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 De bâbort à Tribord, 30 ans après

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maurice renard

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MessageSujet: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 29 Oct - 20:08

Rappel du premier message :

Maintenant que je suis né, je peux commencer à vous raconter ma vie de marin


Liste des bateaux avec ports, dates d'embarquement et de débarquement

ILE DE LA REUNION
Le Havre - Dunkerque • 14/06/68 - 28/10/68

VILLE DE ROUEN
Hambourg - Marseille • 10/01/69 - 29/05/69

SIKIANG
Dunkerque - Le Havre • 08/07/69 - 20/10/69

VENTOUX
Martigues - Marseille • 27/12/69 - 21/05/70

TTGRE
Le Havre - Bordeaux • 17/07/70 - 18/11/70

CHAUMONT
Dunkerque - Milazzo • 15/01/71 - 21/06/71

BLOIS
Le Havre - Le Havre • 19/08/71 - 11/01/72

ESSO BRETASNE
Kharg Island - Fawley • 20/03/72 - 30/08/72

MAGDALA
Liverpool - Londres • 12/09/72 - 25/01/73

SIVELLA
Dubaï - Singapour • 24/04/73 - 14/07/73

MAGDALA
St Nazaire - Roterdam • 02/07/73 - 02/10/73

MAGDALA
Dubaï - Dubaï • 15/01/74 - 27/04/74

MIRALDA
Liverpool - Trinidad • 26/06/74 - 03/10/74

MAGDALA
Curaçao - Curaçao • 23/12/74 - 10/03/75

ISARA
Port de Bouc-Fos/Mer • 25/04/75-14/08/75

LÉDA
Dubaï - Dubaï • 05/11/75 - 01/02/76

DOLABELLA
Dubaï - Dubaï • 21/3/76 - 22/05/76
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maurice renard

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 25 Déc - 19:38

La bagarre. Le coup de main

Les rixes et les bagarres étaient rares et peu fréquentes sur les bateaux. Pourtant, un jour que je faisais mes rondes d'éclairage sur le pont, le Commandant m'arrête et me prie de le suivre à l'avant car, me dit-il, du haut de la passerelle, j'ai aperçu deux matelots qui se battaient comme des chiffonniers, il faut absolument les en empêcher.
Nous voilà courant tous les deux, le pacha en tête, à l'endroit où nos deux types se bagarraient.
Le Commandant, fort de son grade, ne craignant pas les coups, se lança au milieu des deux hommes, et tenta de les séparer. Rien n'y fit, ils s'en voulaient à mort, il fallait arrêter le massacre.
-«  Renard, il faut à tout prix les séparer, employons les grands moyens».
Un ordre donné par le seul maître à bord valait toutes les garanties, mes quatre-vingt-dix kilos et mon mètre quatre-vingt-douze aidant, je me jetais sur le plus virulent, et tandis que le pacha s'occupait du deuxième, en deux coups bien placés et une clé au bras, je maîtrisais mon batailleur. De son côté, le Commandant réussit aussi à venir à bout de son bagarreur.
S'apercevant enfin qui étaient leurs empêcheurs de s'étriper, nos deux loustics se calmèrent, mais ils durent répondre aux questions: Qui avait commencé, à cause de quoi, pour quel motifs ?, etc.
Personne ne voulut parler, le Commandant se fâcha et exigea des réponses.
Un des deux voulut bien enfin prendre la parole.
-" Ce serait trop long à vous expliquer Commandant, mais il fallait me laisser le mettre à l'eau, c'était pour rendre service à sa femme ".
Querelle de rivaux?, règlements de comptes personnels?, le pacha n'obtint pas d'autre explication que celle-ci.
Que faire sinon les renvoyer dos à dos, en leur faisant promettre que jamais plus ils ne recommenceraient leur pugilat.
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maurice renard

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Sam 26 Déc - 21:08

Les clandestins involontaires

Personnes non désirables à bord
C’est-à-dire, des personnes montées à bord qui n'avaient nullement l'intention de partir naviguer avec nous, mais que des circonstances indépendantes de leur volonté les obligeaient à nous accompagner.
En Hollande, sur le M/S Ventoux, un chargement de dix mille caisses de bière nous donna l'occasion d'embaucher des étudiants, pour donner un coup de main aux dockers professionnels.
Cinq jeunes gens se portèrent volontaires pour cette mission occasionnelle, qui leur permit de se faire un petit peu d'argent de poche.
Le chef des palanquées les répartit: trois dans les cales, les deux autres sur le pont pour pointer les caisses.
Le travail dura une bonne partie de la journée, et se termina tard le soir.
Les jeunes, qui se connaissaient pourtant entre eux, se séparèrent le travail terminé sans se soucier les uns des autres.
Le cargo repartait dans la nuit et quittait l'Europe pour un périple de presque deux mois de cabotage en Afrique.
Ce n'est pas la famille qui nous alerta, le jeune homme était majeur, et devait découcher certainement de temps en temps sans inquiéter pour autant ses proches.
Voici donc après coup ce qui se passa réellement, et qui, pour cette histoire, se termina sans drame, contrairement au récit suivant.
Un des trois jeunes gens de faction dans la cale buvait bière sur bière pour étancher sa soif d'une part, et d'autre part parce que ce breuvage était la boisson nationale. Il dut en écluser pas mal car, la fatigue aidant, il s'allongea derrière des caisses pour s'offrir une petite sieste, sans apparemment inquiéter ses collègues de son absence.
Le travail terminé, les hommes remontés des cales, on ferme tout, et on part. Notre faux clandestin ne se réveille que le lendemain, dans l'après-midi.
"Sa prison" est la première cale tout à l'avant du bateau. Il a beau crier, personne ne peut l'entendre. Ne transportant pas de fret dangereux, les rondes systématiques ne sont pas obligatoires.
Au bout de quarante-huit heures, un marin travaillant sur le pont est intrigué par des bruits sourds semblant venir des cales. Il en parle au «bosco » (maître-d'équipage chef des matelots, et responsable de la cargaison) qui prend sur lui d'ouvrir les portes de cales donnant sur le pont.
 Bien lui en prit, à la deuxième porte ouverte, un énergumène en sort, hurlant, tout hagard, une barbe de trois jours lui mange le visage.
On pense d'abord à un clandestin, un vrai, mais il ne serait pas sorti si rapidement dès l'ouverture de la cale, au contraire, il se serait tapi dans le fond de peur de se faire prendre.
Sans aucune résistance de sa part, il se laisse calmement emmener chez le Commandant, trop content de revoir le jour, et d'être encore en vie.
Un interrogatoire rapide nous éclaire sur son cas ; il faisait bien partie des cinq jeunes embauchés à la dernière escale.
Il est mis hors de cause sur le fait d'être considéré comme passager clandestin. Il veut dans un premier temps que l’on rassure sa famille, ce que le pacha fait aussitôt.      L'armateur, alerté également et en accord avec les siens rassurés sur le sort du garçon, nous donne l'ordre de le considérer dorénavant comme un passager invité, qui devra être débarqué aux frais de la compagnie au prochain port, c'est-à-dire à l'escale vivre et courrier de Cap-Town en Afrique du sud, environ une dizaine de jours aux frais de la princesse, ce qui lui permettra de récupérer les trois jours de captivité involontaires.
Il eut tout le temps de nous expliquer comment il vécut ce qui aurait pu devenir un drame.
Le lendemain, dès son réveil après sa cuite mémorable, il ne lui fallut pas longtemps pour s'apercevoir que le bateau avait pris la mer, et qu'il lui était impossible de sortir de la cale par ses propres moyens.
Sans paniquer, il entreprit alors de taper régulièrement sur la coque avec tout ce qui lui tombait sous la main.
Seul le jour filtrant au travers des fissures des ouvertures lui permit de se guider parmi les caisses embarquées, et il ne se nourrit bien évidemment que de bière.
Pour son départ au Cap, il était devenu l'ami de tout le monde. On promit de se revoir, mais dans d'autres conditions.
Deuxième récit maintenant sur les faux clandestins, toujours aussi vrai, mais ô combien dramatique cette fois-ci.
A Curaçao, sur le M/S Blois, pendant une escale de travaux annuelle.
Le Commandant renseigné par le chef mécanicien des travaux importants à effectuer, ne pouvant être faits par les gens du bord, consignait ceux-ci sur une main courante, et quand la liste était suffisamment longue, en accord avec les représentants de la compagnie, on immobilisait le navire le temps nécessaire à la durée des travaux.
 Le port du chantier n'était communiqué au bord qu'à la dernière minute, le temps que l'armateur trouve un arsenal moins cher que les autres, et surtout sur la ligne régulière du navire, pour ne pas en plus trop retarder les commandes.
Pour ce récit, nous sommes donc à Curaçao, au nord de Caracas, près des côtes du Venezuela.
Immobilisé pour une dizaine de jours, ce sont toutes les soutes à eaux douces qui furent vérifiées, nettoyées.
Une quinzaine d'ouvriers monte à bord pour assurer les travaux. On nous expliqua plus tard que le manquant à l'appel fut déclaré déserteur et recherché partout, sauf sur notre navire.
Bien au fond d'une soute d'eau douce, il se serait endormi certainement ivre, car en fin de chantier, des sirènes hurlaient très forts dans toutes les coursives pour appeler les hommes.
La cale de notre dormeur, mal vérifiée, fut verrouillée et emplie d'eau douce, pour contrôler les travaux.
Eau douce qui soit dit en passant, était justement celle dont les occupants du bateau se servaient pour la boisson, la cuisine, etc. ... (Au départ de chaque port, le plein était fait, et le bord produisait lui-même son eau douce, en cas de pénurie).
Un mécanicien machine, en vérifiant comme tous les jours les niveaux dans chaque cale, fut surpris de voir passer dans un regard en verre comme de la filasse. On mit cela sur le compte du restant de chantier de la dernière escale, et plus personne ne s'inquiéta, jusqu'au jour où, par ce même regard, défilèrent cette fois-ci des choses étranges, sous les yeux ébahis du graisseur, du chef mécanicien et enfin du Commandant appelé de toute urgence.
L'alerte fut donnée, des prélèvements furent retirés de la soute, examinés sommairement par le bord, et l'horreur nous apparut: depuis quinze jours, tout le bord, du mousse au Commandant, nous buvions du bonhomme, et oui, aussi horrible que cela puisse paraître.
Le corps, traîné dans le fond de la soute, par le roulis, le tangage, s'était décomposé plus vite que s'il était tombé dans une rivière, et les cheveux dans un premier temps (que nous prenions pour de la filasse), puis des éléments de l'individu avaient fini en suivant l'aspiration des pompes amenant l'eau jusqu'au point de distribution, par se faire voir par les niveaux de contrôle, qui servent à vérifier l'état de remplissage de cette soute à eau douce.
Heureusement qu'en fin de parcours, un filtre métallique fait office de tamis, pour retenir les corps étrangers en suspension dans l'eau car, en plus de boire notre bonhomme depuis quinze jours, nous en aurions mangé des morceaux.
Trente années après les faits, j'en parle aisément, mais sur le moment, nous étions tous paralysés par la peur. Dès le premier port, nous fûmes tous mis en quarantaine, examens sanguins et analyses diverses, on nous déclara hors de danger.
L'homme noyé devait être sain, sinon je ne vous raconte pas les maladies que nous aurions attrapées.
Mais nous autres marins, avec tous les vaccins que nous avons, les visites médicales nombreuses et sérieuses que nous subissons, personne d'entre nous ne fut indisposé par cette boisson spéciale que nous absorbions depuis quinze jours.
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MessageSujet: bien belles histoires   Dim 27 Déc - 17:43

holàlàlàlà mais c'est horrible  le pauvre homme a du quand même souffrir avant d'être bu,,quand au premier il  a fait une cure de bière gratos pas mal hein...




   
   



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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 27 Déc - 23:46

Merci Provence. Non, un type ivre mort ne se voit pas mourir. Quand au jeune homme, c'est une cuite mémorable qu'il se rappellera toute sa vie.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 28 Déc - 0:45

La petite culotte. Une nuit agitée

Lorsque nous n'étions pas gênés par les histoires d'apartheid au Cap*, les seconds capitaines pédés**, les escales du bout du monde étaient des plus attrayantes, lisez plutôt ce récit.
Nous sommes donc à l'Ile Maurice, pour plusieurs jours. Qui dit plusieurs jours signifie pour nous plusieurs nuits, et la nuit est faite généralement pour récupérer la fatigue de la journée.
Pour des jeunes comme nous (la moyenne d'âge est bien en-dessous de trente ans), pas question de se reposer, ou alors pas toute la nuit.
Le bord est très accueillant pour la gente féminine, et les nuits sont, dirons-nous sans exagération, bruyantes, très animées. Les coursives sont témoins de scènes d'orgies pas ou peu racontables car, ce que nous devrions faire dans notre cabine, se fait quelquefois sur le palier, ou chez les autres, qu'ils soient ou nous consentants. Bref c'est la débauche complète, mais personne ne s'en plaint.
Une nuit donc, enfin au petit matin d'une telle nuit, on frappe à ma porte, où après quelques excès, je goûtais un sommeil mérité, et surtout réparateur.
Sans que je dise entrez ou autre chose, la porte s'ouvre, et une charmante Doudou montre son joli visage.
Avant que j'ouvre la bouche, pour lui dire que non, si elle vient pour ce que je pense, elle n'aura rien de moi, vu mon état physique, elle me lance :
-"Dis Maurice, tu n'aurais pas vu  ma petite culotte ?"
Un regard circulaire dans la pièce me fit apercevoir pas mal de choses: canettes de bière, fringues en vrac, bouteilles et verres sales non terminés, mais pas de petite culotte, ce qu'elle vit d'ailleurs comme moi.
-"Bon, tant pis Maurice, je vais chercher chez le bosco, le maître d'hôtel, le Commandant ou le cuisinier ".
Quelle santé !
Note de l'auteur: Je pense que cette histoire reflète le plus la maxime personnelle précitée au début du livre. (Tous les marins du monde, sont ….)
*Cap, police no gout ; Deuxième partie du  blog
**  Pédés, Les marchandes d’amour : Première partie de blog
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 28 Déc - 0:52

L'officier Russe

L'incident diplomatique évité
II était assez rare de voir des cargos russes à quai, surtout à Madagascar. Mais pour ce récit, à Tamatave, il y en avait un juste devant nous.
On aurait dit un bateau militaire, la coque vert foncé, les hommes du bord en uniforme, et les officiers, avec des galons et des casquettes. Un calme absolu régnait à bord, seulement interrompu par des sifflets annonçant telle ou telle manœuvre, tout comme nos bateaux militaires. Que devaient être chez eux les navires de guerre ?
Un après-midi, me promenant à terre avec ma ramate, je vois au loin, venant vers moi, un matelot du fameux bateau russe avec à son bras, lui aussi, une jeune indigène.
La première réflexion que je me suis faite, c'est qu'une fois à terre, il avait les mêmes libertés que nous, à savoir le droit de s'amuser et de prendre s'il en avait envie, une femme pour l'escale.
C'était mal connaître l'état d'esprit de ces gens, car sitôt cette pensée sortie de ma tête, apparut sur le trottoir d'en face un officier du dit bateau qui, voyant un de ces hommes en si charmante compagnie, ne put l'admettre et, traversant rapidement la rue, ordonna à cet homme de lui laisser la demoiselle en question.
Le jeune marin dut certainement avoir une certaine réticence à s'exécuter, car son supérieur, vexé par la non-rapidité de l'exécution de l'ordre donné, administra un violent coup de cravache au pauvre matelot, qui du coup, lâcha la fille apeurée. Elle eut sans doute peur de recevoir la même sanction, car elle se rapprocha instinctivement, consentante, près de son bourreau.
Toute cette scène se déroula sous mes yeux, et je ne pus admettre une telle injustice. Je voulais m'interposer et rendre justice à ce pauvre, obligé de se plier à la tyrannie de cet officier peu scrupuleux des principes élémentaires de bienséance.
La cravache de l'officier ne me faisait pas peur, et j'étais près à lui rentrer dedans, pour lui administrer une bonne raclée, quand le marin, remis de son coup de fouet, se jeta à mes pieds en me suppliant de ne rien faire, car réussît-il à me faire comprendre dans un mauvais français, si je corrigeais ce méchant homme, non seulement nous frôlerions l'incident diplomatique, mais surtout, le jeune marin risquait de se faire tuer, le soir, en remontant à bord.
Sa détresse l'emporta, du coup je me calmais. L'officier partit hautain avec la fille si facilement obtenue, le pauvre matelot heureux de s'en tirer à si bon compte me remercia de ne rien faire, et s'éloigna à son tour, dans la direction opposée.
Autres gens, autres mœurs !
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 28 Déc - 23:46

Bon voyage ! Le vol mouvementé

Le récit d'un voyage en avion qui aurait pu mal tourner, mais qui en définitive se termina avec plus de peur que de mal.
Pour le dernier voyage de ma carrière de marin de commerce sur le  S/T Léda, j'avais embarqué avec mon épouse à Dubaï. Quatre mois plus tard, de retour dans ce même port, mon temps légal de navigation effectué, je me trouvais débarquant avec une dizaine de collègues.
Comme d'habitude, un minibus de la compagnie nous attendait au pied du bateau pour nous emmener à l'aéroport.
Embarquement à Dubaï sans aucun problème et, première et dernière escale d'ailleurs, Le Caire.
Une bonne demi-heure de transit, le temps de changer d'équipage, d'hôtesses, de refaire le plein de vivres et de kérosène.
Toutes ces opérations terminées, nous sommes autorisés à regagner nos places, pour un imminent départ. Un contrôleur de vol monte à bord pour une dernière inspection et, avant de quitter l'avion nous lance un aimable : -" bon voyage".
Rien à dire pour le décollage, et en route pour la France. Nous volons de nuit.
Les passagers confiants somnolaient, d'autres lisaient. Il n'y avait pas une heure que nous avions quitté Le Caire, je fus pris d'un doute quant à la direction prise par l'avion. Pour ma part, au lieu de filer droit, j'avais l'impression que nous faisions de grands cercles.
J'en étais à mes réflexions sur la bonne route prise par l'appareil, qu'une hôtesse nous parla au micro. D'abord en anglais, quelques phrases très courtes qui eurent l'air de détendre les auditeurs de cette langue. Ensuite ce qui me parut être de l'arabe, et pour finir en français.
Là, les choses se gâtèrent quelque peu pour la dizaine que nous étions, car, l'hôtesse maîtrisant mal notre langue dut se tromper dans la traduction de ce qu'elle avait à nous dire pourtant de rassurant, car voici à peu près ce que nous entendîmes :
-"Mesdames et messieurs, toute votre attention s'il 'vous plaît. Des ennuis techniques nous obligent à retourner au Caire pour réparations, nous allons essayer de nous poser dans de bonnes conditions".
Pas plus que cela, pas d'autres explications. Mon épouse se voyait déjà écrasée au sol, et se lamentait pour notre fille Céline laissée chez mes parents. Elle dut changer de couleur, car une hôtesse s'approchant de nous lui demanda la raison de cette panique, si visible sur son visage.
 Elle avait l'air de parler mieux le français que sa collègue au micro/ car lorsque je lui expliquais ce que nous avions entendu, elle sourit, et nous décrit mieux la situation, ce qui eut pour effet de calmer ma femme.
Dès le départ du Caire, un appareil vital de navigation tomba en panne. Les consignes de sécurité, très strictes pour les vols internationaux, interdisaient de continuer le voyage. Ordre fut donc donné au Commandant de bord de retourner à son point de départ, mais, dans ce cas, il devait atterrir les soutes de carburant pratiquement vides, donc, les fameux cercles que j'avais remarqués lui servaient, à chaque virage, à larguer une partie de son carburant dans le désert.
Les autres passagers français n'avaient pas l'air de s'affoler, soit qu'ils avaient compris les explications en anglais, soit qu'ils n'avaient pas saisi tout le sens de la mauvaise traduction en français.
Seule ma femme apparemment eut ce jour la trouille de sa vie.
Le retour au Caire se fit sans autre incident. Tout le monde resta dans l'avion le temps que l'on embarque le matériel remplaçant le défectueux, et, le même contrôleur vint inspecter le tout au moment du départ, mais cette fois-ci, il n'osa pas nous souhaiter à nouveau bon voyage.
Peut-être est-ce lui qui nous porta malchance ?
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 28 Déc - 23:55

Le bébé passager. Solution efficace, dangereuse, mais nécessaire

Au Havre, sur le Magdala qui, trop gros pour venir à quai, devait mouiller sur Antifer*, un embarquement de relève et de femmes de marins était prévu, mais comme nous n'avions pas de place sur Antifer, on attendait à proximité. La vedette amenant les personnes stoppe à notre hauteur et, comme dans le récit du tome un (embarquement difficile), une échelle de corde descend le long du navire pour faire monter la relève.
La situation était un peu moins délicate que dans l'autre récit, car cette fois-ci, le bateau n'avançait pas. Plusieurs personnes montèrent à bord sans difficultés, puis arriva le tour d'une femme avec un enfant dans les bras.
Impossible de la faire monter. Elle pensait embarquer sur Antifer, donc à quai, même si ce quai est métallique et artificiel.
Là, l'horreur, une échelle de corde, une dizaine de mètres à monter, rien ni personne ne pouvait l'aider. On pensa bien un moment descendre un treuil, avec un filet, mettre l'enfant dedans avec la mère et remonter le tout, mais la mère en question se mit à hurler, rien qu'à l'idée qu'elle serait mise dans un panier comme une vulgaire marchandise.
Le mari de la dame, graisseur, de garde à la machine, n'eut vent de l'histoire qu'une fois tout terminé, ce qui n'était pas plus mal, car il aurait certainement augmenté la difficulté de l'opération.
On commençait par perdre patience. Le bosco, responsable de la manœuvre, trouva la solution. Il descendit par l'échelle de corde, arriva sur la vedette, prit l'enfant des bras de la mère, ouvrit sa combinaison de travail, mit l'enfant sur sa poitrine, referma le tout, et libre de ses deux mains, remonta à bord avant que la maman se rende compte de la situation. Elle n'eut plus que la ressource de monter à son tour, pour être à nouveau avec son enfant.
Le Commandant, qui surveillait la scène depuis la passerelle, sûr de son bosco, le remercia dans la soirée, pour avoir, de sang-froid, trouvé une solution ô combien délicate, mais efficace.
* Antifer, terminal pétrolier situé à 20 Km au nord du Havre et mis en service dans les années 70. Abrité par une digue de 3512 m de long, Antifer est doté de deux appontements lui permettant de réceptionner les plus forts tonnages actuellement en circulation (notamment les tankers de 550 000 tonnes).
Renseignement pris dans le dictionnaire du pétrole, de Georges Ayache, édition Le sycomore (1981).
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 29 Déc - 23:26

Les femmes de marins

Toute chose n'est pas bonne à dire

De bateaux en bateaux, d'équipages en équipages, on apprend des tas de choses sur les autres, choses plus ou moins réelles, mais avec un peu de jugeote, de recoupement, on arrive à se faire une idée de ce qui est juste, et de ce qui est faux.
Un jour, à table (le nom du bateau n'a pas d'importance pour ce récit) deux matelots parlaient d'un troisième, qui n'était pas du voyage.
-"Quand on pense que sa femme, chaque fois qu'il l'envoyait ramasser des champignons, en ramenait deux grands paniers pleins, alors que la mienne, dans le même coin, avait failli recevoir des coups de fusil du garde, car l'endroit était interdit aux promeneurs. Et bien tu ne sauras jamais ce qu'il m'a répondu?"
L'autre n'en perdait pas une miette :
-"Vas-y raconte, qu'est-ce-qu'il pouvait bien te répondre?"
-"Il me répond comme ça : je m'en fous qu'elle les ramasse sur le ventre ou sur le dos, pourvu qu'elle m'en ramène !"

Qu'importent les moyens pourvu que cela rapporte î

- Cet autre marin, fier de sa cave, pleine de bons crus, qui disait à table, à terre, un jour qu'il recevait des invités, à un copain qui prétendait lutiner sa femme presque sous ses yeux :
-"Touche à ma femme si tu veux, mais pas à ma cave".

On continue
Les matelots qualifiés sont un jour ou l'autre destinés à devenir bosco (maître d'équipage), sommet de leur carrière.
Quand certains, voyant que la promotion tardait à venir, n'hésitaient pas à envoyer leur femme chez l'armateur, une motte de beurre sous le bras gauche, un poulet sous le bras droit et,... la petite culotte dans le sac à main.
Qu'importent les moyens, pourvu que cela rapporte ...bis !!

Pour terminer
Dans mes débuts à la Marine Marchande, nous avions un jour de congé pour deux jours de navigation, ce qui faisait en gros: quatre mois de mer pour deux mois de repos à terre.
Les voyages étaient longs. Il nous fallait dix jours pour charger un navire en France, trente jours minimum de traversée pour rallier Madagascar, dix jours à nouveau pour décharger, comme on ne revenait jamais à vide, encore autant pour emplir le navire, et le retour en trente jours également.
Dans ces conditions, un voyage se faisait en près de quatre mois minimum, car je dois rajouter quelques jours à l'aller et au retour pour faire le plein de mazout.
Certains matelots demandaient à repartir pour un deuxième tour, ce qui faisait sept à huit mois d'absence dans leur foyer.
Tous ces chiffres pour vous faire comprendre la suite de ce récit.
Un matelot part donc de France un beau jour, laissant sa femme et son petit enfant de seize mois. Le bébé articule seulement quelques mots. Plus de sept mois après, voilà notre homme qui débarque, après ses deux tours d'Afrique effectués.
Il est tout content de retrouver un enfant qui, commençant à bien parler, à la vue de cet homme qu'il ne reconnaît plus, se cache dans les jupes de sa mère en disant
-"Qui c'est  le monsieur, maman, encore un tonton ?"
Comprend qui veut !

Une blague pour finir ce chapitre
Un marin raconte à qui veut bien l'entendre.
-"Moi, quand je pars naviguer, et que je sais que je vais revenir à la maison en plein hiver, je planque mes chaussons et ma robe de chambre. Comme ça, en revenant, dans mon quartier, celui qui tousse, je lui casse la gueule".
Comprend qui veut. Bis !!
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 29 Déc - 23:29

Le mal de mer. Maladie psychique avant tout

Qui n'a jamais eu ou simplement ressenti une gêne sur des embarcations sur mer, ou tout simplement sur des fleuves ou rivières?
Le mal de mer est avant tout une maladie psychique, certains ne l'auront jamais, car ils ne s'en préoccupent pas, cela ne leur vient même pas à l'idée de se demander avant de prendre la mer:
-"Mon Dieu et si j'avais le mal de mer ?".
Par contre, il y a de fortes chances pour que des personnes peu sûres d'elles aient le mal de mer.
Dans mes huit années de navigation, je me suis amusé avec d'autres marins à tenter quelques expériences au sujet de ce maudit mal de mer.
Des novices nouvellement embarqués se plaignaient d'avoir à souffrir de ce fléau. Nous tentions de les rassurer et de leur faire comprendre qu'il ne fallait pas s'arrêter à des croyances peut-être fausses.
Leur mettant un bandeau sur les yeux, on les débarquait sur le quai, mais en leur faisant croire qu’ils étaient toujours à bord. Sûrs de ne pas avoir le pied marin, et se croyant sur la mer, ils se sentaient très mal à l'aise.
Le contraire était vrai également. Toujours les yeux bandés, on les promenait sur le pont, en leur racontant qu'ils étaient sur la terre ferme, ils se sentaient déjà beaucoup mieux. Mais, leur retirant le bandeau, et se voyant encore à bord, ils commençaient à se sentir mal.
Une histoire authentique pour concrétiser ces explications.
Sur un bateau, un jour de mauvais temps, le novice-machine va trouver le chef mécanicien et lui explique qu'il ne pourra pas descendre à la machine, car il ne se sent pas bien, bref, qu'il est victime du mal de mer.
Le chef ne l'entend pas comme cela, et ordonne au nono (pour lui donner une bonne leçon) de passer outre, et de travailler quand même. Il lui donne en plus le travail le plus pénible, et le plus salissant. Au fin fond de la machine, il devra nettoyer des caisses à huile, nauséabondes, et peu accessibles.
Le gamin en veut à mort à son supérieur, et tout à sa haine envers l'autorité, en oublie totalement... son mal de mer. Sa rancœur, forte surtout dans son esprit, est passée avant le soi-disant mal de mer, qui, relayé en second plan, ne l'effraie plus.
Le soir, le chef fait venir le novice et lui demande comment il va. Le jeune, encore sous le coup de la colère, lui explique qu’effectivement, il n'a jamais ressenti le mal de tout son temps passé dans la machine.
Le chef lui avoue que cette sanction était une leçon et non une punition, et qu’à l'avenir, elle lui fera le plus grand bien.
Gageons que ce nono n'aura plus jamais le mal de mer de sa vie.
 

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 30 Déc - 23:47

Le paillasson. Le sol russe

De toutes les histoires racontées dans ces deux tomes de recueil, seule celle-ci, toute vraie soit-elle, n'a pas eu lieu au court de mes dix-sept embarquements, mais m'a été racontée, ce qui n'enlève en rien son authenticité, je vous le garantis.
Un cargo des messageries maritimes, pour je ne sais quel transport de fret, se trouve donc amarré dans un port russe.
A peine la manœuvre terminée, des officiels russes (les fameux commissaires du peuple), montent à bord, souhaiter la bienvenue aux nouveaux arrivants d'une part, et surtout pour dire au Commandant dans un français impeccable :
-"Monsieur l'officier français, vous voudriez bien s'il vous plaît mettre le plus rapidement possible un paillasson, en bas de la coupée (passerelle d'accès au navire)".
Le Commandant, n'ayant pas bien compris le sens exact de cette phrase, leur répond que cela n'est pas bien grave, même si les allées et venues des gens montant ou descendant cette fameuse coupée salissaient quelque peu le bateau, le personnel du bord était là pour nettoyer.
Il s'entend répondre, sans aucun énervement ni animosité de la part de son interlocuteur
-« Vous m'avez mal compris, monsieur l'officier français, si je vous demande de mettre un paillasson en bas de votre coupée, c'est pour que vous et vos gens, en descendant à terre, ne souilliez pas notre belle terre russe».
"L'officier français" fit comme si cela lui paraissait normal, ordonna au bosco de mettre un paillasson en bas de la coupée, et nos deux officiers russes quittèrent le bord, enchantés que leur ordre fût si bien exécuté.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 30 Déc - 23:56

Relève d'équipage. Par avion, au départ de Roissy-Charles de Gaulle

Souvent, sur les pétroliers, les relèves se faisaient au bout du monde, pour la simple et bonne raison, que, vers la fin des années soixante-dix, la compagnie devait accorder aux marins le même nombre de jours de congés que de jours de bord, sans toutefois dépasser quatre mois au total de jours en mer, effectués en une seule fois.
Donc, dès que la barre des quatre mois était atteinte, et que le pétrolier se trouvait dans les parages du golfe Persique, une relève d'équipage avait lieu.
Cette relève partait de Paris. Tous les marins futurs embarqués, recevaient quelques jours auparavant à leur domicile un télégramme, avec une somme allouée pour la réponse, car dans la négative, l'armateur en prévenait un autre.
Quand le compte était bon (quand tout le monde prévenu répondait présent), tous se retrouvaient au siège de la compagnie maritime, là on faisait l'appel, on distribuait les billets d'avion (pas de billet collectif, car l'état-major avait droit aux premières classes, et les marins aux secondes).
Un car affrété pour la circonstance nous attendait et en route pour Roissy. Le nombre de futurs embarqués variait d'une dizaine à vingt individus. La relève complète d'un navire était interdite. Pour des raisons de sécurité évidente, il faut toujours avoir à bord des personnes connaissant bien le bateau, et qui feront le voyage du retour, comme ils l'auront fait à l'aller.
Imaginez trente personnes nouvelles, bien que connaissant le navire, embarquer toutes ensemble sur un bateau plein, au bout du monde, après quatre mois de congés. C'est impensable, il leur faudrait toujours avec elles des anciens.
Une fois à l'aéroport, l'agent de la compagnie ne nous quittait que lorsque le dernier de la relève avait franchi la porte de l'avion.
Un problème de dernière minute pouvait toujours arriver. C'est ainsi que pour un embarquement, je me suis retrouvé en première classe, les secondes étant complètes. Le futur novice aussi bénéficia de cette faveur.
Tant que les nouveaux embarqués ne sont pas dans leur élément à bord, on se trompe sur leur fonction si, bien sûr, on ne les connaît pas d'avance.
Pour ce récit, notre futur novice, qui avait son franc-parler, dut se mordre la langue.
Ne connaissant personne, et pour cause, ce devait être son premier embarquement dans notre société, il se trouva dans l'avion, à coté du chef mécanicien.
Par contre, notre chef mécano était connu pour avoir des tics nerveux, qui lui faisaient sans cesse remuer la tête, avec quelques grimaces pour compléter le tout.
De plus, il avait horreur de l'avion, ce qui accentuait encore un peu plus son défaut facial.
Notre brave nono, ne sachant rien de tout cela, croyait que son voisin de vol n'était autre qu'un simple matelot, au bout d'un moment, n'y tenant plus, lui lance une grande bourrade dans les côtes en s'exclamant ;
-"Ben mon vieux, t'as dû prendre une bonne cuite hier avant d'embarquer, pour avoir encore aujourd'hui la tronche que tu as".
Du coup, l'autre en oublia ses tics et, se retournant vers son agresseur, lui lança:
-«Petit con, sais-tu à qui tu parles au moins ? Je vais t'apprendre à insulter un chef, tu auras de mes nouvelles à bord ».
Heureusement que le nono était embauché comme novice-pont, et non machine, car je ne vous dis pas la vie que lui aurait fait mener son chef.
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MessageSujet: une bonne année 2016 cher ami   Jeu 31 Déc - 10:20





   
   



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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 3 Jan - 1:13

Un grand merci à toi.
Moi de même pour cette nouvelle année, qu'elle ne t'apporte que du bonheur.
Encore un grand merci de m'avoir accepté chez toi
Grosses bises

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 3 Jan - 1:17

Nourriture en libre service

La gentillesse, le savoir-vivre des Malgaches. (Qui n’est plus à démontrer)
ce récit va encore vous le démontrer.
Au cours de mes voyages effectués à Madagascar, que ce soit Tamatave, Diégo-Suarez, Nossi-bé, Tuléar, Majunga, ou Fort-Dauphin, dès que vous sortiez quelque peu de la ville portuaire, dans tous les villages alentour, devant les cases, les villageois disposaient des tréteaux sur lesquels était fixée une planche et, suivant la spécialité culinaire de la maîtresse de maison, les plats de viande, de légumes ou de poissons étaient posés délicatement à l'intention des passants, touristes, ou toute autre personne se promenant dans le secteur.
A coté, bien en évidence, une sébile attendait les offrandes que chaque personne n'oubliait pas de déposer dès qu'elle avait goutté un des plats présentés.
Aucun prix marqué, aucune indication sur la description ou la composition des victuailles. Une confiance totale de part et d'autre rendait ce service possible, car chacun y trouvait son compte. Le touriste qui n'avait pas besoin de s'offrir le restaurant, rare d'ailleurs, consommait des plats raffinés pour une somme modique (chacun laissait ce qu'il voulait), et la villageoise qui, le soir, ramassait les denrées restantes, empochait la recette de la journée.
Je ne compte plus les jours où je me suis régalé grâce à ce procédé, car j'étais toujours accompagné d'une jeune fille du pays, qui choisissait pour moi les mets les plus raffinés.

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 3 Jan - 1:20

Les lâches

Dix contre un oui, mais dix contre deux...courage fuyons
A la Réunion, il n'était pas rare d'avoir des petits désagréments vis-à-vis des indigènes, comme de recevoir des pierres, quand nous passions dans certains quartiers, ou de se faire insulter à leur passage, ceci en représailles de notre tendance à... luthier la gente féminine dans chaque port où elle se trouvait ; soit les sœurs, les copines, quand ce n'étaient pas les femmes des hommes, qui nous jalousant (on le serait à moins), ne manquaient pas de nous le faire savoir par ce que je décris plus haut.
Mais leur lâcheté était légendaire et ils n'hésitaient pas à s'en prendre, lorsqu'ils étaient plusieurs, à l'un d'entre nous, pour lui faire un mauvais sort.
C'est ainsi que par une belle fin d'après-midi, mon travail terminé, je décidais d'aller faire un petit tour à terre.
A peine sorti du port, je remarque au loin, venant sur moi, poursuivi par toute une bande d'indigènes, un gars du bord qui, hors d'haleine, arrivant à ma hauteur, me cria :
-"Au secours Maurice, il vont me casser la gueule".
J'estimais ses ravisseurs à une bonne dizaine, mais j'arrêtais le collègue, en lui promettant qu'il ne craignait rien.
En effet, voyant leur proie stopper, et leur faire front avec mon aide, tout le monde se dissipa dans la nature.
Dix contre un était normal, mais deux contre dix leur faisait peur.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 5 Jan - 0:16

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La petite sœur / Le fusil cassé

Deux courtes histoires, sur les ramâtes à Madagascar

- La visite guidée
Toujours dans mes souvenirs sur Madagascar, cet épisode à ne pas vous cacher: la petite sœur.
Nous sommes à quai pour plusieurs jours, chacun possède sa compagne. Il n'y a pas trois jours que nous sommes arrivés, qu'un beau matin, remonte à bord une charmante ramate, accompagnée d'une toute jeune fille.
La grande va directement à la cabine de son "mari" du moment, la petite suit. Elle veut imposer sa jeune invitée, et pour répondre aux demandes légitimes de l'occupant des lieux, elle répond simplement:
-"C'est ma petite sœur, elle n'a que. quatorze ans, mais elle ne bougera pas, elle vient pour apprendre, elle nous regardera".
Esprit de famille exagéré ? On apprend le c..  d'abord avec les yeux ?
A vous de choisir la chute qui convient le mieux à ce récit.

- Le fusil cassé
A Tamatave pour plusieurs jours, nous revenions de La Réunion, où par malchance, je me suis fait plomber (blennorragie). Hors de question bien sûr de prendre une jeune femme pour la bagatelle, j'en étais bien incapable, par contre, la prendre comme copine, comme camarade pour sortir ensemble au cinéma, aller au restaurant se promener sur la plage le soir à la fraîche, ou flâner en ville, cela était tout à fait possible.
Dormir ensemble en copains avait quelque chose d'inhumain, mais que voulez-vous, il fallait attendre sagement la guérison.
Justement la fille, peu habituée à dormir avec un homme sans se faire toucher, voulait que cela se sache, si bien, que dès qu'elle rencontrait une amie, ou seulement une connaissance en ville, elle n'oubliait pas en me présentant de dire :
-"C'est mon frère, il a le fusil cassé".
L'autre comprenait et n'insistait pas.

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 5 Jan - 0:23

Les 'téléphoneuses' Cockpit-Hôtel, Singapour

Lors de notre séjour prolongé à l'hôtel de Singapour, le Cockpit-Hôtel, il s'y passait la nuit, des choses que je n'ai pas eu le temps de vous raconter dans la première partie du blog (voici l'oubli réparé).
Dans ce complexe hôtelier de quinze-cents chambres, un standard privé assurait la liaison de chambre à chambre, et aussi pour les communications extérieur. Ce standard fonctionnait vingt-quatre heures sur vingt-quatre grâce à une ribambelle d'employées toutes aussi gentilles les unes que les autres.
Minuit passé, les demoiselles de garde autorisaient leurs amies prostituées à appeler directement dans les chambres d'éventuels clients, pour un bon moment passé ensemble.
Dans cet hôtel immense, la plupart des clients étaient des touristes de passage, des marins en attente de bateaux ou d'un avion, comme notre groupe.
Avant minuit, des rondes de chefs, de responsables de sécurité avaient lieu fréquemment, interdisant de faire quoi que ce soit d'illégal, mais minuit passé, plus rien.
C'est à ce moment que nos belles de nuit passaient voir leurs copines et, regardant ensemble sur les registres de l'hôtel, risquaient de timides coups de fils dans les chambres.
Les demoiselles du standard savaient la provenance de la clientèle; pour notre groupe par exemple, nous étions placés par l'agence de la compagnie maritime qui nous représentait à Singapour, et le nom de cet agent était bien connu. Sur la liste, en face de chaque nom de marin figurait l'agent. Il suffisait alors aux "filles" de faire un à un ces numéros de chambre, et d'être assurées avoir des réponses positives pour un moment de la nuit passé à deux.
Toutes bonnes copines que ces filles étaient, cela finissait par un pourcentage que l'une donnait à l'autre, en remerciement des bons services rendus.
Pour ma part, je fus réveillé de la sorte en pleine nuit par une "hôtesse", qui, dans un français impeccable, me proposa de passer me voir, pour discuter gentiment de choses et d'autres. Mis au courant de ce genre de discussions par les anciens, je permis à la jeune femme de monter.
Dans les cinq minutes qui suivirent, un coup discret à la porte m'annonça la venue de ma visiteuse.
Jeune fille tout à fait charmante, belle, jolie, cultivée, à se demander pourquoi elle en était arrivée là.
Une des premières choses qu'elle me demanda, ce fut si j'avais de l'argent, ou une carte de crédit.
Ne possédant plus d'argent du pays, je lui tendis ma carte bleue, et immédiatement, elle se servit du téléphone pour appeler un service afin de savoir si, aux données des numéros de ma carte, on pouvait lui débloquer de l'argent.
Hélas, mille fois hélas, je n'avais pas de carte internationale, et elle ne put avoir aucune réponse favorable. Plus désolée que moi, elle me rendit ma carte avec un charmant sourire, tout en me disant sa déception pour nous deux, mais qu'il fallait malheureusement que l'on se quitte.
J'eus droit seulement à une caresse et un baiser gratuit qui, me mettant en appétit me fit plus de mal que de bien, car si de mon coté j'appelais une autre fille pour finir la nuit, je ne pouvais pas plus la payer que celle-ci, alors que faire? La veuve poignet, heureusement qu'elle existe !

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 5 Jan - 23:39

L'amende, le verre en pleine tronche.

Je ne fus pas toujours un saint sur les bateaux, je goûtais même une fois au tribunal maritime, mais rassurez-vous, amis lecteurs, juste pour une histoire de beuverie.
Un soir, dans une cabine, à l'occasion d'un anniversaire de l'un d'entre nous, on buvait, on chantait, on re-buvait. Certains ont le vin mauvais, et dans ces moments-là osent dire ce qu'ils n'oseraient jamais dire à jeun.
Justement ce fameux soir un graisseur, quelque peu éméché par plusieurs verres d'alcool, s'en prend à moi, pour je ne sais plus quelles raisons, et me met une gifle, deux gifles.
Surpris déjà par la première, je ne dus pas réagir assez rapidement, car sinon j'aurais évité la deuxième. Mon agresseur, voyant que je ne bougeais pas, crut avoir en face de lui une mauviette, et voulut de nouveau me corriger. S'en était trop, je lui balançai mon verre en pleine tronche.
Un gros verre "duralex" qui vole en mille morceaux à son contact, en lui éclatant l'arcade sourcilière. Du sang gicle partout, et cette vue calme tout le monde.
Nous l'emmenons se faire soigner et, très vite, le commandant alerté me demande des comptes, en m'expliquant qu'il est obligé de porter plainte contre moi, car j'ai failli tuer un collègue.
Jusqu'à l'arrivée du prochain port où je devais passer au tribunal maritime, tous les participants de la fameuse soirée furent interrogés, et leurs réponses mises au dossier. Personne ne me chargea, tous reconnurent que c'est l'autre qui avait commencé, et que, excédé par son attitude, j'avais vu rouge, et le verre partit presque tout seul.
Le "presque tout seul" ne fut pas satisfaisant pour le tribunal, qui m'infligea une amende de 30 francs (~ 4,5 euros), et une inscription à mon dossier maritime. Cela n'affecta en rien ma carrière maritime, et par la suite, j'évitais de "beuvracher" (boire jusqu'à l'ivresse) avec n'importe qui.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 5 Jan - 23:42

Madagascar, la visite d'un armateur. Joli spectacle

Entre compagnies, il est de bon ton que les dirigeants s'invitent, ou se fassent de petites visites de courtoisies, programmées ou non.
A Tamatave, port tranquille de Madagascar, un jour que le M/S Ventoux faisait escale pour une dizaine de jours, l'armateur d'une autre compagnie, en visite dans l'île, demande à notre Commandant s'il peut visiter notre navire.
Demande accueillie avec enthousiasme et, à l'heure dite, voici notre armateur invité franchissant la coupée de notre cargo.
Dans le même temps, un matelot expliquait à sa ramate comment se servir de la clef de sa cabine, car si elle sortait sans la dite clef, et si la porte se refermait derrière elle, elle serait incapable de rentrer.
Explication réelle à l'appui, il la pria de sortir sans clef, lui resterait à l'intérieur, claquerait la porte, pour bien faire comprendre à la jeune fille ce qu'elle ne devait jamais faire.
Pour la petite histoire, la jeune femme était complètement à poil.
Il n'y avait pas deux secondes que, nue sur le palier, porte fermée, elle se met à tambouriner de toutes ses forces en criant :
-"Ouvre, ouvre vite il y a des messieurs dans la coursive".
Tu parles, en fait de messieurs, ce n'était pas plus que l'armateur invité, le Commandant et son état-major au grand complet offrant une visite guidée à leur hôte, qui, pas du tout gêné par la scène, a simplement eu cette réplique:
-"Joli spectacle Commandant, je vois que vos hommes ne s'ennuient pas".
Jaloux, va !
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 6 Jan - 22:23

C'est ma tournée. Les descentes au bar du bord.

Les pétroliers, surtout les gros, possédaient un bar, avec comptoir, chaises, tables, et même une ardoise au mur pour les payeurs retardataires.
Les pots (anniversaires, offerts par le pacha ou autres) se faisaient au bar bien sûr, mais de plus, chaque soir, une demi-heure avant le dîner, il était accessible, et qui le désirait pouvait y prendre un verre en discutant tranquillement avant de se mettre à table.
Pour ce récit, il y avait un chien à bord, qui faisait totalement partie de l'équipage. Il était inscrit sur le "rôle" (liste officielle de tout l'équipage, présentée à toute autorité la demandant).
Un soir de pot justement offert par le Commandant, avant son arrivée, le novice voulut faire une petite blague. Il disposa sur une assiette, en guise d’amuse-gueule, des vrillons de protection pour colis fragiles, ressemblant parfaitement à des chips.
Le pacha arrive, suivi du chien qui renifle l'assiette de fausses chips, et détourne la tête. Le pacha attiré par les gâteaux d'apéritif en prend un, le porte à sa bouche, croque dedans, et recrache aussitôt la bouchée.
Surveillé par tout le monde qui n'attendait que cela, on se moque de lui. Vexé quelque peu par le gag, il nous lâche :
-"Oui, je sais, je suis plus con que le chien qui, lui, ne s'est pas fait avoir".
-"C'est justement celui qui le dit qui y est"   aurait dit Coluche !
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 6 Jan - 22:26

N'est pas Maître-électricien qui veut

Je n'aime pas particulièrement parler de moi, mais à la demande de nombreux lecteurs du tome un, il m'a été conseillé de me mettre en valeur, ou tout du moins de raconter un petit peu plus ma vie passée à bord de tous ces bateaux.
Les cargos du début de ma carrière maritime ont été bénéfiques, dans le sens qu'ils ont contribué à me perfectionner dans les connaissances en matière d'électricien des gens de mer où, comme je l'explique dès le début de mon premier livre, mon C.A.P. d'État en électricité me permit de pouvoir embarquer sur les bâtiments de la marine marchande et, l'ancienneté aidant, je me sentais de plus en plus à l'aise, dans mon métier d'une part, et dans ma vie de marin d'autre part.
C'est ainsi que, à la compagnie maritime Shell, pour mon premier embarquement, le commandant du navire, appréciant mes qualités de marin et d'électricien, ne jurait que par moi, et voulait me voir à son bord dès qu'il y était lui-même, mais voilà, les officiers supérieurs ont plus de jours de congés que l'équipage, et bien que nous ayons embarqués ensemble, il débarqua bien avant moi.
Mais, c'était sans compter la puissance d'un Commandant qui, bien vu également de son côté par l'armateur de la compagnie, au moment où en fin de congé, devant reprendre son bateau de toujours, à savoir le Magdala, il n'oublia pas de demander le maître-électricien Renard.
Mais Renard, ses congés étant fini bien avant ceux du pacha, se trouvait embarqué sur le M/S Sivella, "petit pétrolier" de trente-deux mille tonnes, du côté du golfe Persique.
Le commandant ne voulut rien savoir, il voulait Renard, il aurait Renard.
C'est ainsi que, en plein Golfe, le radio du Sivella reçut un télégramme où il était question de débarquer le maître-électricien Renard, de lui faire prendre ses congés, et de le ré-embarquer aussitôt sur le Magdala où le Commandant l'attendait avec impatience.
La gloire quoi !
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 7 Jan - 16:37

je viens de tout lire et c'est un régal oui ! tu ne t'ennuyais pas  c'était un bon métier que tu avais mais je pense qu'il fallait être célibataire non !!!!





   
   



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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 7 Jan - 18:26

provence a écrit:
je viens de tout lire et c'est un régal oui ! tu ne t'ennuyais pas  c'était un bon métier que tu avais mais je pense qu'il fallait être célibataire non !!!!


Merci Provence. Eh oui, il fallait être célibataire...
C'est pour cela que je suis parti pour fuir ma première femme et mai 68
La deuxième et actuellement encore ma femme ne s'y était pas trompée, quand elle me dit d'arrêter la marine.
De toute ma vie, ce sont bien sur ces 8 années les plus belles de ma vie...
Grosses bises à toi

bisous
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 7 Jan - 23:15

Nettoyage par le vide. Les pompes (chaussures) à l'eau

Sur l'Isara, pétrolier de trente-deux mille tonnes (un petit, comparé au Léda de deux cent soixante-quinze mille tonnes), les cabines de l'équipage se trouvaient sous le niveau du pont principal. De ce fait, on y accédait de l'intérieur, et les hublots de ces cabines donnaient directement sur la mer. Cet agencement avait des avantages mais également des inconvénients, témoin ce récit.
Un graisseur qui devait débarquer au Havre, après quatre mois de mer, avait demandé au bosco, vers la moitié de son temps à bord, une paire de chaussures (sandales pour la machine, mais qui, neuves, pouvait passer pour correctes).
Il la gardait jalousement, bien rangée dans son emballage, sous sa bannette, à coté d'une tonne de fouillis qu'il se promettait de ranger avant son débarquement.
Justement, deux jours avant le départ, c'est le grand rangement. On ouvre le hublot, et tout ce que l'on ne veut plus, hop, par-dessus bord.
C'est très efficace, mais malheureusement irréversible.
Emporté par l'élan, tout y passe: carton d'emballage vide, canettes vides, vieilles fringues usées, bouquins lus et relus, et... la boîte de chaussures neuves prévues pour le débarquement.
Trop tard, en pleine mer, filant vingt nœuds (trente-huit kilomètres à l'heure), même si le carton flotte un bon moment, qui irait le repêcher ?
Le bosco n'en est pas à une paire de chaussures près, mais voilà, au retour du voyage, son stock est épuisé, plus de sandales. Notre graisseur devra débarquer avec ses anciennes chaussures, usées, percées, sales et pleines de taches de graisse.
Il habitait Marseille, et dut traverser la France en pompes crasseuses.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 7 Jan - 23:19

Passagères en mal d'amour. Les longues traversées solitaires (ou presque)

Un petit retour sur les cargos mixtes si vous le voulez bien.
On appelait cargos mixtes les navires marchands qui, n'ayant pas assez de fret pour rentabiliser le voyage, avaient le droit d'embarquer jusqu'à dix passagers, dans des cabines luxueuses, dignes des plus beaux paquebots de l'époque.
Fin mille neuf cent soixante-dix, ce privilège fut aboli, et seuls les paquebots eurent le droit d'embarquer des passagers.
Pour ma part, j'eus la chance de faire quand même trois bateaux avec des passagers à bord.
Sur l'un deux, une femme seule devait rejoindre son mari ingénieur en informatique parti avant elle quelques mois auparavant. Seulement trois jours après le départ, je remarquais qu'elle regardait les hommes avec insistance. Or, de tout le personnel du bord, j'étais pratiquement le seul, grâce à ma profession, à avoir le droit d'arpenter les coursives des passagers, car des rondes d'éclairage fréquentes m'amenaient souvent dans leur quartier et je ne m'en plaignais pas du reste, car voir de nouvelles têtes de temps en temps n'était pas déplaisant.
Justement, cette femme m'abordait souvent pour discuter de choses et d'autres. Au début, je prenais cela pour une distraction, mais elle me questionnait sans que je m'en rende compte sur ce que je faisais vraiment à bord. Je dus lui dire que mes fonctions m’obligeaient parfois, sur simple demande, de faire tel ou tel travail dans les cabines.
Dès le lendemain, je fus appelé par le maître d'hôtel qui me demanda si je ne pouvais pas me rendre dans la cabine de la passagère, seul, car elle avait besoin de l'électricien pour un dépannage.
Elle avait tout simplement provoqué un court-circuit en introduisant un objet métallique dans une prise de courant, ce qui eut pour cause d'endommager toute son installation électrique.
Je ne fus pas long à m'apercevoir de sa manigance, car elle m'attendait dans un déshabillé très voluptueux, et je découvris, à peine dissimulé, l'outil qui lui servit à provoquer sa "panne".
Satisfaire les passagers était notre priorité, mais si l'armateur avait appris ce que je faisais pendant mon travail sur son bateau, il n'aurait peut-être pas apprécié.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 8 Jan - 23:43

Tu mouilles, donc tu jouis ?. Les apparences sont parfois trompeuses

A Tamatave, il m'est arrivé une histoire assez drôle, et quand même limite à raconter, mais n'atteignant pas le niveau du concours de jet d'olives de mon premier tome, laissez-moi vous la raconter, n'en déplaise à ma correctrice.
Donc, pendant une escale à Tamatave de plusieurs jours, une charmante ramate partageait ma cabine. Jeune, belle, amoureuse et tout ce qu'il fallait. La seule chose à se méfier avec ces jeunes filles, c'est que certaines buvaient. On planquait tous les alcools hors de la cabine, mais dès que l'on revenait pour voir si tout allait bien, il n'était pas rare de les voir ivres. Elles s'attaquaient à l'eau de Cologne, au parfum, et même à l'alcool à quatre-vingt-dix si nous en possédions.
Je ne vous raconte pas les cuites mémorables que certaines prenaient avec ce genre de breuvage.
Un après-midi donc, revenant dans ma cabine pour faire un petit câlin à ma compagne, je n'avais pas mes clefs. Impossible de me faire ouvrir, j'avais beau taper dans la porte, tambouriné même, rien à faire.
Réfléchissant à la situation, je me souvenais avoir caché toutes mes bouteilles d'alcool, et dans l'armoire à pharmacie de la salle-de-bain, rien qui puisse se boire.
Prenant quand même peur pour ma ramate, je fis venir le charpentier qui, en quelques secondes eut tôt fait de m'ouvrir la porte.
Rien de catastrophique, mon cher ange dormait à poings fermés, fatigué sans doute par la nuit précédente trop agitée, car il nous était arrivé une petite anecdote, qui justement pouvait expliquer la fatigue passagère.
La nuit d'avant donc, pour le gros câlin, pendant l'acte, je laissais mes mains se promener sur le corps de ma ramate, et allant un petit peu plus loin dans son intimité, je lui lance :
-«Tu mouilles, donc tu jouis». Elle me répond alors :
-"Non, j'ai mes règles".
Cela m'apprendra à mettre mes mains n'importe où.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 8 Jan - 23:53

Pédérastie à bord

Très peu de souvenirs, pour ce récit parlant de la pédérastie, pourtant sur huit années, dix-sept embarquements, si la "chose " avait été courante, je vous en aurais parlé sans contraintes ni oubli, mais là, même en cherchant bien... Il faut dire aussi que les escales étant fréquentes, nous avions l'occasion de nous "soulager" sans pour cela user de manières contre nature.
La légende veut que certains matelots et novices, soient comme maris et femmes. Sur les bateaux à voiles au temps jadis peut-être, mais de nos jours, je demande à voir.
Voici la seule petite anecdote traitant du sujet, dont je me souvienne.
Sur les premiers bateaux, au début de ma navigation, du temps où le personnel de cuisine n'était pas considéré comme marin à part entière (il ne possédait pas de fascicule des gens de mer, étant considéré comme civil embauché par la marine marchande, nuance !).
Certains civils avaient donc des mœurs à part car, le cuistot et le maître d'hôtel faisait chambre, pardon, cabine commune. Tous les matins, le boulanger venait avec des croissants chauds réveiller le couple, et se mettait au lit avec eux.
Était-ce l'alliance tripartite ?
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MessageSujet: merci Maurice   Sam 9 Jan - 20:54





   
   



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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Sam 9 Jan - 23:48

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Le Figaro. Les bienfaits de l'oignon sur les cheveux

Sur le Léda, dernier bateau de mes huit années de navigation, ma femme se trouvait avec moi.
Ce pétrolier, le plus grand de l'époque, avait des aménagements intérieurs modernes.
L'équipage disposait d'une salle aménagée en salon de coiffure, et chacun y venait de temps en temps se faire couper les cheveux.
Il n'y avait pas de coiffeur attitré, cela se passait entre nous, les plus doués au maniement de la tondeuse et des ciseaux coupaient les cheveux des collègues qui, à leurs tours, confiaient leur chevelure aux autres.
Ces autres, beaucoup moins habiles, faisaient ce qu'ils pouvaient, et cela me rappelle une anecdote assez plaisante.
Un matin donc, un graisseur demande à un autre de lui couper les cheveux. On ne peut pas dire que le travail était mal fait, mais, dans le cou, il y avait ce que l'on appelle des manques, des coups de tondeuse maladroits qui laissaient apercevoir le cuir chevelu.
Le midi, à l'heure du repas, alors que tout le personnel arrivait petit à petit et prenait place, notre graisseur malheureux avec sa coupe ratée se faisait moquer de lui à chaque table, dès qu'il s'asseyait.
Vexé, ne sachant plus où se mettre, il avise notre table, et s'approchant confiant, s'installe tranquillement.
Tous les regards des autres se portèrent sur nous, étonnés que nous n'ayons pas encore manifesté notre hilarité pour ce collègue mais, c'était mal nous connaître car, alors que notre invité tout content de ne pas se faire blaguer se préparait un plat d'entrée avec beaucoup d'oignons, ma femme eut pour ce malheureux une phrase qui fit rigoler toute l'assistance :
-"Vous avez raison de manger de l'oignon, cela aide à la repousse des cheveux ".
 Il nous fit la tête tout le restant du voyage.

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Sam 9 Jan - 23:52

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La colle miracle. Colle tout, même les dents

Je ne sais plus à quel âge mes deux dents de devant furent arrachées et remplacées par des dents sur pivots, mais toujours est-il qu'un jour, du coté du golfe Persique, en plein repas, une des deux plaquettes tomba dans mon assiette.
Que faire? prendre le téléphone et demander rendez-vous avec son dentiste ! très drôle. Le prochain port était Le Cap, en Afrique du Sud, une petite semaine de mer, car nous venions juste de quitter le dernier port du Golfe. De sentir une dent de moins dans sa bouche faisait un drôle d'effet.
A la guerre comme à la guerre, se débrouiller avec les moyens du bord ne pouvait pas mieux s'appliquer qu'à ce moment précis. On allait voir ce qu'on allait voir, il ne sera pas dit que je n'aurai rien fait pour me sortir de cet embarras facial.
Nous avons un peu de tout et de tout un peu dans les ateliers, je trouverai bien quelque chose. En effet, mes yeux sont attirés par un tube de colle, deux plus exactement, une colle extraordinaire à en croire la notice, "colle tout sauf le nez". Pas de contre-indications pour les dents, voilà donc ce qu'il me fallait.
Une plaque de verre pour la préparation, un petit peu de produit du tube "A", que Ton mélange avec la même quantité du tube "B", on malaxe bien, et c'est prêt.
Une couche sur ma dent sur pivot, une autre sur la plaquette, on attend dix secondes et on assemble le tout en appuyant fortement. Je me croyais tranquille pour la fin du voyage, mais c'était sans compter sur les molécules chimiques du produit.
Dès le lendemain matin, impossible d'ouvrir la bouche, une paralysie m'en empêchait. Ajoutez à cela des douleurs atroces, des élancements dans la mâchoire qui me rendaient presque fou.
Il me fallut attendre quatre jours avant l'escale du Cap pour courir chez le dentiste. Seul le sirop de morphine calmait ma douleur, et me permettait d'assurer tant bien que mal mon service.
L'arracheur de dents fut surpris d'un tel patient dans son cabinet et tenta de m'expliquer que c'était bien la première fois qu'il voyait un cas semblable de toute sa carrière. J'avais apporté la notice du produit néfaste, cela aida mon sauveur qui me fit une piqûre calmant très rapidement la douleur que je ne pouvais plus supporter.
Ensuite, avec son assistante, il eut toutes les peines du monde pour enlever la colle devenue du béton.
Je suis reparti de chez lui avec la pose de ma plaquette effectuée dans les règles de l'art et une bonne engueulade que j'acceptais, trop content de ne plus souffrir.
Trente ans plus tard, le travail tient toujours, mais je ne fais pas visiter.

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 10 Jan - 19:07

La lettre oubliée. Sortie nocturne non programmée

Sur le M /S Tigre, dans un petit port soi-disant tranquille d'Italie, une escale de mazoutage* nous oblige à y passer une nuit.
Chaque membre de l'équipage a sa fonction propre. Le mazoutage concerne les matelots et leur bosco, ainsi que l'officier de garde pour cette nuit précise. Tout le reste de l'équipage non requis par la manœuvre après son temps de travail journalier est entièrement libre et peut descendre à terre s'il en a envie.
Ce fut mon cas. Une lettre écrite en mer, qui sans cette escale aurait attendu officiellement sa saisie au prochain port afin d'y être acheminée avec toutes les autres pouvait prétendre, si je la postais ce soir, arriver bien avant toutes les autres à destination.
Le dîner terminé, me voici à terre juste poster cette fameuse lettre, et après, c'est juré, on rentre.
Dans tous ces petits ports, la ville n'est pas trop éloignée, ce serait bien curieux de ne pas trouver une boîte aux lettres rapidement.
En apercevant une au loin, de l'autre côté de la place, je m'y rends. Une bande de marins en sens inverse me croise et retourne au port. Ils ne sont pas de mon bord, mais j'en reconnais quelques-uns. L'un deux me remarque aussi.
-"Mais c'est Maurice, le Maître électricien des Messageries Maritimes, que fais-tu ici  vieille branche ?"
-"Tiens, Marcel, le graisseur de la Havraise, j'avais vu en effet un bateau de ta compagnie pas loin du mien sans savoir que tu pouvais être à bord".

Mes débuts dans la Marine Marchande se firent à la N.C.H.P. (nous prononcions neuchap), Nouvelle Compagnie Havraise Péninsulaire, et je m'y étais fait de bons copains, comme Marcel, ce graisseur.
De tous nos temps de navigation passés ensemble jadis, que de bons souvenirs, et je le retrouvais là ce soir, quelle chance.
Eux aussi avaient fait une courte escale de mazoutage, mais étant arrivés quelques heures avant nous, certains revenaient de terre comme Marcel et ses copains.
Plus question de se quitter, tous se mirent d'accord pour remettre ça comme on disait, fêter les retrouvailles. Et nous voici repartis en ville.
De boîtes en boîtes, de bars en bars, les retrouvailles furent excellentes, et ce n'est qu'au petit matin que je rentrai à bord, juste à temps pour la manœuvre de départ et, me changeant pour mettre ma tenue de travail, la fameuse lettre tomba par terre...
En fait d'avance, elle rejoignit les autres.
Boire ou poster son courrier, il faut choisir.
 
*Mazoutage : Faire le plein de carburant du navire en vue d'un long voyage sans escale prévue.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 10 Jan - 19:12

Mauvais calcul. La chaudière-fusée

Sur les petits* pétroliers de trente-trois mille tonnes, la séquence automatique de nettoyage des brûleurs de la chaudière n'existe pas. Il faut de temps en temps faire un décrassage manuel à l'aide de décapants industriels se présentant sous la forme de tablettes que l'on jette par un orifice spécial, ce qui a pour effet de provoquer une chauffe ponctuelle intense qui brûle en quelques minutes les résidus de suie indésirables.
Le produit est dangereux, il faut le manipuler avec d'infinies précautions, et surtout, ne jamais dépasser le dosage calculé une fois pour toutes suivant les dimensions de la chaudière.
Un jour, un graisseur plus malin que les autres voulut expérimenter le produit sur la chaudière de son pavillon.
Calculant, à grand renfort d'opérations, le dosage nécessaire :
-"La chaudière du bord fait douze mètres de haut, sut huit mètres au carré, soit sept-cent soixante huit mètres cubes de volume, il faut dix tablettes de décapant à chaque fois, soit une capsule pour soixante seize mètres cubes, ma chaudière fait sept mètres cubes, donc un dixième de cachet suffira pour nettoyer le foyer ".
Heureux de sa trouvaille, il envoya quelques pastilles miracle à sa femme, lui expliquant comment s'en servir. Comme cela, pour mes prochains congés, racontait-il à tous ceux qui voulaient bien l'entendre, ma chaudière sera rutilante de propreté, pour presque rien, alors qu'avant, c'était tout un problème pour la faire nettoyer.
Les calculs devaient être faux ou l'épouse se sut pas déchiffrer la notice explicative accompagnant le produit, toujours est-il que seulement quelques jours après que, d'un port où notre marin avait envoyé le paquet, le radio reçut un télégramme urgent, disant que le pavillon de notre marin avait quasiment été soufflé par l'explosion de la chaudière, sans toutefois faire de victimes.
Aux dernières nouvelles, ce couple n'est pas séparé, mais gageons que notre homme s'y reprendra à deux fois avant de jouer au petit chimiste.
*Dans les années soixante les 32000 tonnes étaient les plus gros de l'époque. En seulement dix ans, le tonnage a été multiplié par dix et plus, car en fin de carrière, le "Batilus " pouvait transporter 540000 tonnes.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 11 Jan - 19:02

Vous avez des difficultés ? Voyage en avion avec mon épouse

Un embarquement classique, sans histoire, où depuis Roissy nous avions pris l'avion ma femme et moi pour le golfe Persique.
Je devais rejoindre Koweït, en Arabie Saoudite, pour embarquer sur le Léda (le plus gros pétrolier de l'époque, c'était le dernier voyage de mes huit années de Marine Marchande).
Nous avions rendez-vous à l'agence de la Shell rue de Berri à Paris où un autocar nous attendait. Une vingtaine de personnes faisait partie de l'expédition de relève d'équipage.
Tout se passa parfaitement bien, une escale était prévue à Karachi au Pakistan, sur le Golfe d'Oman. Qui dit escale dit transit, et dès qu'il y a transit, on nous donne des fiches à remplir pour le ré-embarquement.
Assis à côté de nous, un passager rejoignant son pays d'Asie ne pipait mot, ignorant sans doute la langue française.
Au moment où on nous remit les feuilles de transit, je fus pris d'un doute. Je n'avais pas sur moi les clefs des valises que ma femme et moi avions pour notre embarquement. Demandant à mon épouse si ce n'était pas elle qui, par hasard les avait sur elle, elle me répondit négativement, pensant de son coté que je les possédais. Je les avais tout simplement oubliées au porte-clefs de la voiture, dans le garage, à La Ferté-St-Aubin.
Je n'étais pas fier, car à l'arrivée, je devais obligatoirement me présenter à la douane, pour une fouille complète, comment la police allait-t-elle prendre cela ? Du coup, mon épouse énervée me passa un savon terrible, où il était question de ne pas avoir de cervelle quand on mesure près de deux mètres, qu'elle n'avait jamais vu une andouille pareille, j'en passe et des meilleures. Notre voisin ne semblait pas s'intéresser à l'engueulade que je prenais. La colère de mon épouse passée, il fallait remplir malgré tout les feuilles de transit, imprimées en arabe, et en anglais. Pas de Français, ce qui ne nous arrangeait pas, car ni l'un ni l'autre ne comprenait la langue de Shakespeare.Tant bien que mal, nous nous efforcions de remplir ces maudites feuilles, en hésitant à chaque ligne.
A ce moment là, notre voisin complaisant nous lâcha :
-" Vous avez des difficultés ?, je parle très bien le Français, et je peux vous aider si vous le voulez bien".
Le traître, lui qui ne bougea pas d'un cil quand je me faisais traiter de tous les noms, il devait rigoler intérieurement de me voir en si mauvaise posture.
 Il nous aida donc fort gentiment. Le reste du voyage se passa sans autre incident. A l'arrivée, notre voisin nous conseilla de le suivre, il avisa une femme douanière, lui expliqua la situation du manque de clefs. Elle écouta son compatriote en souriant et ne nous fit aucune histoire. Elle nous ordonna par contre de ne pas la quitter, lançant de temps en temps quelques mots à ses collègues, qui voulaient sans doute connaître la raison de ce passe-droit, mais personne ne nous embêta, et c'est avec un grand soulagement que nous franchîmes la porte de sortie de l'aéroport où tout le monde enfin regroupé attendait le minibus qui devait nous conduire au port.
Une fois à bord, la première chose que je fis, fut de télégraphier à mes parents, pour qu'ils m'envoient d'urgence les fameuses maudites clefs, et les valises furent ouvertes... par les charnières, car en attendant, il fallait bien que l’on se change.
Lorsque l'on repense à cette anecdote ma femme et moi, on en rigole, mais sur le moment, je n’étais pas fier.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 11 Jan - 19:07

Marche à l'ombre. M'en fous la mort

Rio de Janeiro, la plus belle baie du monde que surplombe le pain de sucre, célèbre colline connue du monde entier (en plus de son aussi célèbre carnaval).
Un jour, mes voyages autour du monde m'amenèrent dans cette ville pour débarquer, mon temps de navigation étant atteint. Du port à l'aéroport, il y avait bien une petite heure de route, et comme nous n'étions que quatre à débarquer, un minibus n'étant pas nécessaire, l'agent de la compagnie nous avait commandé un taxi.
Quelle course, j'en tremble encore, le Radio, aussi du voyage, voulait descendre en marche, tant la trouille le tenait.
Un fou, le chauffeur était un fou, une conduite comme cela en France, on vous retirait le permis à vie, avec de l'emprisonnement, lisez plutôt :
Notre débarquement se trouvait en plein mois d'août, une chaleur suffocante, et surtout un soleil de plomb. Notre chauffeur, peut-être d'une part pour nous rappeler que dans son pays des as du volant ont vu le jour, mais surtout d'autre part parce qu'il craignait le soleil, roulait à l'ombre, sans se soucier du code de la route. Bien sûr, quand une voiture arrivait en sens inverse, en plein sur nous en klaxonnant (car elle se trouvait, elle, du bon sens), il se rabattait, mais dès que la voie était libre, hop, à l'ombre, jusqu'à la prochaine voiture, et on recommence, tout le voyage comme cela.
Pénible, très pénible, on se demande ce que l'on a fait au bon Dieu pour mourir si jeune, on hurle les premiers temps, puis on s'y fait, sauf le Radio, qui lui, voulait descendre et continuer à pied.
On s'y faisait tellement que vers la fin, dès qu'une voiture arrivait en sens inverse, à la seconde où le chauffeur l'évitait de justesse, tout le monde en cœur criait : -"Ollé! On devenait aussi fou que le conducteur, mais que faire d'autre? Lui chantait à tue-tête, peut-être pour se donner du courage?, allez savoir.
Le Christ sur son rocher protégeant la ville, dut se retourner sur nous et avoir une douce pensée pour ces étrangers apeurés, car il décida de ne pas nous faire monter au ciel ce jour-là.
Sois-en aujourd'hui remercié


Dernière édition par maurice renard le Sam 30 Jan - 12:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 12 Jan - 12:29

Ne raccroche pas, c'est gratuit. L'agence rancunière

De tout mon temps de navigation, je n'avais que des louanges à faire des agences de la compagnie qui, soit nous prenait en charge pour nous emmener à bord, soit nous dégottait un hôtel restaurant de luxe au bout du monde pour que nous attendions tranquillement l'arrivée de notre bateau, afin d'en assurer la relève.
Pour ce récit, la renommée des agences en prend un sacré coup, mais que justice leur soit rendue, beaucoup d'autres auraient certainement fait de même.
Nous étions embarqués ma femme et moi sur l'Isara, à Port-de-Bouc, près de Marseille. Arrivés tôt le matin, nous ne devions en repartir que le lendemain soir, car il y avait quelques petites réparations à faire, et tous les vivres à charger pour quatre mois, le bateau revenait du golfe Persique, les soutes de vivres complètement vides.
La femme du Chef mécanicien avait également embarqué comme nous dans la matinée, mais peu habituée de monter à bord par une échelle de corde (notre place à quai n'étant pas disponible, il nous fallut attendre quelques heures en pleine mer, face au port). Elle faillit se casser la cheville en sautant de la vedette au pétrolier, sur l'échelle de corde. Son mari, assistant impuissant à la manœuvre depuis la passerelle, s'en était pris assez violemment au pilote de la vedette, le jugeant responsable, et l'agent de la compagnie, présent également, voulant défendre son compatriote, en prit aussi pour son grade.
Des méditerranéens, se faire engueuler par un breton, tout gradé soit-il, ils ne l'acceptèrent pas, et jurèrent de se venger à la première occasion.
L'occasion en question ne se fit pas attendre longtemps. Le bateau, un "petit" de trente-deux mille tonnes, n'était pas équipé comme les gros d'une installation téléphonique, avec cabine à disposition de l'équipage. Dès que quelqu'un du bord voulait appeler chez lui, il devait se rendre dans les bureaux de l'agence et téléphoner gratuitement, la compagnie réglait par la suite tous ces petits frais.
C'est ce que fit un marin breton. Habitué à la gratuité du service, il resta un bon moment en ligne avec sa femme à l'autre bout de la France. Au moment de quitter les bureaux, il se fit rappeler par le responsable de l'agence qui, prétextant de nouvelles consignes de la compagnie, était obligé de lui faire payer la communication. Le matelot, écœuré, dut débourser une coquette somme pour l'époque. Je passais juste derrière lui, pour prévenir la maman de mon épouse que sa fille était bien installée à bord, et que tout allait bien pour nous. Je m'attendais à la "douloureuse" également, mais ô surprise, lorsque l'agent, constatant que ce n'était pas la Bretagne, mais le Centre que j'avais appelé, ne me fit rien payer,
Le marin breton, toujours en train de râler dans les couloirs sur sa note qu'il n'avait toujours pas digérée, me regardait de travers, mais je n'allais pas payer de force quelque chose que l'on ne me réclamait pas, par sympathie pour un collègue.
L'histoire ne s'arrête pas là. Le soir même, à bord pour l'heure du dîner, notre marin veut s'asseoir à notre table, je l'invite volontiers en lui précisant :
-« Tu peux t'asseoir, ici c'est gratuit ! »
Il ne me parla plus jamais de tout le voyage.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 12 Jan - 12:44

Les grandes manœuvres. Le don d'ubiquité *

Lorsque les grands travaux de réparation se passaient à Madagascar, plus exactement dans la base militaire de Diégo-Suarez, il n'était pas rare que le bord recrute des hommes à tout faire, dans la gent masculine civile, en plus des ouvriers de l'arsenal.
Par économie de frais de prise en charge et de devis de travaux, la compagnie attendait parfois d'avoir deux bateaux à quai en même temps.
Ces hommes, employés pour quelques jours, se présentaient une fois pour toutes, à l'embauche le premier jour.
L'appel se faisait uniquement le matin, pendant la première heure de travail.
Des petits malins couraient chaque matin sur le premier bateau, en redescendaient quelques temps après pour se faire embaucher sur le deuxième bateau.
Cela leur donnait deux privilèges: chaque soir, ils recevaient une paie de chaque navire, et en plus, chaque midi un double repas s'ils réussissaient à avaler le premier et se dépêcher de prendre la queue avant la fin du service de popote sur l'autre chantier.
La paie n'était pas bien grosse pour l'époque, chaque soir, chacun recevait cinq cents francs malgache (cinq francs des années 80, à peine 1 euro), et un paquet de cigarettes.
Toujours le même repas chaque midi: un bol de riz et un poisson frit.
Le chef cuistot était chinois, il faisait la navette sur les deux bords pour cuire son riz et préparer ses poissons. Les repas étaient servis par l'encadrement des ouvriers de l'arsenal qui, voyant certainement deux fois les mêmes têtes, se gardaient bien de les dénoncer, trop contents de voir des petits malins compatriotes ruser les riches Français.
Un petit détail qui a de l'importance pour la renommée Malgache, je me souviens du cuisinier qui disait à qui voulait bien l'entendre que le riz de Chine était très bon, mais qu'il reconnaissait la supériorité du riz de Madagascar.
Au moins, celui-là n'était pas chauvin.
* Ubiquité: Présence en plusieurs endroits a la fois.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 13 Jan - 12:32

La course mouvementée. Le pousse-pousse de compétition

A Madagascar, dans les années soixante, il y avait un moyen de locomotion pratique, pas cher et malgré tout assez rapide: le pousse-pousse.
Une remorque ou pouvait prendre place deux personnes. Quelquefois elle était surmontée d'une capote, certaines étaient attelées à une bicyclette, mais la plupart étaient tirées par un homme, par la force des bras.
Souvent, du port pour aller en ville, j'en prenais un, et il n'était pas rare qu'au retour, je revienne accompagné galamment.
Au début, j'avais un peu honte d'emprunter ce genre de locomotion, mais les ramâtes (jeunes femmes malgaches) nous assuraient que ce n'était pas du tout frustrant pour le pousseur, qu'il avait choisi ce métier, et qu'il avait l'habitude.
D'ailleurs, tous faisaient partie d'une compagnie qui leur laissait le pousse-pousse en gage et seule l'assurance de plusieurs courses par jour leur permettait de gagner assez bien leur vie.
Une fois, quand même, au retour, prenant pitié de mon chauffeur, je descendais de l'engin, pour soulager la charge, mais n'osant pas avouer que cela le vexait, il regardait autour de lui pour voir si des collègues ne le regardaient pas. Ma compagne m'expliqua alors que le fait de descendre pour qu'il ait moins de charge à tirer était pour eux une insulte car, aux yeux de ses collègues, cela voulait dire qu'il n'était plus bon à rien.
Mais, venons en si vous le voulez bien au titre de cette histoire. Maintenant que vous en savez autant que moi sur ce moyen de locomotion.
Un soir de sortie en ville, je rentrais à bord. Un collègue du bateau m'accompagnait. Prenant donc pour rentrer ce moyen de transport, il nous vint l'idée de faire plaisir à notre chauffeur et, le mettant presque de force dans la charrette, c'est le copain et moi qui prirent les commandes, et à toute vitesse dans les rues de Tamatave, nous sommes rentrés au port. Le pauvre homme croyant sa fin arrivée se cramponnait aux ridelles et n'osait pas nous avouer qu'il avait eu ce jour-là la plus belle peur de sa vie.
Nous, bons princes, à la fin de la promenade mouvementée, libérant notre otage vert de peur, on se devait, pour se faire pardonner de lui offrir un prix de course plusieurs fois supérieur à ce qu'il aurait demandé.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mer 13 Jan - 12:48

L'achat d'un tapis. Dis-moi où tu habites.
.
Dans les souks du golfe Persique, il fallait que je revienne avec quelque chose d'original, un objet souvenir qui, toute ma vie en le contemplant me rappellerait mes virées lointaines du bout du monde.
Mais que choisir ? J'errais dans les étals des marchands, ne sachant que prendre, toutes ces choses déballées étaient plus belles les unes que les autres, je ne savais arrêter mon choix.
Un vendeur, sans doute attiré par mon embarras voulut bien me servir de guide dans cette caverne d'Ali Baba. A chaque arrêt devant une merveille, il me décrivait l'objet, en vantant la qualité ou la finition parfaite.
Je jetais mon dévolu au rayon des tapis, et m'y attardais. Mon guide toujours près de moi inlassablement débitait son flot de paroles pour m'aider à choisir celui que j'emporterais pour toujours,
II y avait bien une petite heure qu'il m'aidait dans mes recherches. Il parlait très bien le français car, me dit-il, il passa quelque temps en France pour faire des études de commerce (je le sentais très doué en effet).
-"Du fait de mon séjour en France dans votre beau pays, nous sommes un peu pays", me lança-t-il au bout d'un moment.
Je ne voulais pas le froisser, ni le vexer profondément, il avait été un guide parfait, un conseil très éclairé, car j'avais enfin et grâce à lui trouvé le tapis de mes rêves qui, trente ans après orne toujours mon salon de sa présence.
Il fallait par contre que je réponde à cet individu pour lui faire comprendre qu'il ne mélange pas amitié et tourisme.
-" Peut-être ‘pays', mais ta tribu est plus au sud que la mienne !”
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 14 Jan - 19:45

Le facteur ne sonne jamais sur un bateau

Ce récit, pour tous ceux qui se demandent comment les nouvelles étaient reçues à bord, comment nous écrivions à nos proches.
En effet, dans les années soixante, pas de portable, de satellite ou d'autres moyens sophistiqués pour joindre la famille au bout du monde. Les urgences étaient transmise par radio par contre.
A bord, dans la coursive principale, se trouvait une immense boîte aux lettres pour que chacun, du mousse au Commandant puisse y glisser sa missive dès que l'envie lui prenait d'écrire à sa famille ou à ses proches. Cette boite n'était vidée qu'à chaque escale par le lieutenant-pont désigné pour ce travail. Le tout était remis à l'agent de la compagnie qui se chargeait de le faire parvenir. Il lui remettait en échange le sac de lettres qu'il avait reçu pour l'équipage.
Chaque marin quittant la France savait la destination du navire et prévenait la famille pour dire sans trop de certitudes que, vers telle date, il pourrait être dans tel port. Mais tout ceci sans aucune précision, ce qui fait que, quelquefois, à une journée près, on manquait le courrier qui ne devait arriver que le lendemain. Il nous fallait attendre alors la prochaine escale pour avoir le courrier parti de France un ou deux mois avant.
Les nouvelles graves, urgentes, officielles étaient transmises par Saint-Liz-radio*, seul lien entre le bord et la terre. Seuls les vieux marins connaissant bien la ligne, le nombre de jours de traversées de tel à tel port, risquaient de se faire envoyer leur courrier directement à bord, sinon le plus sûr était de dire à la famille qu'elle expédie le courrier à la compagnie en France, qui elle, se chargeait de nous réexpédier les lettres en même temps que le courrier de la compagnie.
Une petite anecdote au sujet de cet acheminement très lent de nos écrits entre proches parents.
Un jeune novice-pont est embarqué pour son premier voyage au long- court, au port du Havre. Nous partons directement pour Tahiti livrer entre autres une cargaison de chaussures que nous avions été chargé en Italie, quelques jours auparavant. La traversée dure environ trente jours, d'une seule traite. Par hasard, la veille d'arrivée à Papeete, le nono se trouve dans la coursive en même temps que le lieutenant qui vient ramasser le courrier pour l'acheminer.
Il assiste au vidage de la boîte, et tout surpris, dit à l'officier :
-"Cela ne m'étonne pas que ma mère ne m'ait pas encore répondu, toutes mes lettres sont restées la !".
Pauvre petit, il n'avait pas tout compris!
 
*Saint-Lis radio : Station radio reliant tous les navires en mer dans le monde entier, avec communication aussi bien en phonie qu'en graphie (morse).
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Jeu 14 Jan - 19:48

La planche savonneuse. Un passager nous quitte

Du temps des cargos mixtes, il nous est arrivé une bien triste aventure.
Un brave grand-père, alerte, et apparemment en bonne santé, embarque à la Pointe des galets, à la Réunion. Il était venu trois mois plus tôt de France faire un voyage dans les îles de l'océan indien.
Sans doute après avoir tout visité ce pourquoi il était venu, ou ne possédant plus d'argent pour prolonger son périple, il décide de revenir en France, et embarque donc sur le "Ville de Rouen", cargo mixte, avec d'autres passagers. Le retour dure environ trente jours. Il n'y avait pas huit jours que nous naviguions vers le Havre, que notre papy tombe malade.
Heureusement pour le Commandant, parmi les passagers civils, un médecin généraliste est du voyage. Il ausculte le malade, et diagnostique une méningite foudroyante.
Rien à faire, même une demande urgente de secours n'aurait pas sauvé notre homme, en quelques heures il décède dans les bras du docteur.
Le Commandant demande des consignes par Senlis-radio pour savoir ce que l'on fait de ce passager encombrant. Pendant quinze jours, les autorités à terre concernées font des recherches pour retrouver une éventuelle famille réclamant le cadavre, sans résultats.
Notre papy globe-trotter semble être seul au monde, ou personne ne veut de lui. L'arrivée au Havre est dans moins de dix jours, et toujours rien. Personne à terre ne veut prendre la responsabilité de récupérer le défunt.
Ordre fut donc donné au Commandant du bateau,... de mouiller le corps, ressortant ainsi une coutume très ancienne déclarant qu'un individu décédé en pleine mer sans que quiconque ne revendique le mort, est la propriété de l'armateur qui décide d'en faire ce que sa conscience lui conseille, à savoir dans ce cas précis, l'abandon en mer, en accord avec les autorités compétentes bien entendu.
Le bosco (Maître d'équipage) fabriqua d'urgence une coupée verticale (planche solide, amarrée sur le bastingage du navire) et en présence de toutes les personnes du bord, le cercueil où notre sans-famille reposait fut lentement glissé à l'eau par le Commandant seule personne habilitée pour faire ce lugubre travail.
Ayant assisté à la cérémonie, trente ans après, j'en ai encore la chair de poule.
Paix à son âme.
N'oublions pas que nous sommes dans les années 60. Les lois et procédures de ce genre ont dû changer.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 15 Jan - 19:33

Chacun son tour. Comme à confesse

Les  escales  sur  l'île  de  la  Réunion étaient  aussi  chaudes  que  celles  de Madagascar, témoin ce récit.
Amarré pour plusieurs jours à La Pointe des Galets, tous les soirs, on se retrouvait à terre/ soit chez la mère Paula, soit chez Madame Sylvain*. Deux bars où il faisait bon entrer boire quelques verres, car l'ambiance était assurée le jour et même la nuit.
Justement, après plusieurs soirées dans l'un ou l'autre bar, j'avais remarqué une jeune Réunionnaise qui, chaque soir, emmenait chez elle un marin.
Sa méthode de recrutement m'échappait quelque peu dans les débuts, mais avec un petit peu de jugeote, j'avais fini par percer son mystère, et ô joie, je me trouvais prochainement sélectionné à mon tour.
Mais voilà, le fameux soir où je devais finir la nuit avec cette charmante jeune femme, trop content, je dus forcer un peu trop sur le punch, pour avant coup fêter l'événement, tant et si bien que, au moment fatidique, soûl comme un cochon, elle passa dédaigneuse devant moi, et, sous mes yeux, partit au bras de celui qui, seulement demain, devait me remplacer.
Comme le surlendemain nous devions quitter le port, je me retrouvais marron.
Une chute toute trouvée pour ce récit :
-" Boire ou b..., il faut choisir «.
* La pauvre Madame Sylvain nous quitta prématurément. Lors d'une opération d'un cancer du sein, elle mourut sur la table d'opération.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Ven 15 Jan - 19:40

Le cimetière des bateaux. La fourmilière humaine

Tout comme le cimetière des éléphants existe en Afrique, à Singapour existait le cimetière des bateaux.
En France, après dix années de service, ou moins, si le service adéquat surveillant la vie des bateaux jugeait ceux-ci inaptes à la navigation, interdiction absolue de les remettre en circulation. Ces bâtiments étaient alors vendus à des ferrailleurs.
Malheureusement, d'autres pays que la France, ayant des consignes moins strictes, repartaient avec des cargos usés, déclassés, interdits de re-naviguer. Si l'armateur de ces épaves trouvait des individus assez fous pour constituer un équipage et repartir en mer, pratiquement personne ne pouvait les en empêcher.
De grosses enveloppes de pot-de-vin judicieusement distribuées aidaient beaucoup aussi à l'autorisation nécessaire.
C'est ainsi par contre, que l’on voyait quelquefois ces bateaux faire naufrage, ou pire encore occasionner des marées noires, faute de gens compétents à bord, ou de réparations sommaires voire inexistantes.
Mais revenons à nos bateaux français, rayés des listes et vendus légalement à des professionnels.
Une fois, je fus embarqué au Havre, pour emmener à son dernier voyage, à Singapour, un cargo des Messageries Maritimes qu'une société de récupération avait acheté au prix de la ferraille.
Le pilote le fit amarrer à un quai spécial, et les nouveaux propriétaires en prirent possession.
Chaque membre de l'équipage fut autorisé à débarquer avec cinquante kilos de choses diverses, pouvant évidemment être embarquées dans l'avion de retour. Il était bien sûr hors de question de se mettre à quatre ou cinq, et de ramener une chaloupe de sauvetage par exemple.
Pour ma part, je débarquais cinquante kilos de matériel électrique divers, ainsi que des outils. Encore maintenant, je travaille avec des outils marqués "E" comme électricien, qui était le moyen à bord de ne pas se mélanger avec le matériel des graisseurs, qui lui, était frappé de la lettre "M" comme machine.
Notre retour en France n'était prévu que dans plusieurs jours, nous devions en effet attendre un équipage qui, ayant effectué son temps légal de navigation, profiterait de notre avion.
Dans un premier temps, une équipe de femmes, enfants et jeunes gens s'affairaient à bord, pour démonter et descendre dans des camions, tout ce qui n'était pas ferraille: Lits, armoires, vaisselles, couverts, glaces, matériel de cuisine, boiseries diverses.
Une équipe de plusieurs dizaines de personnes, une vraie fourmilière humaine. Pas de pause, ou alors ils se relayaient sans que l’on ne les voit tellement ils étaient rapides.
Le manège ne dura que quelques jours. Quand un responsable monta à bord et estima que, effectivement, il ne restait plus que de la ferraille, alors entrèrent en scène les hommes qui, avec des groupes à acétylène commencèrent à découper le bateau en morceaux.
Un va-et-vient de camions tournait sans cesse, chargés de morceaux de tôle encore fumante. Un remorqueur poussait la carcasse sur l'avant du quai, chaque fois que les déssoudeurs le demandaient, pour faciliter le travail.
La découpe était calculée judicieusement à hauteur de la ligne de flottaison, pour ne pas que l'ensemble coule. En fin de chantier, il ne restait plus que la coque qu'une grue souleva des eaux pour que l’on puisse en toute tranquillité la tronçonner également, comme le reste.
Depuis l'instant où l'équipage quitta le bord avec ses bagages, et le moment où le dernier morceau de tôle fut chargé dans le camion, seulement deux petites semaines s'écoulèrent.
Un vrai travail de fourmi, jour et nuit, sans aucune seconde d'arrêt, les trente mille tonnes de ferraille furent débitées en morceaux de moins d'un mètre carré.
En Europe, ce même chantier aurait demandé des mois et des mois de travail, alors qu'ici, seule la nombreuse main-d'œuvre payée une misère assura la bonne marche de l'exécution de la tâche.
De mes dix-sept embarquements, ce fut la seule fois où je suivis un bâtiment naval jusqu'à ses derniers instants.
J'en garde un souvenir inoubliable.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Sam 16 Jan - 20:06

Les drags Queens avant la mode. Jeux innocents

En tant que Maître-électricien, j'avais tout le temps besoin de chiffons propres pour visiter mes moteurs, nettoyer mes armoires électriques ou autres.
Une des premières choses que je faisais en montant à bord, était de demander au maître d'hôtel de vieux draps, que je coupais en une vingtaine de petits chiffons blancs.
Mais le stock s'épuisait vite, les graisseurs en consommaient aussi, sans compter les officiers-machine qui arboraient tous dans la poche arrière de leur bleu de chauffe, l'éternel chiffon blanc, qui servait à caler la lampe torche.
De temps en temps, nous étions obligés, en même temps que des commandes de vivres, de nous approvisionner en ballots de chiffons.
Suivant le lieu de provenance, ces ballots contenaient différentes choses, que nous devions trier pour obtenir ce qui nous semblait le mieux approprié pour notre usage.
Les meilleurs pour moi étaient ceux que nous recevions du Japon, car presque tout le stock était constitué de cotons des plus solides, mais surtout d'effets divers: jupes, robes, kimonos, vestes, costumes trois pièces.
Une fois que nous avions sélectionné les bonnes choses pour l'usage initial, il nous restait quantité de vieilles fringues que l'on mettait de côté, pour... se déguiser, faire les fous avec la gente féminine des différents ports.
Notre imagination débordante n'avait pas de limite. Nous inversions les rôles à savoir: les filles étaient affublées de vêtements d'homme, tandis que nous, les mâles, on s'efforçait d'enfiler des robes, des jupes beaucoup trop petites pour nous.
Imaginez amis lecteurs, votre serviteur: cent kilos à l'époque, un mètre quatre-vingt-douze, en robe décolletée, hauts talons et faux seins.
Défense de rire.
On s'amuse comme on peut.


Dernière édition par maurice renard le Sam 16 Jan - 21:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Sam 16 Jan - 20:15

Aucune place de perdue. Le bulbe sur les gros

Les pétroliers de moins de cent mille tonnes de tonnage qui, au maximum de leur vitesse, atteignaient tout juste vingt nœuds (un petit peu moins de quarante kilomètres à l'heure), avaient l'étrave avant en pointe, pour fendre le sillage.
Avec les plus de cent mille tonnes, qui pouvaient atteindre des vitesses de vingt-cinq nœuds et même plus, on s'est aperçu que cette étrave pointue, plutôt que de faciliter la glisse de l'ensemble, le freinait.
On du alors pallier cet inconvénient en rajoutant sur l'avant un bulbe, sorte de gros nez énorme, disgracieux mais ô combien efficace qui, cassant la vague de devant du bateau, lui permettait de gagner un nœud, avantage énorme aux yeux des compagnies qui n'hésitèrent pas à envoyer tous leurs bâtiments non munis de ce dispositif se le faire ajouter.
Comme aucune place ne se perd en bateau, cette superficie creuse, rajoutée de plusieurs mètres cubes était utilisée comme soute auxiliaire qui pouvait: soit contenir des produits inflammables que l'on transportait de temps en temps en si petite quantité que cela ne valait pas la peine d'utiliser une grande citerne, soit en auxiliaire de cambuse*, où le maître d'hôtel y stockait de la nourriture non périssable.
Une place pour chaque chose, chaque chose à sa place.
*Cambuse : Magasin du bord où sont conservés et distribués les vivres, les provisions.



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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 17 Jan - 22:42

Les Norvégiens. Boire ou travailler...

Sur le Magdala, en prévision de l'installation future de gaz inertes* que la compagnie se devait d'installer sur tous les pétroliers de plus de cent mille tonnes de chargement, une équipe d'ouvriers civils embarqua un beau jour avec nous pour dresser les plans, métrer et faire une liste succincte de tout le matériel nécessaire pour le chantier à venir.
Cette équipe d'une demi-douzaine de personnes, tous des Norvégiens, était logée dans les étages des officiers car, du chef au moins gradé, nous avions quand même à faire à des ouvriers plus que qualifiés, ce travail demandant beaucoup de connaissances professionnelles.
Cette petite communauté rajoutée ne nous gênait pas le moins du monde au contraire (embarquée au Havre, elle devait nous quitter quinze jours plus tard au Cap), car le soir après leur travail, ils se joignaient à nous au bar, et malgré la langue différente, chacun se forçait pour communiquer.
Le voyage aurait dû bien se passer avec nos invités, mais le Commandant, qui pourtant n'avait aucun droit sur eux, n'admettant pas que ces messieurs abusent trop de boisson, un beau jour leur coupa les vivres, pardon les bouteilles. Il ordonna au Maître d'hôtel de ne plus servir de boissons alcoolisées, et surtout de ne plus leur vendre d'alcool. Seules les boissons offertes au bar avant de passer à table étaient tolérées.
Il est vrai que, chaque soir, jusqu'à tard dans la nuit, nos Norvégiens s'adonnaient au penchant de la divine bouteille, sans toutefois déranger le reste de l'équipage. Pour leur décharge, il est vrai que, dès le lever, toute l'équipe était au travail, dégrisée.
Le Commandant, fort de son pouvoir, croyait avoir gagné, mais le responsable des ouvriers civils envoya un télégramme à sa compagnie pour expliquer les désagréments qu'on leur faisait subir. La réponse ne se fit pas attendre, l'armateur, alerté par le directeur de nos ouvriers passagers passa un savon au Commandant, lui demandant de ne pas s'occuper de ce qu'ils faisaient après le travail, et surtout de leur servir tout ce qu'ils demandaient.
Dès le lendemain de cette intervention des autorités, les Norvégiens bons princes offrirent à tout le bord une tournée générale, le Commandant n'osa pas se dérober.
Le reste du voyage se passa sans autre incident.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Dim 17 Jan - 23:04

Le chef mécano foldingue. Raisonnement de fou

II était quand même très rare de voir des gens à bord péter les plombs, mais malheureusement cela arrivait parfois.
Certains, allant jusqu'au bout de leur folie se jetaient par-dessus bord*, d'autres, petite fatigue passagère, tenaient des propos incohérents.
Quand cela venait d'un Chef mécanicien, l'affaire devenait risible.
Sur le S/T Blois, compagnie de la Société pétrolière B.P., on vit un chef mécano très très fatigué, à tel point qu'il fut débarqué au port suivant.
Dans les ateliers, une machine outil, appelée étau-limeur, nous permettait de scier, sans aucune fatigue, des barres d'acier de grosses tailles. La pièce à travailler était fixée sur cette machine et une scie entièrement automatique se mettait en mouvement et tronçonnait le métal.
Quelqu'un devait de temps en temps verser sur l’axe de coupe un liquide pour éviter une surchauffe excessive de la scie, laquelle, en l'absence de ce produit, pouvait endommager la machine. Et encore, certains métaux doux se passaient de ce lubrifiant; de cette façon, l'appareil pouvait travailler à votre place des heures durant sans aucun risque ni surveillance.
Un jour donc, la machine, calée pour débiter des rondins d'acier marchait toute seule. Le chef mécanicien, en visite à l'atelier, n'en croit pas ses yeux: un engin, seul, en train de scier, sans personne autour pour surveiller.
Il convoque tout le personnel présent, et nous tient ce langage:
-"Comment est-ce possible? cette machine qui scie, qui scie, et ensuite, quand elle aura tout scié, il n'y aura personne pour la stopper, elle sciera le bateau en deux, le bateau va couler, l'armateur demandera au chef : où est passé le bateau que je vous avais confié?, je répondrais je ne sais pas monsieur l'armateur, il n'y avait personne pour surveiller, je suis désolé monsieur l'armateur, cela ne se reproduira plus monsieur l'armateur".
On en a enfermés pour moins que cela! Pauvre chef, il nous fit ses adieux au premier port touché.
Grosse fatigue? Responsabilités trop importantes? Folie douce naissante? Éloignement des siens trop prenant? Un petit peu de tout cela?
Le premier qui trouve a gagné.
* Voir tome 1,  les suicidés.
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 18 Jan - 20:11

Les surnoms. Le Pacha, le bosco, le nono et les autres

Qui, dans sa vie n'a jamais un jour ou l'autre été appelé par un sobriquet, un surnom ou autre chose que son vrai nom ou prénom"
Sur les bateaux en général, et en particulier ceux de la Marine Marchande, il existe un langage incontournable, presque officiel, pour désigner les différents grades de la hiérarchie.
Grandeur oblige, le Commandant. C'est la personne qui a le plus haut grade sur un bâtiment maritime. Commandant est déjà un surnom, car en fait, c'est un capitaine, le même grade que le second capitaine, ou les lieutenants-pont. La seule différence est que, soit par ancienneté dans la marine, l'âge, la compétence ou encore la décision de l'armateur, il prend le commandement du navire, donc on l'appelle:
LE COMMANDANT.
Appelé aussi plus familièrement le Pacha, le vieux. Plus rarement tonton. Mais quand c'est une tata (c'est arrivé une fois (voir le tome un "les marchandes d'amour"), on lui donne tous les autres surnoms, sauf tonton ( pas de provocation).
Juste en-dessous, vient le second capitaine, même grade que le pacha, mais pas encore commandant, en attente de commandement de navire, formé par le commandant en titre. Appelé familièrement le Pitaine.
Pour nous autres, le fait de dire : je vais voir le Pitaine, signifiait bien que ce n'était pas le Pacha, mais juste le grade en dessous.
Les lieutenants-pont, mêmes études que les deux premiers, mais les années d'expérience manquant, ils leurs faudra attendre assez longtemps encore pour passer second, puis Commandant.
La logique aidant, un lieutenant-pont, s'il fait carrière durant toute sa vie dans la marine, qu’elle soit au long court ou de cabotage, est assuré, un jour, de monter en grade, contrairement à l'armée de terre, où l’on a vu des adjudants ( des juteux) rester ainsi toute leur carrière militaire.
Les lieutenants-pont, comme les lieutenants-machine d'ailleurs, sont des ‘mulets’,du ‘bétail’  pour certains Commandants qui ne se rappellent pas avoir été un jour simple lieutenant.
 Passons maintenant au service cuisine.
Contrairement à ce que pourraient croire les non-navigants, lorsque l'on parle du "patron", ce n'est pas le Commandant, mais le maître d'hôtel, car c'est lui le responsable de la nourriture à bord. C'est lui qui nous donne à manger, donc c'est notre patron. Ce n'est pas plus compliqué que cela.
Les garçons de cuisine, du commandant ou des officiers, sont les larbins, mais cette appellation n'est pas que pour la marine, les terriens aussi ont leurs "larbins".
Le boulanger, appelé "la boulange" ne surprendra personne.
On continue.
Bosco, nono, tout le monde aura compris le plus haut gradé de l'équipage, et le plus petit.
Les maîtres, électricien comme moi ou machine, n'avaient pas de surnoms disons officiels. Suivant les bateaux, on m'appelait "fusible", ou "le disjoncté ", sans commentaires.
Parlons maintenant des surnoms occasionnels, ceux que l'on donnait à un individu pour un voyage, comme ça, pour le plaisir, ou pour un détail de son physique qui se remarquait le plus.
C'est ainsi que nous avons eu un "loucheux", "un grigne-dents" (à côté de lui, Jeannot-lapin avait de belles dents), "un végétarien" (héros d'une histoire dans le premier livre), "un distributeur de suppositoires" (!'officier-pont chargé des médicaments), "l'homme de barre" (chaque matelot de quart passant ses quatre heures à la passerelle à diriger le navire).
Sur l'îsara, le graisseur préposé au ramonage des chaudières ne rigolait que lorsqu'il se brûlait, et encore. On l'avait surnommé "sourire d'avril", allez savoir pourquoi, peut-être parce que, embarqué au mois d'avril sur le bateau, la première fois qu'il a rigolé, surprenant ainsi tout le monde, nous lui avons donné ce sobriquet.
Un autre, se nommant Pichavant, buvant comme un trou, s'est retrouvé affublé d'un "Pichet-à-vin" (raccourci : Pichavin) qui, je crois, lui est resté toute sa vie.
Quant à moi, depuis la sortie de mon premier livre, un journaliste osa commenter son interview par ce gros titre:
HUIT  ANNÉES  DE  MARINE  AVEC LE  RENARD  DES  MERS.
Qui dit mieux ?
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Lun 18 Jan - 21:01

Des journées de 25 heures. Le mystère des fuseaux horaires

Peu de personnes au monde peuvent se vanter de choses bizarres qu'ils ont vécues ou qui leur sont arrivées.
Pour ma part pendant mes huit années de marine à cause des fuseaux horaires, il m'arriva ceci.
Partis du Havre, nous devions rejoindre Madagascar, en passant par le canal de Panama, nous naviguions donc à contre-sens des fuseaux horaires. De ce fait, pour respecter à bord le cycle des jours et des nuits, c'est-à-dire pour ne pas se trouver en heure de nuit le jour, et vice-versa, nous étions obligés de reculer nos pendules d'une heure toutes les vingt-quatre heures.
Nous étions donc de la sorte, toujours à la bonne heure par rapport au soleil. Pour retrouver l'heure correcte de notre fuseau de départ, nous aurions dû faire le trajet inverse. Mais, en avançant comme nous le faisions en tournant autour de la terre sans revenir sur nos pas, nous avions un jour fictif d'avance. Le Commandant nous expliqua qu'au lieu d'être lundi (nous avions des journées de vingt-cinq heures), nous serions mardi en réalité le lendemain car les vingt-quatre heures de ce lundi, nous les avions "mangées" en vingt-quatre fois une heure, depuis notre départ de France, au début du voyage.
Cette circonstance était assez rare, car presque toujours, quand nous partions de France, soit on montait vers le Nord, soit on descendait sur l'Afrique, on revenait dans l'Est ou dans l'Ouest. Ce qui fait que, si nous étions obligés de changer de fuseaux horaires, au retour d'un voyage avant de repartir dans une autre direction, on récupérait les fuseaux en partant dans le sens inverse.
Pratiquement jamais le tour du monde n'était effectué dans le même sens, tant et si bien que cette histoire de vingt-cinquième heure toutes les vingt-quatre pour suivre le soleil ne m'est arrivée qu'une seule fois.
Ne me demandez pas de vous expliquer à nouveau ce phénomène, j'en serais incapable.
A votre tour de vous casser la tête si vous voulez comprendre par vous-même.
 
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maurice renard

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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   Mar 19 Jan - 22:54

Les pièges de la nuit

Certains comptent des moutons, d'autres...
Si la pédérastie est peu courante/ voire inexistante à bord, il n'en est pas de même pour l'alcoolisme. Beaucoup, sans être ivres à chaque instant, étaient classés dans les alcooliques, abusant trop de la divine bouteille.
Pour mon cas personnel, à part cette cuite qui, un soir sur l'Ile de la Réunion m'empêcha de passer une bonne nuit en charmante compagnie*, ce fut bien la seule fois où je sombrais dans la boisson.
Par contre, certains collègues ne peuvent pas en dire autant. Témoin ce récit.
Sur l'Isara, le bosco nous posait un grave problème. Non connu comme buveur, chaque matin, il se réveillait complètement ivre, à tel point qu'il pouvait tout juste assurer son service.
Comment se pouvait-il que, à jeun le soir, il se réveillait bourré au petit matin ?
Lui- même ne semblait pas avoir de réponse à ce casse-tête.
Il fallut que, un matin, plus imbibé que les autres jours, nous ayons enfin la réponse, toute simple.
Les matelots qui, ce marin-là, ne voyant pas leur chef à l'heure à l'embauche, osèrent entrer dans sa cabine, le trouvèrent encore au lit, incapable de se lever. Le Commandant alerté ordonna une fouille complète de sa cabine, et ô surprise, sous son lit, des bouteilles de vin, certaines à moitié vides, d'autres pas encore ouvertes s'y trouvaient.
Notre homme, en guise de somnifère, se soignait au vin rouge, jusqu'au jour (pardon, jusqu'à cette nuit) où, abusant trop de sa médecine personnelle, fut incapable de se lever.
Le Commandant le débarqua au prochain port, pour faute grave.
Il aurait compté les moutons comme tout le monde, il serait encore parmi nous.
 
* Voir : chacun son tour
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MessageSujet: Re: De bâbort à Tribord, 30 ans après   

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