'habitude de la cuisine épicée sans doute), j'en fais part à ma compagne qui toute souriante me sort de sous le lit la jatte d'eau, et se met en devoir de me tendre la soucoupe emplie de... l'eau que j'avais vue hier soir propre, mais avant la toilette. Déclinant son offre, car je n'avais déjà plus soif, je me rendormis tant bien que mal en pensant que j'avais sans doute échappé à pas mal de maladies.
Les risques du métier ! (air bien connu).
.*Chat botté : les lecteurs du premier tome se seront vite remis dans l'ambiance.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 21 Déc - 23:51

Le fanatique, la religion sacrée

Beaucoup de marins sur les bateaux français ne pouvaient pas admettre une autre religion que la leur.
Un aide-graisseur sur le «Ville de Rouen » était originaire des Comores. De ce fait il était musulman, avec les prières aux heures fixes, sur son petit tapis, toujours en direction de la Mecque même sur un bateau en marche, il ne se trompait jamais de direction.
Là n'était pas le problème, par contre en bon musulman, soucieux ne ne pas offenser Allah, il ne buvait aucune goutte d'alcool, rien qui pouvait de loin ou de près contenir ne serait-ce qu'un soupçon de boisson interdite par sa croyance.
Mais c'était sans compter sur les autres, ceux qui ne pouvaient comprendre qu'une telle foi existait.
Un jour de pot pour un anniversaire ou je ne sais plus quel motif, tout le bord est réuni pour un apéritif général. Mon Comoréen avait comme à l'habitude son verre de jus de fruit pour trinquer comme tout le monde en cette occasion, mais voilà qu'un matelot peu intelligent lui sert un verre de Marie-Brisart, en lui jurant dur comme fer que ce n'est que du sirop de menthe, garanti sans alcool.
Confiance totale en son collègue, le breuvage est avalé d'un trait. Une fois le verre reposé, on lui apprend qu'il vient de boire de l'alcool. Atteint dans sa dignité, il s'enfuit dans sa cabine. Ayant suivi la scène d'un bout à l'autre, je pensais que cela allait mal finir, et je frappais à sa porte. Il refusait d'ouvrir, disant qu'il avait gravement offensé son dieu, et que de ce fait il devait se donner la mort.
J'étais mal parti avec un raisonnement pareil, mais je trouvais la parade pour me faire ouvrir. A travers la cloison, je lui criais que j'allais défoncer sa porte, et qu'il en serait tenu responsable, mort ou vivant.
Cela marcha, déjà une offense pour un verre interdit, il ne voulut pas aggraver son cas avec une détérioration de bien qui ne lui appartenait pas. Il me fit entrer dans sa cabine. il était en prière, et cherchait le moyen de se donner la mort.
A force de discussions sur le pourquoi de son geste, je réussis à lui faire comprendre que son esprit était serein au moment où il but le verre, car il pensait vraiment qu'il n'y avait aucun alcool dedans, et que le seul coupable était le matelot qui l'avait servi.
Il m'écoutait gravement, et se remit en prières. Après un temps qui me parut interminable, il se calma sur ses intentions funestes pour me dire qu'ayant accepté les faits que je lui soumettais, il fallait que le coupable soit châtié, et il m'expliqua qu'il se devait de tuer lui-même le fautif pour calmer la colère d'Allah.
Comme je ne voulais pas plus que lui ou qu'un autre ne soit tué pour si peu de choses à mes yeux, je me devais d'informer le Commandant sur les intentions de ce fanatique qui était près à se sacrifier ou à commettre un meurtre pour le repos d'Allah.
De se faire sermonner dans sa cabine par la plus haute autorité du bord suffit pour que notre homme promette de se calmer. Je crois aussi que le verre avalé d'un trait avait quelque peu aggravé sa condition, et que plus le temps passait, plus les effets de l'alcool se dissipaient
Je restais encore un moment avec lui après le départ du Commandant, à discuter de choses et d'autres, et je le laissais enfin seul quand je fus certain qu'il ne songeait plus à faire justice.
 
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 22 Déc - 23:29

A Dada, à Madagascar. Le petit frère

Les Malgaches très larges d'esprits ne se cachent pas pour faire les choses de la vie, si intimes soient-elles, témoin ce récit.
A Tamatave pour plusieurs jours d'escale, le premier soir déjà une jeune ramate partageait ma cabine. Le lendemain, profitant de plusieurs heures de repos, elle m'invita chez elle, pour visiter sa case.
Une fois visité son domicile, elle voulut à tout prix me faire des câlins, ne pouvant pas attendre le soir, dans la cabine.
En pleine après-midi, les grandes chaleurs de la saison obligeaient les indigènes à garder leur porte ouverte, pour donner un peu d'air à l'intérieur. Seul un rideau de bambou assurait une certaine intimité.
Tout à mon devoir de contenter ma compagne, je n'avais pas remarqué le jeune frère venu rendre une petite visite. Sans aucun bruit, il entra, et devant le spectacle de sa grande sœur chevauchée, il me grimpa sur le dos en criant.- "A dada, a dada".
Il n'était pas bien lourd, mais je le priai de descendre car j'étais quand même quelque peu gêné par la situation, mais elle me dit d'un ton si naturel :
-" Laisse-le chéri, il s'amuse ".
Que voulez vous répondre à cela ! Je laissais le petit s'amuser.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 22 Déc - 23:32

Les geôles nautiques Le Cap, l'arrestation provoquée

Les anciens racontaient une histoire si incroyable sur les prisons de la ville du Cap, en Afrique du Sud, que je décidais de m'en rendre compte par moi-même.
Profitant d'une traversée France / Le Golfe, où nous avions toutes les chances de faire une courte escale de mazoutage, je mis mon projet à exécution.
Il fallait pour cela faire une petite infraction, juste ce qu'il fallait pour passer la nuit au commissariat, et ce que je découvris dépassait tout ce que l'on avait pu me dire sur le sujet.
Me faire embarquer par la police ne fut pas trop compliqué, je jouais le marin ivre mort, qui marchais en zigzaguant dans les rues de la ville.
Un véhicule de patrouille me prit en surveillance et me suivit discrètement, ïï fallait les "agacer", pour que l'arrestation ne fasse aucun doute dans leur esprit. Je trouvais rapidement la solution en faisant mine de me "soulager" devant un mur.
S'en était trop pour eux, le délit à leurs yeux était flagrant, ivresse sur la voie publique, uriner en pleine rue, je fus appréhendé sur le champ et emmené au poste sans ménagement.
Avoir toujours l'air "bourré" a été le plus dur pour moi, car je craignais qu'ils ne découvrent que je n'étais pas plus ivre qu'eux, ce qui aurait cassé mon plan.
Trop content de leur prise, et après un rapide interrogatoire de routine (je ne parlais pas un mot d'anglais, et ces messieurs pas du tout ma langue) ils me jetèrent dans une de ces fameuses geôles dont tout le monde parlait, sans connaître vraiment le fin fond de l'histoire.
Je me trouvais donc en première ligne pour découvrir ce qui m'attendait.
Ma cellule était toute petite, environ deux mètres sur deux, et guère plus haute, mais ce qui surprenait "l'invité", c'est que les cloisons étaient métalliques et la porte qui se refermait sur moi était d'une épaisseur peu habituelle, et surtout munie d'un hublot.
En avoir entendu parler est une chose, mais être si près m'excitait terriblement. Les idées dans ma tête n'eurent guère le temps de se bousculer, que déjà l'eau arrivait par le sol sortant de je ne sais où.
L'insouciance de la jeunesse, la méconnaissance de l'apartheid du moment dans ce pays firent que je ne m'affolais pas le moins du monde, mais tout cela était bien beau, je n'allais quand même pas mourir noyé par bêtise, tout simplement pour vouloir être sûr de ce que certains racontaient sans preuve.
Une petite panique m'envahit, mais de courte durée. Un projecteur étanche éclaira la pièce et, oh miracle, la lumière pourtant faible fut suffisante pour me laisser apercevoir dans un coin, un levier que l’on devait actionner horizontalement, et qui était tout simplement l'axe d'une pompe à bras. Quand ce levier était manœuvré rapidement et assez longtemps, le niveau de l'eau baissait. Vous arrêtiez de pomper, le niveau remontait.
Le but des geôliers étaient de faire avoir la trouille de leur vie aux patients qui méritaient le droit d'entrée en ces lieux maudits.
La peur panique céda la place à la curiosité, et une bonne partie de la nuit, je pompais. Voulant voir jusqu'où irait la méchanceté de mes bourreaux, de temps en temps, j'arrêtais de manœuvrer. On devait quand même me surveiller de près, car dès que l'eau arrivait à hauteur de mes épaules sans que je fasse un geste, le niveau descendait.
Avec le recul des années, la sagesse, et les connaissances de ce qui se passait dans ce pays, je me dis que j'ai eu de la chance, car si mon geôlier avait eu la pensée de ne pas évacuer l'eau lui même quand le niveau montait si haut, comme il devait l'avoir fait certainement avant moi, pour des "punis de couleur", je ne serais pas en train de vous raconter cette histoire tranquillement installé devant mon ordinateur, le soir, après mon travail.
Pour en finir avec cette expérience personnelle, le jeu devait lasser mes tortionnaires, car après quelques heures de ce supplice, l'eau s'évacua entièrement de ma cellule, et ce fut le calme complet jusqu'au petit matin, pendant que je récupérais la fatigue de mon travail forcé.
Ensuite, tout alla très vite, dès que la porte s'ouvrit, on me fit sortir sans ménagement, et jeté dehors sans autre forme de procès.
Riche de cette expérience, je pouvais enfin parler de ces fameuses prisons aquatiques.
J'en revenais
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MessageSujet: que du courage bravo   Mer 23 Déc - 16:30




Quel courage il faut, à certains moments, pour choisir la vie !




   
   



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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 23 Déc - 20:09

Renard, ton nom ! Sorties en boite au Cap

Les escales du Cap n'étaient pas chaudes comme d'autres ports où les filles, faciles ô combien, montaient à bord le bateau à peine à quai.
Dans cette ville, les prostituées avaient leur quartier, comme Pigalle à Paris, ou la rue Thubaneau à Marseille. Hormis ces lieux, on ne trouvait pas de compagnie galante.
De toute façon, pour mon cas personnel, ce genre de liaison ne m'intéressait pas, car "aller aux putes", classiquement dirais-je, ne me disait rien. Je préférais de loin la méthode marin; à savoir, celles qui traînaient sur le port et n'avaient pas froid aux yeux pour monter volontiers à bord.
Comme il n'y avait rien de tout cela au Cap, on se vengeait sur les sorties en boîtes. Pas nos boîtes à la française, où l'on vient danser sur des musiques endiablées en buvant n'importe quoi, sans oublier de fumer un joint dans les chiottes, pour faire comme tout le monde.
Non, dans les boîtes au Cap, tenue correcte exigée, sobriété et bonne tenue conseillée, sinon on se faisait jeter dehors comme un malpropre.
Pas de piste de danse, une scène où, à longueur de soirée, des danseuses à moitié nues se dandinent mollement au gré d'une musique toujours semblable, pendant que l'on vous servait de la bière tiède, ou des alcools très légers.
De plus, à l'entrée, il fallait présenter patte blanche, c'est-à-dire que tous les noms des entrants étaient consignés sur un registre.
Pour mettre un peu d'ambiance, et rigoler entre nous, votre serviteur, le Maître-électricien Renard s'est fait appeler : Surcoût, d'Artagnan, Ravaillac et même Jeanne d'Arc (il fallait oser).
Un peu de déconne de temps en temps ne fait de mal à personne.
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 23 Déc - 20:13

S/T Magdala, Singapour; L'habit fait le moine

Le pont d'un pétrolier, comme tout autre bateau d'ailleurs, est toujours en travaux de peinture, car, sans cela, la rouille aurait tôt fait de le vieillir prématurément, et de plus, son aspect esthétique laisserait à désirer.
C'est justement à cause de cette dernière remarque qui nous avons failli avoir des ennuis de livraison de nourriture.
Pour une traversée France/Singapour, qui dure environ trente jours, il nous fallait emplir nos soutes de vivres pour le retour. C'est le maître d'hôtel qui était chargé des achats. Nous avions mouillé au large. Le responsable des vivres part donc à terre avec une vedette de la compagnie un bon de commande en poche, pour acheter et se faire livrer dans la même journée la longue liste de denrées variées nécessaires pour notre ravitaillement de retour.
Aucun problème à terre pour commander, le grossiste promit de livrer toute la commande pourtant importante le soir même.
En effet, en fin d'après-midi, une vedette s'approche du bord... fait le tour du bateau et, à notre grande surprise fait demi-tour, et reprend la direction de la côte.
Par radio, l'officier de garde du Magdala prend contact avec la vedette de livraison, et lui demande la raison de ce repli.
La réponse nous étonna ô combien.
Depuis notre départ de France, le pont, toutes les parties métalliques du navire n'avaient pas étés repeintes, (il nous fallut endurer un temps exécrable pendant presque toute la traversée, de ce fait, les matelots avaient passé leur temps à gratter et peindre les intérieurs).
L'effet visuel avait joué contre nous, le livreur, qui devait se faire payer une fois la livraison effectuée, ne pouvait pas croire que le Commandant d'un bateau aussi sale avait les moyens de régler la note assez élevée, et préféra rebrousser chemin.
L'officier contacta d'urgence l'agent de la compagnie qui dut se porter garant pour que la livraison s'effectue malgré tout.
Moralité de ce récit, l'habit fait le moine !
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maurice renard
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 24 Déc - 19:46

L'abus de pouvoir Le Commandant raciste

Le seul maître à bord après Dieu se doit d'être juste, bon, et surtout intègre. Ce ne fut pas le cas pour celui qui est décrit dans ce récit.
Le nom du navire ne sera pas cité, car ce Commandant doit toujours être de ce monde.
Généralement, le Commandant de par son grade suprême, a un valet de chambre, un serveur attitré. C'est pratiquement le même homme qui rend tous ces services, on l'appel d'ailleurs "le garçon du Commandant7'.
Dans ce récit, le «garçon du Commandant» est une personne de couleur.
Ce Commandant donc, un jour, en pleine mer, demande par l'intermédiaire du chef mécanicien un ouvrier graisseur pour un petit travail de plomberie dans les W.C. de sa suite.
L'homme désigné se rend dans les appartements du pacha, où le maître des lieux lui explique en deux mots ce qu'il attend de lui avant de disparaître à la passerelle, donner des ordres de route.
Une heure se passe, le Commandant redescend chez lui, et s'étonne de ne pas voir le travail commandé effectué.
Prévenant le chef mécanicien de ce manquement à ses ordres, il fait convoquer l'ouvrier pour lui demander le motif du travail non fait.
L'homme ne se dégonfla pas.
-"Commandant, avec tout le respect que je vous dois, il m'étais difficile de faire le travail, la chasse d'eau n'avait pas été tirée".
Le pacha s'excusa auprès du graisseur, le pria de sortir, mais il put entendre le savon qu'il passa à son ‘garçon’.
-"Alors couillon, tu ne peux pas faire attention à ce que tu fais, pourquoi n'as-tu pas tiré la chasse d'eau tout à l'heure après mon passage dans les chiottes ? " Sans commentaires
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 24 Déc - 19:52

L'appel du bout du monde

Allô, c'est toi?, ici c'est moi (Fernand Raynaud)
Lorsque nous étions à l'étranger, il nous était possible de téléphoner à nos familles par l'intermédiaire de notre agence locale qui prenait tout à sa charge.
L'inconvénient majeur de ces démarches, c'est que nous devions passer par deux voir trois standards où il fallait chaque fois répéter le numéro que nous voulions obtenir en France, sans se tromper, sinon il nous fallait tout recommencer.
Du bord, on appelait l'agence, qui à son tour nous mettait en relation avec la poste locale, qui, si elle avait bien compris notre numéro, nous renvoyait encore ailleurs, pour des lignes internationales, qui à leur tour contactaient la France, qui enfin appelait le numéro tant attendu, et nous pouvions parler avec la personne désirée.
Toutes ces conversations se faisaient uniquement en anglais, il nous fallait écrire le numéro en phonétique, et ne pas se tromper en cours de route, car si une des standardistes, lassée par des hésitations répétées, nous raccrochait au nez, on devait tout recommencer depuis le début.
Tous ces détails pour bien faire comprendre la difficulté de la chose. Vous dire s'il fallait être sûr de son coup serait superflu.
Un beau jour donc au court d'une escale lointaine, nous étions au Japon, un matelot vient me voir, l'air embarrassé.
-"Dis Maurice, je suis bien embêté, ma femme ne m'a toujours pas écrit, je m'inquiète, cela fait plus de trente jours que je n'ai pas de nouvelles, j'ni envie de lui téléphoner, mais c'est bien trop compliqué pour moi, peux-tu me rendre service et faire le numéro pour moi? '
Et il me tend un papier avec les coordonnées de son épouse.
Rendre ce service ne me déplaisait pas le moins du monde, me voilà donc parti. Je transcris le numéro en chiffres anglais, et j'appelle l'agence de la compagnie.
-"Please, give me this téléphone number for France"* et j'annonce les chiffres.
Un silence, un temps mort, et une autre voix me demande ce que je désire. On recommence la même phrase, en se disant que jusque là tout va bien. Mais nous sommes toujours au Japon, après la poste locale, c'est le centre des lignes internationales, où il faut tout recommencer
Silence à nouveau, temps mort, et enfin une phrase en français vous fait chaud au cœur.
-" Ici la France, bonjour, quel numéro désirez-vous ?"
* S'il vous  plait, donnez-moi ce numéro de téléphone pour la France.

 Si près du but, on devient fébrile, il s'est passé presque cinq minutes depuis le premier appel à l'agence.
Je donne cette fois les chiffres en français, et attends patiemment.
Le collègue est près de moi, et ne perd pas une miette du déroulement des opérations.
La voix dans le combiné me fait sursauter.
-"J'ai votre correspondant, parlez".
-"Bonjour, (ici te nom dit navire) c'est bien Mme unetelle? "
J'entends un bruit bizarre à l'autre bout, et une voix affolée qui hurle :
-"Sauve toi, sauve toi, c'est lui". Puis, on me raccroche au nez.
En une demi-seconde, je compris la situation.
Pauvre homme, je n'allais quand même pas lui raconter ce que j'avais entendu. Déjà il était sur moi ;
-"Alors Maurice, tu l'as eu ?"
-"Pas de chance, cela a échoué, je n'entends plus rien, tu veux que je recommence ?"
-"Oh non Maurice, merci d'avoir essayé, on repart demain, j'espère avoir du courrier au prochain port, merci encore".

Pauvre malheureux.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 25 Déc - 12:31

L'apartheid à Cap-Town.Police no good.

Dans les années soixante, il était très difficile, voire impossible de revenir à bord avec une jeune fille de couleur, car la police veillait et les rondes autour des navires à quai étaient fréquentes.
Nous devions user de toutes les astuces possibles pour parvenir à nos fins, et neuf fois sur dix, on y arrivait.
Il n'était pas rare d'avoir à bord un garçon, un aide cuisinier, même un matelot de couleur, ce qui était très pratique, vous le verrez pour la suite du récit.
Dès qu'un navire accostait au Cap, une fois la manœuvre terminée, la personne de couleur assurait sa mission, à savoir: descendre à terre, faire du rabattage, c'est-à-dire chercher dans les quartiers appropriés, des jeunes femmes disposées pour monter à bord,... assurer le repos du guerrier.
Une fois le filon trouvé, il revenait à bord, avec une invitée, et repartait bien vite pour une deuxième... livraison.
Trois, quatre, quelques fois plus, ces "assistantes sociales"* une fois à bord ne craignaient plus rien, car le bateau étant territoire français, personne n'avait le droit de venir y mettre son nez.
Vous dire, lorsque nous avions deux, et même trois marins de couleur, quelle gente féminine ils pouvaient ramener en une soirée !
Les autorités portuaires étaient au courant de ce "trafic", la fille, une fois à bord avait le droit de faire ce qu'elle voulait, mais elle devait faire attention en quittant le bateau de ne pas se faire épingler pour un motif futile, car elle risquait gros.
Il arrivait parfois, que la police envoyait à bord des mouchards dont la mission consistait à repérer des filles, les identifier, pour une fois à terre, les embêter et se venger de ne pas les avoir coincées officiellement à bord.
Tout le monde était au courant de "ces méthodes", et chacun faisait bien attention à ce qu'il faisait, et surtout aux personnes qu'il croisait dans les coursives.
Une nuit donc, dans ma cabine, en compagnie d'une charmante jeune femme, on frappe à ma porte.
Pas une frappe d'habitué (entre collègues, nous avions un code), une frappe d'étranger, sévère, autoritaire, pressante.
Ma compagne, au courant de ce qui l'attendait éventuellement si elle était prise dans ce genre de situation, est morte de peur et se cache sous les draps en tremblant.
Me levant d'un bon, je me dirige vers l'entrée.
Je ne sais pas quelle tête j'avais en ouvrant la porte, mais en me voyant, la personne qui se trouve en face de moi recule et me lance.
-" Me no police, police no good".
Ma conquête d'un soir, reconnaissant la voix, me cria de ne rien faire, et m'explique que le visiteur n'était autre que son souteneur, venu prendre des nouvelles de sa protégée.
L'individu (un chef douanier, rien que cela), me raconte avoir eu la trouille de sa vie, car mon visage reflétait toute la haine que pouvait ressentir un homme pris sur le fait, qui risquait des représailles de la justice du pays.
Je n'osais lui avouer que, dans ma tête, me voyant pris, mon intention était de l'assommer, et une fois en mer, jeter le corps par dessus bord (qui a dît que les marins étaient des enfants de chœur ?).
Cette pensée, elle m'a traversée la tête, mais l'aurais-je fait réellement ?
Quant à la fille, elle risquait de finir ses jours dans les prisons de l'Etat.
Tout se termina donc bien encore cette fois-ci.
*Assistantes sociales, mot donné aux prostituées, car elles font du bien au marins.
 
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